Top Edge : Chapitre 64 - Tout le monde peut jouer salement
— Klet était lui-même un fugitif, et les gens seraient enclins à croire qu’il était le meurtrier.
— Quant à Shen Siwei, on dira qu’il avait fait semblant d’épouser
Adolf, alors que son véritable objectif était de faire tomber la classe
dirigeante.
Dans le bureau, Adolf discutait avec le responsable de la sécurité lorsque la conversation fut brutalement interrompue par l’apparition de Shen Siwei et des deux autres à la porte. Le silence tomba aussitôt dans la pièce.
— Rita, qu’est-ce que tu fais ? demanda Adolf, identifiant immédiatement la meneuse du groupe.
— J’ai quelque chose à dire.
Rita marcha en tête, entra dans le bureau et se plaça sur le côté pour laisser passer Shen Siwei et Klet.
— Quoi donc ? demanda Adolf en fronçant les sourcils, comme s’il pressentait un problème.
Rita balaya calmement la pièce du regard avant d’annoncer :
— Miller s’est suicidé.
En tant que Première dame, ses paroles avaient du poids. Les gardes postés à l’extérieur du bureau tendirent l’oreille.
—
Il y avait des somnifères dans le sang de mon père. Comment aurait-il
pu se suicider ? répliqua Adolf d’un ton amer, manifestement pris de
court.
— Il ne se sentait pas bien ces derniers jours et m’a demandé
mes somnifères, expliqua Rita. Ils sont dans notre chambre. Si tu ne me
crois pas, tu peux envoyer quelqu’un vérifier.
— C’est toi qui disais tout à l’heure que Père ne pouvait pas s’être suicidé, insista Adolf.
— Je viens de me souvenir des somnifères, répondit-elle sans se départir de son calme.
Le responsable de la sécurité, vêtu de blanc, regarda Rita puis Adolf et demanda à voix basse :
— Alors… que s’est-il réellement passé ?
Adolf leva la main pour l’interrompre, lui intimant de se taire. Il s’avança ensuite vers Rita, le visage impassible.
— Pourquoi ne l’as-tu pas dit plus tôt ?
— J’avais besoin d’un témoin.
Rita releva légèrement le menton, soutenant son regard malgré leur différence de taille, sans la moindre hésitation.
— Tu sous-entends qu’il te fallait forcément un étranger comme témoin ?
Adolf lança un regard désapprobateur à Shen Siwei et à Klet.
—
Pourquoi pas ? répondit Rita en haussant un sourcil. Toi et moi savons
très bien qu’il y a beaucoup de tes hommes dans ce manoir.
— Puisque tu le sais…
Le visage d’Adolf changea brusquement. Il éleva la voix.
— Emmenez madame.
À peine les mots prononcés qu’un garde entra et saisit Rita par le bras.
— Madame, veuillez me suivre.
Le ton restait respectueux, mais le geste ne laissait aucune place à la discussion.
— Lâchez-moi, dit Rita en fronçant les sourcils.
Le garde l’ignora. Ce fut Shen Siwei qui tendit la main et attrapa le poignet du garde, exerçant juste assez de force pour lui rappeler :
— Elle a dit de la lâcher.
L’expression du garde se tordit aussitôt sous la douleur.
Adolf plissa les yeux en fixant le capitaine.
— Depuis quand es-tu devenu aussi fort ?
Shen Siwei le repoussa d’un geste léger, et le garde roula hors du bureau.
— Ce n’est pas ton problème, répondit Shen Siwei en retirant sa main. Le témoin est là. Réglons l’affaire.
Il était évident pour n’importe qui que rejeter la faute sur d’autres ne fonctionnerait plus. Le visage d’Adolf se crispa, puis il cria vers l’extérieur :
— Gardes !
Mais au moment même où il ouvrait la bouche, Shen Siwei avait déjà déplacé les particules magnétiques de sa peau vers la paume de sa main, utilisant la force magnétique pour arracher l’arme du responsable de la sécurité. Le mot « Gardes » fut noyé par un coup de feu. La balle frôla l’oreille d’Adolf, le figeant sur place, la bouche encore ouverte.
