Top Edge : Chapitre 61 - Une mort qui tombe à pic

 

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Les gardes échangèrent des regards hésitants, visiblement incapables de décider quoi faire. Adolf fut le premier à réagir. Il repoussa les gardes et se dirigea vers la villa, les sourcils froncés.

— Comment est-ce possible… ?

Mais après seulement quelques pas, il se retourna brusquement.

— Enfermez-le d’abord.

Le « il » désignait évidemment Klet. Comparée à la mort de Miller, la situation sur la pelouse passait soudain au second plan.

Assis dans le véhicule de transport, Shen Siwei observait Klet à distance. Des dizaines de canons pointaient vers sa tête à bout portant, impossible d’en sortir indemne. Heureusement, il ne fit aucun geste irréfléchi, se laissant fouiller, puis passer les menottes sans opposer de résistance.

— C’est ton amant ? demanda Adolf en reprenant place à côté de Shen Siwei, tout en ordonnant aux gardes de ramener le véhicule vers la résidence.
— Qu’est-ce que vous comptez faire de lui ? répondit le soldat par une autre question.

Le marg tapota pensivement sa cuisse, observant attentivement son expression.

— Donc… vous êtes vraiment amants.

À ce stade, nier ne servait plus à rien.

— Quoi qu’il en soit, dit Shen Siwei sans détour, c’est votre demi-frère. Le mieux serait de ne pas lui faire de mal.
— Tsk… encore un demi-frère, marmonna Adolf en détournant le regard vers l’extérieur. Quel casse-tête.
— Vous ne devriez pas plutôt vous inquiéter du suicide de votre père ? ajouta le capitaine.

L'autre lui jeta un regard bref, sans répondre, puis fixa de nouveau la villa qui se rapprochait. Par le rétroviseur, Shen Siwei vit Klet être emmené dans un autre véhicule, sans doute vers le bâtiment annexe.

Tant qu’il n’était pas emmené ailleurs, ça allait.

Il se força à se calmer.

Une fois de retour au garage de la résidence principale, Shen Siwei suivit Adolf jusqu’au bureau de Miller.

Le corps de l'homme reposait déjà à plat sur le sol. Des médecins effectuaient un premier examen. Un peu plus loin, une femme vêtue d’une cape noire était assise sur une chaise. Aucun maquillage, aucun bijou. C’était la première fois qu'il voyait la Première Dame aussi dépouillée.

— Rita, que s’est-il passé ? demanda le marg en s’approchant.
— Je m’apprêtais à dormir… Je suis venue lui demander quand il se reposerait, et puis…

Rita était apparue dans le journal d’Amor. Elle n’était ni sa mère, ni celle d’Adolf, mais la troisième épouse de Miller.

Dans le journal du réveillon, Amor mentionnait qu’elle soutenait son frère et le projet des embryons artificiels parce qu’elle voulait un enfant à elle. Mais Shen Siwei se souvenait aussi que le fugueur soupçonnait une autre raison : Rita craignait de perdre toute part de l’héritage après la mort de son époux.

"Il semble que ce scénario vient précisément de se produire."

Il observa la pièce avec calme. Elle était de forme carrée, bordée de bibliothèques sur les deux côtés. Face à l’entrée, une grande baie vitrée. Le bureau était placé près de la fenêtre. Au plafond, un large lustre pendait, et la corde utilisée pour se pendre y était toujours accrochée.

— Regardez la lettre qu’il a laissée, dit Rita en ramassant une feuille sur le bureau pour la tendre à Adolf. Il dit qu’il se sent coupable envers les classes inférieures.

Le doute de Shen Siwei s’accentua. Il avait rencontré Miller peu de temps auparavant, et celui-ci n’avait montré aucune intention de céder. Comment pouvait-il passer d’un extrême à l’autre en une ou deux heures ?

— Alors… Père aurait changé d’avis ? demanda Adolf après avoir lu la lettre, perplexe.
— Non, répondit Rita en secouant la tête. Justement. Cela prouve qu’il ne s’est pas suicidé.

Shen Siwei connaissait mal Miller, mais à en juger par l’attitude de sa veuve, elle refusait clairement de croire qu’il aurait pu se donner la mort.

À ce moment-là, un médecin se releva et consulta l’appareil de détection dans sa main.

— Le sang du général contient une forte concentration de sédatifs. D’après son dossier médical, il n’avait pas l’habitude de prendre des somnifères avant de dormir. Par conséquent, selon notre première estimation… il est possible qu’il n’ait pas mis fin à ses jours.

Les expressions changèrent instantanément. Rita regarda Adolf. Adolf fixa l’appareil. L’assistant personnel de Miller recula d’un pas. Les deux gardes à la porte échangèrent un regard, puis observèrent silencieusement les trois personnes présentes.

Le regard de Shen Siwei circula entre eux.

Il comprit soudain que la situation était bien plus complexe qu’il ne l’avait imaginé.

Personne ne parlait. Chacun semblait avoir une idée en tête, mais personne n’osait prononcer des mots comme « meurtre » ou « coupable ».

Finalement, il rompit le silence.

— Et Amor ?

Rita inspira profondément.

— Il est redescendu aux niveaux inférieurs.
— Aussi vite ? s'étonna-t-il.
— Il n’a jamais voulu rester ici, intervint Adolf. En temps normal, il ne revenait que pour les grandes occasions.

Shen Siwei n’avait pas évoqué Amor par suspicion, mais parce qu’il trouvait étrange son absence après la mort de Miller. À vrai dire, il n’avait aucune idée de qui soupçonner. Il ne comprenait pas encore l’ensemble de la situation.

