Silent Reading : Chapitre 88 - Macbeth XXX

 

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A Yancheng, dans le district de Ping'an, le poste de police de la route du même nom, reçut un signalement transmis par la ligne d’urgence centrale.

Dans leur secteur se trouvait un très vieil immeuble d’appartements qui avait autrefois servi de bureaux. Délabré depuis de nombreuses années, la location comme l’achat s’y faisaient à très bas prix. L’endroit était donc particulièrement populaire auprès des gens venus d’ailleurs et de ceux qui cherchaient un logement bon marché. Les habitants allaient et venaient constamment, la faune des résidents était très hétéroclite et les disputes, monnaie courante.

Les occupants avaient souffert pendant plusieurs jours d’affilée d’une odeur indescriptible. La famille d’une femme enceinte ne supportant plus la puanteur, après avoir déterminé que l’odeur venait de l’appartement voisin, était allée frapper, mais personne n’avait répondu. Ils s’étaient alors tournés vers la gestion immobilière de l’immeuble ; une gestion presque inexistante. Après quelques recherches, celle-ci avait découvert que l’appartement avait été loué et que le locataire n’avait laissé aucun moyen de contact. Quant au propriétaire, son numéro de téléphone avait été résilié depuis longtemps. La famille, furieuse, pensant qu’ils faisaient exprès de ne rien faire, voulut enfoncer la porte. Les deux parties commencèrent à se disputer et, finalement, la police fut appelée.

Le poste de police de la route de Ping’an envoya deux agents de police civile, spécialistes des querelles de voisinage. À peine arrivés, avant même qu’ils n’aient le temps de tenter une médiation, un membre de la famille de la femme enceinte asséna un nouveau coup de pied violent à la porte de l’appartement délabré. À ce moment critique, le gond céda avec un craquement et la porte s’effondra, connaissant une fin tragique. Comme si l’on venait de rompre le sceau d’une odeur capable de provoquer une crise biochimique, la puanteur manqua de renverser tous ceux qui se trouvaient devant la porte. L’un des vieux policiers civils eut l’impression d’avoir déjà senti cette odeur auparavant et, se souvenant soudain de quelque chose, son expression changea. Il ordonna à tout le monde de ne pas entrer, enfila des couvre-chaussure, prit sa matraque, puis fouilla soigneusement l’appartement, jusqu’à finalement ouvrir la porte du réfrigérateur…

Trois heures plus tard, les voitures de police du Commissariat Central occupaient tout le parking devant l’immeuble.

Même si Luo Wenzhou boitait encore, il s’était déjà habitué à cohabiter paisiblement avec sa « troisième jambe ». Selon ses propres mots, il pouvait très bien grimper sur un toit pour le soulever ou descendre sous terre pour attraper un voleur ; se rendre sur une scène de crime n’était qu’une formalité.

Il tenait sa béquille à l’horizontale derrière lui, comme s’il portait une grande épée de jeu vidéo dans le dos. Solidement campé sur une jambe devant le réfrigérateur, il se pencha pour examiner leur cher ami à l’intérieur.

Il y avait un cadavre d’homme dans le frigo.

Le froid était arrivé tôt cet hiver-là. Tous les districts de Yancheng avaient allumé le chauffage en avance. Comme personne ne payait les factures, l’électricité de cet appartement avait été coupée environ un mois auparavant. La chaleur précoce combinée à l’arrêt de la réfrigération avait fait grimper rapidement la température, et le cadavre avait fait connaissance avec les nombreuses variétés de moisissures présentes dans le réfrigérateur, produisant une réaction biochimique spectaculaire.

Lang Qiao avait voulu soutenir Luo Wenzhou, mais elle tint trente secondes avant de manquer de tomber dans les pommes et de battre en retraite, courant jusqu’à la porte en criant :

— « Boss, t’as une sinusite ou quoi ?! »
— « Entre le travail et la vie quotidienne, quel genre de choses pourries un policier habitué à la cuisine n’a-t-il pas déjà vu ? Les ignorants sont facilement surpris », répondit son supérieur sans se retourner, puis il fit un signe de la main au médecin légiste. « J’en ai assez vu. Emmenez-le. »

Tao Ran lui tendit un dossier.