Des dizaines de gardes se précipitèrent dans le bureau, leurs armes braquées sur Shen Siwei. Celui-ci resta parfaitement calme, pointa le pistolet vers Adolf et demanda :
— On peut discuter tranquillement maintenant ?
— Q… Qu’est-ce que tu es ? murmura Adolf, encore sous le choc, comme
quelqu’un revenu de justesse d’un désastre. Il avala sa salive et
ordonna aux gardes : Sortez.
— Maître Adolf ! protesta son garde personnel, inquiet.
— J’ai dit sortez, tous.
Adolf fixa l’arme braquée sur lui.
— S’il avait voulu me tuer, je serais déjà mort.
Une fois les gardes partis, Shen Siwei lança le pistolet à Klet et demanda à Adolf :
— Tu doutes encore du suicide ?
— La lettre ne tient pas debout, répondit Adolf plus calmement. Père
n’était pas du genre à se repentir. Quelqu’un a forcément falsifié sa
lettre d’adieu.
— Difficile à dire.
Shen Siwei lui renvoya exactement ses propres mots.
— Tu n’es pas lui. Comment sais-tu qu’il n’aurait pas regretté ?
— Il n’avait aucune raison de se suicider ! rétorqua Adolf, désormais
plus posé. En qualifiant ça de suicide, tu veux faire culpabiliser les
Marg envers les civils, n’est-ce pas ?
Issu d’une famille politique, Adolf avait vite percé les intentions de Shen Siwei.
— Et en qualifiant ça de meurtre, tu profites de l’occasion pour retourner l’opinion publique et éliminer ton frère, ton rival pour l’héritage, répondit Shen Siwei sans détour.
Même si Klet n’avait aucune intention de se battre pour l’héritage, Rita comme Adolf semblaient déjà l’avoir catalogué ainsi.
Comprenant que cet angle ne menait nulle part, Adolf changea de stratégie.
— Si tu veux convaincre tout le monde que Père s’est suicidé, il faut lever tous les doutes.
Il se mit alors à parler des faits.
Shen Siwei trouva la situation presque amusante. Il s’avança tranquillement vers le bureau et observa l’image figée sur l’écran.
— C’est la vidéosurveillance du couloir ?
— Oui, répondit Adolf en reculant d’un pas pour garder ses distances.
— À quelle heure Miller est-il mort ?
Le responsable de la sécurité consulta le détecteur médical dans sa main.
— À 23 h 08.
Shen Siwei lança la vidéo. De l’entrée de Miller dans le bureau jusqu’à leur arrivée, trois personnes y étaient entrées. La première était Amor, à 21 h 35. Il était resté une dizaine de minutes, probablement pour saluer Miller avant de redescendre. La deuxième était Adolf, à 22 h 43. Il entra en pyjama de soie, resta moins de cinq minutes, sortit, alla chercher une bouteille de vin rouge à la cave, puis se rendit dans la chambre de Shen Siwei. La troisième personne était l’assistant personnel de Miller, à 23 h 14. Visiblement choqué devant la porte du bureau, il hésita à entrer, regarda autour de lui à la recherche d’aide. Les gardes se trouvant à l’autre bout du couloir, il finit par s’enfuir pour appeler du renfort.
La suite, Shen Siwei la connaissait déjà. Il mit la vidéo en pause.
— Tu es le principal suspect, non ?
Après tout, Adolf était la dernière personne à avoir vu Miller vivant.
—
Quand je suis parti, Père allait bien, répondit Adolf en fronçant les
sourcils. Cette vidéo prouve seulement que le meurtrier est entré par la
fenêtre.
— Ce n’est pas parce que tu dis qu’il allait bien que
c’était le cas, répliqua Shen Siwei avec amusement. Comment prouves-tu
que tu ne l’as pas tué ?
— Il m’a appelé pour parler des fiançailles. J’étais en pyjama. Où aurais-je pu cacher une corde pour l’étrangler ?
Son raisonnement semblait solide. La corde utilisée était en chanvre grossier, et Adolf n’avait clairement pas ce genre d’objet sur lui.
Même s’il était possible qu’il ait préparé l’arme à l’avance, ce n’était pas le moment d’entrer dans ce détail.
— Alors c’était forcément un suicide, conclut Shen Siwei en haussant les épaules.
— Toi… !
