Silent Reading : Chapitre 23 - Julien XXIII

 

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— « C’est étrange. J’ai vérifié toutes les toilettes. Personne ne l’a vue partir… Chef, qu’est-ce qui se passe ? »
— « Vérifie les caméras de surveillance. »

Les idées de Luo Wenzhou n’étaient pas encore tout à fait claires, mais déjà son instinct se manifestait par un frisson glacé le long de sa colonne vertébrale.

— « Vite ! »

Lang Qiao resta interdite une seconde, puis détala.

Les enregistrements furent rapidement passés en revue et le résultat sans équivoque. Après le départ de Fei Du, la mère de la victime avait reçu un appel. En quelques phrases seulement, l’interlocuteur l’avait figée sur place. L’appel avait duré deux minutes à peine. Ensuite, elle était restée là, hébétée, un moment, avant de se lever d’un pas chancelant. Elle avait jeté plusieurs regards dans la direction où Fei Du avait disparu. Ne le voyant pas revenir, elle avait baissé la tête, déçue, puis, comme prise d’une décision, avait quitté les bureaux du Commissariat Central sans un bruit.

Les caméras la suivaient jusque devant les grilles. Là, sans la moindre hésitation, elle avait traversé la route, pris un carrefour, tourné, puis plus rien.

Luo Wenzhou n’eut pas besoin de donner d’ordre. Lang Qiao avait déjà mobilisé des agents, partis dans cette direction, se dispersant pour fouiller les environs.

— « Je suis allé demander à Xiao Haiyang », dit Tao Ran en arrivant d’un pas vif. « Après que le commissariat de quartier l’a récupérée à la gare, ils l’ont amenée directement ici, sur ordre de Wang Hongliang. Elle n’a pas quitté les lieux depuis. Elle connaît mal Yancheng. Pourtant, quand elle est sortie, elle a traversé la rue sans hésiter et tourné aussitôt. Je pense que quelqu’un l’attendait forcément. »
— « Passez en revue toutes les caméras près du carrefour. Analysez chaque voiture, chaque piéton », ordonna Luo Wenzhou.
— « Un vrai casse-tête… » soupira Tao Ran. « Avec les restrictions de circulation, les voitures concernées ne peuvent rouler qu’entre minuit et trois heures du matin. Beaucoup de gens n’ont pas le choix et sortent la nuit, alors les routes sont tout sauf calmes. Ça va prendre une éternité. Si tout va bien, tant mieux, mais si… »

Luo Wenzhou fit les cent pas en silence. Puis, soudain, il s’arrêta net : sa mémoire venait de rattraper son intuition. Il venait de comprendre d’où venait cette sensation oppressante.

« ... lui laver le cerveau pour qu’il pense que tu es complice… »
« ... le désespoir finit par s’installer, il en viendra à croire que la soi-disant “justice” n’existe pas. »
« ... on enferme deux contraintes dans sa tête et dans son corps… »

Comment la personne au bout du fil avait-elle réussi à pousser une femme aussi craintive et fragile à quitter le Commissariat Central, seule, en pleine nuit ?

Pensait-elle vraiment que cette voix méritait plus sa confiance que les enquêteurs de la criminelle ? Ou bien n’avait-elle jamais eu confiance en eux ?

Avait-elle pensé, elle aussi, que la « justice » n’existait pas ? Qu’elle devait aller la chercher elle-même, coûte que coûte ?

Le regard de Luo Wenzhou glissa sur Fei Du.

Celui-ci gardait la tête baissée, les mèches sombres retombant sur son visage. Contre sa chemise noire, la peau exposée paraissait d’une pâleur inhabituelle, presque spectrale, comme celle d’un vampire qui n’aurait jamais vu la lumière.

Une pensée traversa soudain l’esprit du capitaine : Pourquoi comprend-il si bien ces gens ?
Lorsqu’il n’était pas entouré de ces fuerdai arrogants, lorsqu’il se retrouvait seul, à quoi pensait-il, au juste ?

Fei Du rompit le silence, comme s’il parlait à lui-même.

— « Et je n’ai rien entendu. »
— « Quoi ? » fit Luo Wenzhou.
— « Je lui ai demandé : “Quels sont vos projets une fois que le meurtrier sera arrêté ?” Elle n’a pas répondu. Elle m’a seulement dit de rentrer chez moi et a ajouté : “Pour une mère qui n’a pas de grands talents, la seule joie qui lui reste, c’est de voir grandir un enfant comme toi.” »

Cette femme, incapable de travailler, brisée par la maladie, n’avait-elle pas placé tout son avenir dans son fils ? Maintenant qu’il n’était plus là, qu’avait-elle encore à attendre de la vie ? Que pouvait-elle faire d’autre ?