— « Regarde, ça a été trouvé sous l’oreiller du lit de camp de la victime. »

Luo Wenzhou enfila des gants avant de le récupérer.

C’était un dossier tout à fait ordinaire. À l’intérieur se trouvaient seulement quelques feuilles fines. Sur chacune d’elles était collée une photographie, accompagnée du nom, du sexe, de l’adresse et d’autres informations de base de la personne photographiée. Dans un coin figurait une date clairement indiquée, ainsi qu’un nombre à la signification obscure. Certains étaient imprimés, d’autres écrits à la main. L’écriture était très appuyée, et les caractères comportaient de nombreuses fautes.

La photo de Dong Xiaoqing apparut soudain ; elle se trouvait sur la première page et un grand X avait été tracé dessus au stylo rouge.

C’est pour ça que l’affaire avait été immédiatement transmise au Commissariat Central.

Un policier à côté d’eux jeta un coup d’œil.

— « Pourquoi on dirait l’écriture d’un élève d’école primaire ? »
— « Un élève d’école primaire surdéveloppé qui tue pour vivre », répondit Tao Ran.

Son regard parcourut la pièce.

C’était un studio. À part la salle de bain, il n’y avait qu’une seule pièce, sans séparation entre salon et chambre. L’environnement était très rudimentaire. Un réfrigérateur qui avait servi à cacher un cadavre, un canapé en tissu si sale qu’on ne pouvait plus deviner sa couleur d’origine, une table basse aux pieds courts, une vieille armoire, une télévision couverte de poussière et un simple lit de camp constituaient l’essentiel du mobilier. Sur le canapé étaient empilées des publications jaunies ouvertes, un jeu de cartes et quelques dés truqués au mercure. Dans un coin se trouvait une pile de bouteilles de bière et de boîtes de plats à emporter usagées qui commençaient elles aussi à sentir avec la chaleur ; mais leur odeur était insignifiante comparée à celle du maître des lieux.

Dans une valise au fond de l’armoire, en plus d’un set de vêtements propres, se trouvaient aussi de nombreux objets tout droit sortis d’une boîte à outils pour criminels. Des gants en caoutchouc, une cagoule, des bottes de pluie, une bâche, des outils de découpe illégaux, une tête de marteau en fer, une matraque métallique, un taser et plusieurs outils classiques de crochetage de serrures. Et au milieu de l’armoire étaient soigneusement empilées des liasses de billets de cent yuans. À vue d’œil, il y en avait entre cent et deux cent mille, disposées en cercle comme une offrande devant un petit Bouddha en porcelaine au visage bienveillant.

— « Gros-Yeux, tu n’aimes pas Léon ? » dit Luo Wenzhou à Lang Qiao. « Voilà un Léon produit localement. Viens lui rendre hommage. »
— « Puisque tu es mon chef, je vais faire semblant de ne pas avoir entendu », répondit-elle d’un ton sombre. « Je ne peux pas vivre sous le même ciel que quelqu’un qui insulte l’homme de mes rêves. »

Luo Wenzhou ricana devant cette femme sans scrupules qui n’osait même pas élever la voix pour défendre l’homme de ses rêves, puis se tourna vers Xiao Haiyang.

— « C’est qui, lui ? »
— « Voici la carte d’identité trouvée dans son portefeuille. Wang Xincheng, homme, trente-neuf ans. Mais je viens de vérifier, la carte est fausse. La photo ne correspond pas aux informations. »

Xiao Haiyang remit la fausse carte très réaliste à son supérieur. L’homme sur la photo avait les cheveux coupés très courts et des traits ordinaires. Ses yeux regardaient droit devant lui ; peut-être était-ce une impression, mais il dégageait une aura inhabituelle de férocité et de malveillance.