Mais les autres, eux, comprenaient. Et c’était justement pour cela qu’ils se taisaient.

Le silence retomba.

Puis Rita demanda soudain :

— J’ai entendu dire que quelqu’un avait pénétré au sommet. Qu’est-il advenu de cette personne ?

Il s’apprêtait à dire que Klet ne pouvait en aucun cas être suspect car il avait été capturé dès son arrivée, mais Adolf parla avant lui.

— Il a un mobile.
— Quoi ? Shen Siwei le fixa, incrédule.
— C’est le fils illégitime du général, expliqua Adolf.

Cette fois, ce fut Rita qui resta bouche bée.

— Qu’est-ce que tu racontes ?
— Quiconque ayant été en contact avec lui pouvait sentir son ressentiment envers le général, poursuivit le marg en faisant quelques pas dans la pièce. En plus, le capitaine Shen est son amant et pourtant, il a arrangé son mariage avec moi. Honnêtement, je ne vois personne avec un mobile plus évident.
— Adolf, contra Shen Siwei, il a été arrêté dès son arrivée. Comment aurait-il pu tuer le général ?
— On ne peut pas exclure la possibilité d’un complice, répliqua le marg en s’arrêtant net. D’autant plus que son intrusion a fait sortir tous les gardes de la villa.
— Quel complice ? demanda le capitaine en le regardant droit dans les yeux. Êtes-vous en train de dire que c’est moi ?

Si tout le monde était suspect, Shen Siwei et Klet étaient pourtant les deux moins plausibles.

Mais pas pour Adolf.

— Tout est possible, répondit-il en se frottant le menton.

Merde.

À cet instant, Shen Siwei comprit.

À l’origine, le mariage devait apaiser l’opinion publique et prouver la bonne foi des Margs. Mais si le dirigeant des Marg mourait, assassiné par un représentant civil, alors l’opinion se retournerait immédiatement. On accuserait le représentant civil. On pleurerait Miller. On rappellerait tout ce qu’il avait fait pour l’Arbre de Vie. Plus personne ne voudrait entendre parler d’un mariage Marg–civil.

Autrement dit, au moment même de la mort de Miller, la crise des Marg était déjà résolue.

Adolf l’avait compris instantanément. Et il comptait bien utiliser Shen Siwei comme fusible.

Si les civils se sentaient coupables, ils n’auraient plus jamais la moindre chance de reprendre l’avantage.

Un plan d’une froideur redoutable.

Shen Siwei tenta de rassembler ses pensées.

Qui avait pu tuer Miller ? Pourquoi ?

L’argent, la passion, la vengeance, mais à ce moment précis, tout tournait autour du pouvoir.

— Adolf, dit-il finalement, vous savez très bien que ni Klet ni moi ne sommes coupables.
— Difficile à dire. Attendons l’arrivée du magistrat, répondit l'autre avant de faire signe aux gardes. Enfermez-le.

Depuis son arrivée au sommet, il avait appris une chose : les plans ne résistaient jamais aux changements.

Le sommet était le territoire des Marg. Quel que soit l’officiel appelé, il se rangerait forcément de leur côté. La situation était donc extrêmement défavorable pour lui et pour Klet.

Il n’y avait pas de prison dans la résidence privée, ni même de centre de détention au sommet.

Quand les deux gardes escortèrent Shen Siwei dans le long couloir, il comprit rapidement où ils l’emmenaient.

Ils allaient l’enfermer avec Klet.

Et effectivement, peu après, il fut conduit dans le bâtiment annexe, puis poussé dans une vaste salle polyvalente qui ressemblait à une salle de banquet. Tables, chaises et bancs étaient empilés dans un coin, laissant un grand espace vide au centre.

La porte se referma dans un clic sec.

Il fut projeté au sol. Klet, assis en tailleur, se leva immédiatement, s’avançant vers lui avec inquiétude, mais un crépitement retentit. La barrière photoélectrique lui brûla la peau du bras, le forçant à reculer.

— Ça va, dit Shen Siwei en relevant la tête.

Il remarqua alors les clôtures haute tension autour de son amant, formant une cage carrée.

Adolf restait visiblement méfiant. L’enfermer ne suffisait pas.

Lui, en revanche, n’était pas soumis au même dispositif. Sans masque à oxygène, il ne pouvait aller nulle part.

— Ne bouge pas, dit-il en régulant sa respiration et en se redressant. Je vais venir.
— Attends.

Klet retira un collier de son cou et le lança vers lui.

Shen Siwei ne se souvenait pas l’avoir déjà vu porter des colliers.

Au bout de la chaîne pendait une canine de loup du désert. En traversant la barrière, la canine heurta la lumière haute tension dans un craquement sec. Elle rebondit plusieurs fois sur le sol. Puis, lorsqu’elle s’arrêta près de sa main, elle se brisa complètement. À l’intérieur se trouvait un minuscule objet qui s’immobilisa contre ses doigts. Shen Siwei se pencha pour regarder de plus près.

C’était une petite capsule en forme d’araignée.

 

 

 

 

Je ne vais pas vous mentir, on est dans des chapitres qui m'avaient plutôt ennuyé lors de ma première lecture. Je n'avais pas spécialement apprécié une bonne partie de ce qui se passait à partir du retour de Shen Siwei à l'Arbre de Vie, ce qui avait influé sur mon ressenti général de l'histoire (j'avais passé un nettement meilleur moment avec la grosse première partie de l'histoire, donc ça m'avait un peu "refroidie" de voir cette excitation diminuer voire disparaître un moment) et je n'aime toujours pas aujourd'hui, donc la traduction se fait un peu sans plaisir si je peux dire ^^ 

 

 

 

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