Fei Du fronça légèrement les sourcils, un pli ironique traversant son visage. Quand il tourna la tête, les commissures de ses lèvres se soulevèrent en un sourire trop brusque, trop amer. À voix basse, il ajouta, presque pour lui seul :

— « Et moi… je n’ai même pas entendu ce qu’elle voulait dire. »

Tao Ran remarqua son trouble.

— « Ça va ? »
— « Je vais bien. » Fei Du releva la tête et, comme si de rien n’était, demanda : « Pourquoi cette question ? »
— « Dans une enquête, on concentre toujours son regard sur le mort et sur le suspect », expliqua Tao Ran. « C’est normal d’oublier la famille de la victime, surtout quand tout s’accélère. Mais l’important, c’est de la retrouver. »
— « Oui », répondit Fei Du calmement. « Exact. »
— « Elle croit toujours que Zhang Donglai est le meurtrier ? Qu’on l’a relâché parce qu’il est le neveu du directeur ? Elle serait allée le chercher ? On doit l’avertir ? »
— « Tu peux l’appeler », dit Luo Wenzhou. « Mais je doute qu’elle l’ait fait. Qu’aurait-elle gagné à le trouver ? Le tuer pour venger son fils ? Vu sa carrure, même immobile, rien ne dit qu’elle aurait eu la force de le blesser. Le plus probable, c’est qu’on nous l’aurait ramenée ici. Aucun intérêt. »

Il marqua une pause, le regard soudain plus sombre.

— « Réfléchis plutôt comme le meurtrier. Il ne l’a pas fait sortir en pleine nuit juste pour lui faire prendre l’air. »

Fei Du, jusque-là silencieux, attrapa un stylo.

— « Si la personne qui l’a enlevée est le meurtrier », dit-il en écrivant rapidement 20 mai sur un coin de papier, « alors commençons par nous demander si le meurtre de He Zhongyi était prémédité. »

Sans attendre la réaction des autres, il enchaîna lui-même :

— « J’ai tendance à penser que c’était sur un coup de tête. La nuit de son assassinat, He Zhongyi s’est renseigné sur l’emplacement précis du manoir Chengguang. »
— « Comment le sais-tu ? » demanda Luo Wenzhou.
— « Je l’ai croisé au café où il faisait une livraison », expliqua Fei Du. « Je n’avais pas jugé utile d’en parler. Désolé. »

Luo Wenzhou hocha la tête, sans insister.

— « C’est logique. Si le meurtrier avait prévu de tuer He Zhongyi cette nuit-là, il n’aurait pas été vague sur l’adresse. »

Tao Ran, un peu perdu dans leur échange, ouvrit la bouche pour intervenir, mais Luo Wenzhou lui fit le signe discret de se taire.

— « Procédons à une simple analyse du suspect. »

Fei Du reprit, le ton égal :

— « Les images de la caméra de surveillance montrent que He Zhongyi a reçu un appel, puis qu’il a quitté le Manoir Chengguang en direction de la rue Wenchang. On dirait qu’on lui avait donné rendez-vous. À ce moment-là, le meurtrier devait déjà savoir qu’il se trouvait devant le manoir. Qu’ont-ils dit au téléphone ? »

Il ferma à demi les yeux, tapotant le bureau du bout du stylo.

— « “Personne ne m’a vu, je n’ai pas été filmé, je veux juste te parler…” »

Luo Wenzhou poursuivit la réflexion :

— « Pour une raison inconnue, le meurtrier a décidé de le tuer. D’après nos déductions, c’était un coup de tête ; il est donc peu probable qu’il ait eu l’arme du crime sur lui. Cet imbécile de Zhang Donglai a dû enlever sa cravate et la jeter quelque part. Le meurtrier, en la voyant, a eu un éclair de génie et a improvisé un plan. »

Il marqua une courte pause, le regard fixé sur la table.

— « La vraie question est, pourquoi la rue Wenchang ? »

Tao Ran réfléchit un moment.

— « Si le meurtrier est Zhao Haochang, il travaille rue Wenchang. C’est plus facile d’agir dans un environnement familier. »
— « La rue Wenchang n’est pas le seul endroit qu’il connaisse. S’il voulait simplement se sentir en sécurité, un lieu près de chez lui aurait fait l’affaire. »

Luo Wenzhou croisa lentement les bras et chercha le regard de Fei Du. L’expression de celui-ci était d’une froideur presque minérale, comme s’il avait été taillé dans une matière inerte. Le capitaine ne détourna pas les yeux.