— « Ceux qui ont besoin de fausses cartes d’identité ont généralement un casier judiciaire. Il y a de fortes chances que ce soit un criminel en cavale », commenta Luo Wenzhou. « Va dans la base de données et fais une comparaison… »
— « Bien, Capitaine », répondit précipitamment Xiao Haiyang.
— « Capitaine Luo, il y a cent vingt mille yuans au total dans l’armoire », annonça Tao Ran après avoir rapidement compté l’argent offert au Bouddha. « C’est exactement le chiffre écrit à côté de la date sur la page contenant les informations sur Dong Xiaoqing. Ça doit être l’argent qui a acheté sa vie. La date du dernier reçu de plat à emporter est la veille de la mort de Dong Xiaoqing. Si c’est bien le tueur qui l’a renversée, il est probable qu’il soit mort juste après avoir reçu l’argent. Ces criminels-là vivent au jour le jour. Même s’il l’offrait au Bouddha, ça n’a dû être que pour une nuit. »
— « Il venait juste de la réduire au silence quand ça à été son tour », soupira Luo Wenzhou. « Plus d’un mois s’est déjà écoulé. Espérons seulement que les enregistrements des caméras de surveillance du district de Ping’an n’ont pas encore été supprimés… Va enquêter. S’il n’y a rien, essaie de récupérer quelque chose avec les caméras privées du quartier… Il y aura forcément des indices. »

Tao Ran comprit qu’il insinuait quelque chose et leva les yeux pour échanger un regard avec lui. Luo Wenzhou secoua légèrement la tête, puis son regard retomba sur les armes à l’intérieur de l’armoire. La cagoule et les gants en caoutchouc avaient un style très familier, il les reconnut d’un seul coup d’œil : c’étaient ceux que portait le tueur qui l’avait frôlé dans la voiture au pare-brise brisé.

Luo Wenzhou frappa doucement le sol avec sa béquille et sortit lentement de la scène de crime empestant la mort. Il avait le pressentiment que c’était la « preuve clé » qu’ils attendaient.

Et il se trouva que Luo Wenzhou avait eu une intuition prophétique.

Quelques jours plus tard, grâce à la photographie et à l’ADN, Xiao Haiyang retrouva la véritable identité du cadavre dans la base de données des criminels recherchés.

Son vrai nom était Wang Li.

Il avait été chauffeur routier longue distance. Accro au jeu, il s’était retrouvé endetté et, désespéré, avait poignardé son créancier ainsi que toute sa famille, puis avait pris la fuite dans la nuit. La police locale l’avait inscrit sur la liste des personnes recherchées ; personne ne savait qu’il gagnait sa vie depuis en se livrant à des activités qui ne nécessitaient aucun capital.

Les médecins légistes confirmèrent que Wang Li était mort empoisonné.

On trouva dans son estomac des restes de bière. Leur hypothèse était qu’il n’avait absolument rien soupçonné et avait bu une bière mélangée à un poison puissant. On trouva aussi des traces de bière et de poison sur le sol ; la victime avait probablement renversé la bouteille pendant qu’elle se débattait. Mais aucune bière empoisonnée ne fut retrouvée sur les lieux.

En dehors de cela, la police découvrit une bouilloire dans l’appartement de Wang Li, remplie à moitié d’eau, alors qu’il n’y avait aucun récipient pour la boire dans l’appartement. Cela signifiait que quelqu’un était venu frapper à la porte de Wang Li, probablement avec de l’argent, et avait été accueilli avec beaucoup de politesse, la victime lui ayant même servi une tasse d’eau chaude.

Cette personne avait regardé froidement le tueur idiot être empoisonné, s’effondrer au sol, se débattre impuissant, puis cesser de respirer. Ensuite, elle avait fourré le cadavre dans le réfrigérateur, de cette façon, la découverte du corps serait retardée, et de nombreuses preuves disparaîtraient avec le temps, puis elle avait emporté la bouteille contenant la bière empoisonnée et la tasse afin de s’en débarrasser.

Elle était venue et repartie sans laisser de trace. Lorsque le corps serait découvert, elle aurait déjà disparu depuis longtemps.

Parfait.

Si seulement cet idiot de Wang Li n’avait pas laissé un « registre » sous son oreiller… Et si cette malheureuse tasse en porcelaine n’avait pas eu de couvercle.

Celui-ci était tombé au sol avec la bouteille de bière pendant que la victime luttait contre la mort. La marchandise bon marché n’avait pas résisté et il s’était brisé en plusieurs morceaux.

Bien que l’empoisonneur ait soigneusement ramassé les éclats, il avait malheureusement été trop pressé et n’avait pas remarqué qu’un fragment était resté sous le canapé.

Et dessus se trouvait l’empreinte digitale de Zheng Kaifeng.

À ce moment-là, toutes les preuves s’alignèrent calmement et méthodiquement devant la police, comme si une main invisible organisait elle-même la chaîne de causes et d’effets.