Adolf fulminait, mais n’osait pas exploser. Il ravala sa colère.
— La lettre ne lui ressemble pas du tout. Comment expliques-tu ça ?
— Si ce n’était pas un suicide, répondit Shen Siwei, alors le meurtrier
serait soit toi, soit Amor, soit vous deux. Qui d’autre ?
—
N’accuse pas sans preuve ! lança Adolf, sans sembler conscient de
l’ironie de ses paroles. Amor a quitté le dernier étage à 22 h, et ses
déplacements sont enregistrés. Quant à moi, en moins de cinq minutes,
j’aurais dû parler des fiançailles, tuer Père et maquiller la scène.
C’est impossible.
— Les deux jeunes maîtres sont effectivement peu
suspects, intervint le responsable de la sécurité. Amor a quitté le
dernier étage à 22 h précises. Adolf n’avait pas assez de temps pour
commettre le crime.
— Mais il aurait pu donner des ordres, intervint soudain Rita, restée silencieuse jusque-là.
— Tais-toi.
Le regard d’Adolf s’assombrit.
— Père est mort, et tu veux encore sucer le sang de cette famille. Je te le dis, ça n’arrivera pas.
— Ça suffit.
Shen Siwei les interrompit et se tourna vers Adolf.
— Premièrement, on peut confirmer que ni Klet ni moi ne sommes les coupables. Une objection ?
Adolf pinça les lèvres et lâcha à contrecœur :
— Aucune.
— Deuxièmement, toi et Amor, vous n’êtes pas les coupables non plus ?
— Évidemment que non !
— Alors c’est réglé.
Shen Siwei frappa dans ses mains.
— Suicide. Affaire classée.
— Euh…
Le responsable de la sécurité hésita et regarda Adolf.
— Attendez.
Adolf inspira profondément.
— Cette affaire n’est pas si simple. Ne l’annoncez pas au public tout de suite. Donnez-moi du temps pour découvrir la vérité, d’accord ?
Son ton poli et raisonnable contrastait fortement avec son arrogance précédente, ce qui arracha presque un soupir admiratif à Shen Siwei. Visiblement, la contrainte et la menace avaient été efficaces.
Comprenant qu’il n’y avait plus rien à gagner à discuter, Shen Siwei hocha la tête.
— Très bien.
Adolf se détendit visiblement.
— Marché conclu.
— Marché conclu, confirma le capitaine.
Comme il était déjà tard, Shen Siwei et Klet ne s’attardèrent pas. Ils quittèrent le bureau de Miller et retournèrent dans la chambre où séjournait le soldat.
La bouteille de vin rouge et les verres étaient toujours sur la table basse.
Klet s’assit sur le canapé.
— Avec qui buvais-tu ?
— Adolf, mais je n’ai pas bu.
Épuisé mentalement, Shen Siwei s’assit près de lui et se laissa tomber dans ses bras.
— Je suis crevé.
— Tu veux que je te fasse un massage ?
La main de Klet se posa instinctivement sur sa taille.
— Tentant, mais réglons d’abord les choses importantes.
Shen Siwei se redressa, s’agenouilla face à lui.
— Tu as bien tout filmé comme je te l’avais demandé ?
— Oui.
Klet activa son mini-ordinateur et projeta la vidéo enregistrée en secret.
— La corde, la lettre de suicide, et la conversation où Adolf admet qu’on n’est pas les coupables.
— Envoie les deux premiers éléments.
Shen Siwei se blottit de nouveau contre lui.
— Et préviens aussi Leizhe que la station énergétique des grands fonds est toujours opérationnelle. On peut l’annoncer maintenant.
Klet le serra d’un bras tout en manipulant le communicateur de l’autre.
— Tu n’as pas dit « d’accord » à Adolf tout à l’heure ?
Shen Siwei lui avait effectivement promis de ne pas annoncer la mort de Miller trop vite. Mais c’était surtout pour éviter de perdre davantage de temps en palabres.
Installé confortablement contre Klet, il ferma les yeux.
— À quoi bon parler de confiance avec quelqu’un comme lui ?
Tout le monde peut jouer salement.
Le reste dépend de qui le fait le mieux.
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Oui bien joué 👍🏼👍🏼
RépondreSupprimerIl apprend 😌
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