— « Qu’en penses-tu ? »

Fei Du répondit avec calme :

— « J’ai creusé un trou et j’y ai placé un bouc émissaire. Maintenant, bien sûr, je dois m’en exclure… C’est pour son alibi. »

Tao Ran, lui, commençait à accuser le coup. Il n’était ni le « Capitaine Chine » qui gagnait en énergie à mesure qu’on le découpait, ni un jeune fêtard dont l’esprit s’éveille la nuit. À cette heure, il était vidé. Sa tête, saturée d’informations, n’était plus qu’un bol de porridge tiède.

— « Attendez… ralentissez un peu. Comment fonctionne l’alibi ? On a clairement vu He Zhongyi se rendre rue Wenchang… »

Luo Wenzhou alluma une cigarette, tourna le dos et aspira lentement deux bouffées avant de laisser la fumée s’échapper par la porte entrouverte. Sa voix, assourdie par la fumée, vibra d’un ton grave.

— « Tao Ran, tu as oublié que la découverte des images de la caméra de surveillance était un “accident” ? »

L’adjoint sursauta. Il s’en souvenait à présent.

Cette nuit-là, He Zhongyi avait évité les caméras de sécurité avec soin, mais il avait sous-estimé la paranoïa des riches. Outre les caméras visibles, les allées extérieures du Manoir Chengguang étaient truffées de dispositifs cachés. L’une d’elles, dissimulée dans la cime d’un arbre sous l’apparence d’un nid d’oiseau, avait tout enregistré. Ni la victime ni le meurtrier ne savaient qu’il avait été filmé. C’est grâce à cette découverte fortuite que la police avait pu remonter jusqu’à l’arrêt de bus, puis suivre la piste de la direction prise par He Zhongyi.

L'arrondissement du Marché aux Fleurs Est regorgeait de caméras en tout genre : publiques, de transport, commerciales, privées. Si l’on ignorait l’heure exacte à laquelle quelqu’un était passé dans une rue, il était tout simplement impossible d’examiner toutes les images une par une.

— « Il a pu trouver un prétexte pour se faire raccompagner, dire qu’il avait “un peu bu”, par exemple, et demander à un collègue de le déposer au bureau. Ensuite, il n’avait plus qu’à retenir un ou deux subalternes sous couvert d’heures supplémentaires, puis, profitant d’un moment d’inattention, s’éclipser. Là, il aurait pu utiliser la cravate de son bouc émissaire pour tuer He Zhongyi, dissimuler le corps, et revenir au bureau comme si de rien n’était. »

Fei Du traça un cercle complet sur la feuille.

— « Comme ça, il aurait eu un alibi intouchable : “Je suis retourné au bureau avec untel, puis je n’en ai pas bougé.” Le cadavre a été découvert dans le quartier du Marché aux Fleurs Ouest, tandis que le principal suspect, Zhang Donglai, se trouvait dans celui de l’Est. »

Luo Wenzhou comprit aussitôt où il voulait en venir.

— « Le meurtrier a abattu sa dernière carte. Pour préserver un alibi irréprochable, il doit maintenant se débarrasser de la mère de He Zhongyi, seule à pouvoir révéler qui il est. Et, dans le même temps, il va tout faire pour renforcer l'idée que le meurtre a eu lieu dans l'arrondissement du Marché aux Fleurs. Ce qui veut dire qu’il l’a probablement emmenée là-bas. »

Tao Ran alertait déjà les équipes.

— « Attention, toutes sections ! Le quartier du Marché aux Fleurs devient prioritaire pour les recherches. Ouest ou Est ? »
— « Quartier Est, » répondit Fei Du après un court silence.

Luo Wenzhou releva la tête.

— « Pourquoi ? »
— « Parce que l’impact visuel y sera plus fort. Vous serez obligés d'arrêter à nouveau Zhang Donglai. Et puis… » Fei Du marqua une brève pause. « J’ai une intuition. »

Luo Wenzhou et Tao Ran se levèrent d’un même mouvement.

— « Je peux venir ? » demanda Fei Du calmement.

Luo Wenzhou hésita une fraction de seconde, le regard fixé sur lui.

— « Viens. »

 

 

 


Alors ce serait Zhao Haochang, le petit ami de la sœur du stupide ami de Fei Du, le coupable ? Hum... Mais quelle peut bien être la raison ? Apparemment, il connaissait la victime, donc faut-il chercher dans leur passé ? 🤔

 

 Je n'ai pas encore commencé l'arc 2 car mes migraines ont repris (heureusement prochaines injections début février) mais je m'y mets demain normalement.

Sinon j'ai presque fini Criminal Investigation notes et j'adoooore  😍

 

 


 

 

 

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