Tout avait commencé trente-huit ans plus tôt, lorsque Zheng Kaifeng et Zhou Junmao avaient assassiné Zhou Yahou pour accumuler leur capital initial taché de sang. Et il y a vingt et un ans, afin d’étendre leurs affaires en Chine, le clan Zhou avait utilisé la même vieille méthode ; dans le processus, l’innocent Dong Qian et sa femme avaient été entraînés dans l’affaire. Le routier avait perdu l’être qu’il aimait, mais était resté dans l’ignorance, continuant à vivre une vie ordinaire dans un chagrin dont il ne pouvait se libérer tandis que son nom était inscrit sur la liste du diable.

Puis Zheng Kaifeng et Zhou Junmao avaient finalement quitté l’âge d’or d’un partenariat uni et, à ce stade, peut-être parce que le moment était venu, peut-être à cause de conflits internes entre eux, Zheng Kaifeng avait ressorti le plan qu’il avait enfoui vingt et un ans auparavant. Il avait utilisé Yang Bo, qui croyait être le fils illégitime de Zhou Junmao, coopérant avec lui pour assassiner le chef prestigieux du clan Zhou.

La mort de Zhou Junmao avait été comme une pierre jetée dans l’eau, soulevant mille vagues. Les princes héritiers, vrais ou faux, chacun animé de ses propres intérêts, s’étaient lancés dans une grotesque lutte de pouvoir et Zheng Kaifeng avait pensé pouvoir refermer lentement le filet, sans s’attendre à ce que le « couteau » Dong Qian dérape.

Dong Xiaoqing avait tenté d’assassiner Zhou Huaijin et avait accidentellement tué Zhou Huaixin. Le tueur avait alors hâtivement fait taire la jeune femme et ce même jour, la police avait interrogé Zhou Huaijin.

Comme si le filet du ciel, bien que large, ne laissait rien s’échapper, le secret vieux de vingt et un ans avait été révélé de manière inattendue, exposé au grand jour et Zheng Kaifeng sentant le danger avait pris la fuite.

Avec de l’argent liquide, il avait frappé à la porte du tueur qui avait assassiné Dong Xiaoqing, tuant le meurtrier avec une tasse empoisonnée. Puis il était allé chercher Yang Bo pour s’enfuir avec lui, sans s’attendre à tomber sur une embuscade policière au rez-de-chaussée de l’hôtel. Acculé, il avait utilisé son dernier tour : la destruction mutuelle.

Il n’avait fallu que quatre étapes pour passer des « intérêts communs » à la « destruction mutuelle ». C’était la trajectoire normale de partenaires ordinaires et il s’avérait que les partenaires anormaux ne faisaient pas exception.

Après la découverte du corps de Wang Li, il semblait que tous les personnages clés de cette affaire étaient morts.

Quant aux détails restants, comme l’identité du mystérieux livreur qui envoyait les colis à Dong Qian, du motard qui suivait Dong Xiaoqing, sans parler de la personne qui avait incendié sa maison, ou encore de l’imbécile qui avait envoyé le message provocateur à la police, toutes ces réponses étaient mortes avec leurs auteurs.

On ne pouvait que les classer dans la catégorie : « subordonnés de Zheng Kaifeng », au même titre que les gardes du corps privés capturés dans son camion.

Une ligne de repos fut tracée sous ces six vies.

Ces six vies, telles six icebergs, avaient simultanément percuté le clan Zhou, ce Titanic multinational. Meurtre, blanchiment d’argent, crimes internationaux… La légende d’une époque, face au soleil couchant, sombrait tristement dans l’océan sans fin de son temps.

Fei Du retira le haut-parleur de son téléphone et dit à Tao Ran, qui venait de lui raconter l’avancée de l’affaire :

— « Merci, ge. J’ai compris. »

En un mois, il était passé d’un état où il ne pouvait absolument pas bouger à celui où il pouvait remuer la moitié de son corps. Marcher restait difficile, mais au moins il pouvait s’asseoir et prononcer quelques phrases.

Après que les aides-soignantes se furent dispersées, il reçut une visite à l’hôpital.

Zhou Huaijin semblait dans un état encore plus misérable que lui, qui avait pourtant failli être réduit en morceaux par l’explosion. Il s’assit à côté de lui, raide. Après avoir écouté toute la chaîne des événements, il resta assis là, hébété, sans parler pendant un long moment.

— « C’est à peu près ce qui s’est passé », dit Fei Du depuis son fauteuil roulant, penché en avant. « Monsieur Zhou, vous en avez peut-être assez d’entendre cela, mais je vais quand même le redire. Toutes mes condoléances. »

Zhou Huaijin ferma les yeux très fort.

Le regard de Fei Du, derrière ses lunettes sans monture, sembla le disséquer jusqu’à l’os.

— « En réalité, il y a quelque chose que je ne comprends pas très bien. Pourquoi Zheng Kaifeng a-t-il attendu si longtemps avant de tuer votre père ? »
— « Zhou… » La voix de Zhou Huaijin sortit très rauque. Il se racla précipitamment la gorge. « La santé de Zhou Junmao a toujours été excellente. Mais lors de son examen médical l’année dernière, ils ont découvert une ombre dans sa poitrine. Même si c’était finalement une fausse alerte, cela lui a fait peur. Au cours de l’année passée, il a souvent évoqué la rédaction d’un testament… Huaixin a dû vous en parler. »

Le peintre avait effectivement mentionné quelque chose de ce genre lorsqu’il avait appelé la police. Fei Du acquiesça légèrement.

Zhou Huaijin esquissa un sourire amer.

— « Il ne voulait pas me reconnaître, et ne comptait pas me laisser un centime. L’héritage serait naturellement revenu à Huaixin. Vous le connaissiez. Il était plutôt intelligent, mais il n’avait pas l’étoffe pour reprendre l’entreprise, surtout une entreprise en partie illégale. »

Il n’était pas nécessaire d’en dire plus. Fei Du avait déjà compris.

Dans ses dernières années, Zhou Junmao avait finalement réalisé que son fils bon à rien ne serait jamais capable de gérer l’immense et complexe clan Zhou. Il avait donc voulu nettoyer ses affaires pour Zhou Huaixin et se retirer progressivement des secteurs les moins légaux. Ce faisant, il avait trahi Zheng Kaifeng, son compagnon de lutte sorti de la boue avec lui.

Zhou Huaijin baissa la tête et se frotta les yeux. Il se leva pour prendre congé.

— « Merci, Président Fei. Je ne vais pas perturber davantage votre repos… »

Fei Du l’interrompit :

— « Quels sont vos projets pour la suite ? »

Zhou Huaijin sourit amèrement.

— « Parler de projets est hors de question. Je dois encore coopérer à l’enquête sur le clan Zhou. »
— « Vous n’aviez pas de pouvoir décisionnel et vous n’y avez pas participé. Strictement parlant, vous êtes aussi l’une des victimes », dit Fei Du. « Rassurez-vous, dans des circonstances normales, vous ne serez pas impliqué. »
— « Merci pour votre soutien. »
— « Mais j’ai encore quelques doutes », dit Fei Du en tapotant légèrement l’accoudoir de son fauteuil roulant avec son bras valide. « Zhou-xiong… Vous permettez que je vous appelle ainsi ? J’ai soudain réalisé que toute la tragédie de votre famille, celle qui vous a frappé vous et votre frère… et votre mère, tout cela vient du fait que Zhou Junmao a cru, sans faire de test de paternité, que vous n’étiez pas son fils biologique. Je n’ai jamais réussi à comprendre cela. »

Zhou Huaijin resta figé.

— « En dehors de cela, cette affaire comporte encore de nombreux points suspects. Sans même parler des détails, le plus incompréhensible est … Zhou-xiong, vous connaissez Zheng Kaifeng depuis l’enfance, pensez-vous qu’il soit le genre de martyr qui se ferait exploser lorsqu’il n’a plus d’issue ? »
— « Vous voulez dire… »
— « Et puis il y a Yang Bo », continua Fei Du. « Vous pensiez tous qu’il n'était pas particulièrement utile et vous vous demandiez constamment comment il avait obtenu le poste de secrétaire. Qu'est-ce que Zheng Kaifeng appréciait chez une personne aux capacités aussi moyennes ? Il devait absolument l'emmener quand il a assassiné Zhou Junmao, et quand il s'est enfui dans la nuit ? Ne trouvez-vous pas cela très étrange ? »

Zhou Huaijin ouvrit grand ses yeux injectés de sang.

— « Nous ne pouvons enquêter que jusqu'ici. Notre portée ne s'étend vraiment pas à toutes les transactions qui ont eu lieu à l'étranger. » Fei Du regarda profondément Zhou Huaijin. « Zhou-xiong, avez-vous envisagé qu’il puisse y avoir quelqu’un d’autre derrière tout cela ? Et si Zheng Kaifeng n’avait été qu’une pièce sur l’échiquier ? »

Zhou Huaijin le regarda, stupéfait.

— « Vous avez mes coordonnées… Et puis, j’ai toujours pensé que ce que votre mère gardait dans ce coffre-fort ne pouvait pas être simplement un paquet de médicaments pour le cœur destiné à terroriser Zhou Junmao. Qu’en pensez-vous ? » Fei Du cligna doucement des yeux et baissa la voix. « J’espère que Huaixin pourra reposer en paix. J’aimais ses peintures. Allez, je vous raccompagne. »

Zhou Huaijin quitta l’hôpital, l’esprit ailleurs, oubliant même de dire au patient à moitié invalide de ne pas se déranger pour lui.

Fei Du le regarda monter dans sa voiture, ses lèvres affichant enfin un sourire légèrement froid. Il fit lentement pivoter son fauteuil roulant motorisé, se dirigeant pensivement vers sa chambre… et aperçut une dame devant la porte.

Elle était manifestement d’un certain âge, mais cela ne l’empêchait nullement d’être très élégante dans son tailleur en tweed gris foncé avec une écharpe de soie autour du cou, sa silhouette fine et gracieuse. Tenant une boîte de nourriture et un bouquet, elle regardait à l’intérieur de la chambre de Fei Du.

Celui-ci, pensant qu’elle s’était trompée de chambre, s’approcha lentement avec son fauteuil roulant et la salua :

— « Bonjour. »

La femme tourna la tête en l’entendant et l’observa, les yeux légèrement écarquillés.

Les jeunes beautés étaient communes, les beautés d’âge mûr étaient rares.

Fei Du déclencha instinctivement son “mode playboy”. Repoussant doucement ses lunettes, il déclara avec élégance :

— « Mademoiselle, vous vous êtes perdue en venant rendre visite à quelqu’un ? »

La femme sembla stupéfaite d’être appelée « mademoiselle » et resta silencieuse.

— « Avec vous debout là, j’ai l’impression que ma chambre d’hôpital va s’illuminer », poursuivit Fei Du en poussant son fauteuil roulant à l’intérieur. Il lui tendit une fleur que quelqu’un lui avait offerte. « Je connais assez bien le service des hospitalisations ici. Où allez-vous ? Je peux vous y conduire. »

 

 

 

 

 

 


Si ce n'est pas pratique, cette enquête où tout s’emboîte parfaitement…

En tout cas, le livre III est fini ! Houhou ! Du coup, comme d'habitude, petite pause, le temps que je traduise le premier jet du livre IV.  

 

 

 

Note sur l’œuvreMacbeth

 

Le Livre III porte le nom de Macbeth, tragédie de William Shakespeare.

Dans la pièce, Macbeth est un général écossais loyal au roi. Après une victoire militaire, il rencontre trois sorcières qui lui prédisent qu’il deviendra roi. Cette prophétie agit comme une graine empoisonnée : encouragé par son ambition (et par Lady Macbeth) il assassine le roi Duncan pour prendre le trône.

Mais une fois le crime commis, rien ne s’apaise. Au contraire.

La culpabilité, la peur d’être découvert et la nécessité de protéger le pouvoir volé entraînent Macbeth dans une spirale de violence. Chaque meurtre en appelle un autre. Les prophéties qu’il croyait être un destin deviennent un piège : plus il cherche à sécuriser son avenir, plus il précipite sa propre chute.

La tragédie de Macbeth parle moins d’un crime isolé que d’un engrenage. Une fois certaines limites franchies, il devient impossible de revenir en arrière.

Comme dans Macbeth, la question centrale ici, n’est pas seulement qui a commis le crime, mais jusqu’où quelqu’un est prêt à aller pour que ce crime ne soit jamais révélé.

 










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