Top Edge : Chapitre 66 - Marions-nous

 

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Lorsque Shen Siwei s’éveilla de son rêve, blotti dans les bras de Klet, le lieu de la cérémonie d’adieu avait déjà été aménagé sur la pelouse devant la villa.

Une immense projection holographique diffusait des scènes de la vie de Miller. L’effet était si réaliste qu’on aurait presque cru qu’il se tenait encore là, parmi les vivants. Autour de l’hologramme, des fleurs blanches disposées en cercle. Les gens s’approchaient les uns après les autres, une fleur à la main, pour exprimer leurs condoléances à l’image du général.

— Tu veux sortir jeter un œil ? demanda-t-il.

Son amant se tenait devant la baie vitrée, le regard perdu à l’extérieur. À sa question, il revint à lui et répondit distraitement, d’un ton plat :

— Hm ?
— Pour assister aux funérailles.
— Non. Je n’ai pas de tenue formelle.

Klet revint vers le lit, posa un genou à terre et se pencha pour déposer un baiser matinal sur ses lèvres.

Il ne portait pas de chemise. Ses pectoraux et ses abdominaux dessinaient des lignes puissantes à chacun de ses mouvements, leur attrait difficile à ignorer.

— Si tu veux y aller, une tenue formelle, ça s’arrange vite, répondit Shen Siwei, allongé sur le côté, le menton soutenu par la main.
— Tu penses que je devrais y aller ? demanda Klet.
— Vas-y. Je t’accompagne.

Il demanda à Rita de faire livrer deux ensembles noirs. Même s’ils n’étaient pas sur mesure, leurs silhouettes étaient standards ; les vêtements leur allaient parfaitement.

La seule différence entre eux tenait à leur musculature. Shen Siwei avait des muscles visibles nu, mais une fois habillé, il paraissait mince. À l’inverse, quand Klet enfila le costume, il ne gagna rien en élégance : il avait plutôt l’air d’un voyou coincé dans un costume de luxe.

— Les costumes ne te vont pas, commenta le capitaine en finissant de nouer la cravate de son amant, avant de se retourner pour ajuster la sienne.

Le voyant immobile devant le miroir, le regard fixé sur son reflet, il fronça légèrement les sourcils.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

Klet s’approcha par derrière, se pencha et l’enlaça par la taille, posant son menton sur son épaule.

— Tu sais… Quand on se mariera, on s’habillera comme ça aussi ?

Se marier ?

Shen Siwei arqua un sourcil sans changer d’expression.

Ce gamin avait vraiment de nombreux projets d’avenir.

— On ne se marie pas en noir, répondit-il en se dégageant de l’étreinte pour se diriger vers la porte de la chambre. Et je n’ai jamais accepté de t’épouser.

 ⸻

Beaucoup de gens étaient venus rendre hommage. Chacun ne restait que quelques secondes devant la projection holographique. Klet ne s’avança pas pour déposer de fleurs ; il resta à la périphérie de la pelouse, observant l’hologramme en silence, l’air perdu dans ses pensées. Shen Siwei savait qu’il avait besoin d’espace pour faire le tri dans ses émotions. Il resta donc simplement à ses côtés, sans rien dire.

Peu après, Rita s’approcha. Elle portait un chapeau à voilette noire et une cape assortie. Elle salua d’abord Shen Siwei d’un signe de tête, puis tourna son regard vers Klet.

— Qui est ta mère ?

Il lui lança un regard bref, visiblement sans intention de répondre. Rita insista :

— Dis-le-moi simplement. Peut-être que je la connais.

Dans cette atmosphère, parler semblait approprié. Klet finit par ouvrir la bouche.

— Sarah.

Le visage de Rita s’éclaira soudain.

— C’est elle…
— Tu la connais vraiment ? demanda Klet.
— Une chanteuse très célèbre, non ? répondit Rita. Miller l’avait invitée à donner un concert privé au dernier étage.

Il la regarda sans répondre, mais son regard disait clairement : continue.

Elle soupira.

— Aujourd’hui, c’est son enterrement. Ce n’est pas le moment de dire du mal de lui. Mais ta mère n’était pas comme les autres femmes. Elle ne cherchait pas à devenir sa maîtresse. D’après le plan initial, Sarah devait donner trois concerts au sommet de la tour. Pour une raison inconnue, elle n’en a donné que deux avant de partir.

Ses paroles restaient vagues, sans imposer de conclusion. Mais Shen Siwei comprit sans peine : la grossesse de Sarah avait très probablement été imposée.

L’hologramme de Miller affichait un sourire doux, presque chaleureux. Beaucoup de personnes laissaient échapper des sanglots étouffés, exprimant leur respect.

Shen Siwei se sentit troublé.

Pourquoi quelqu’un qui avait tout faisait-il de telles choses ?

Il regarda Klet. Celui-ci n’avait clairement plus envie d’écouter. Son regard restait fixé sur Miller, vide de toute émotion.

— À propos, reprit Rita en changeant de sujet, tu es un nouveau-né, n’est-ce pas ?
— Oui.
— J’aimerais aussi avoir mon propre enfant, dit-elle. Après tout ça, as-tu envisagé l’ouverture aux embryons artificiels ?
— On en reparlera.

Elle hocha la tête.

— Et ta mère ? Elle va bien ? On ne la voit plus dans les événements publics.

Shen Siwei ouvrit la bouche pour détourner la conversation, mais Klet parla avant lui.

— Elle est morte. Miller l’a fait tuer.

Rita resta figée, les yeux écarquillés, puis soupira longuement.

— C’est… tout à fait son style.
— Tu sembles ignorer beaucoup de choses sur ce que ton mari a fait, observa Klet en la regardant.

Shen Siwei savait que son compagnon nourrissait une hostilité profonde envers la famille Miller. Face à l’attitude bienveillante de la veuve, il ne ressentait rien d’autre que de la méfiance.

Mais Rita répondit avec son élégance habituelle.

— C’est vrai. Si j’avais eu la capacité d’intervenir dans ses affaires, je n’aurais pas à m’inquiéter d’Adolf.

Au loin, le fils du général discutait avec un groupe de politiciens. Comparé à cet attroupement, l’endroit où se tenait Rita était bien plus calme.

À cet instant, le regard de Shen Siwei s’arrêta sur une silhouette familière. Voyant que Klet gérait parfaitement la situation, il dit :

— Je vous laisse discuter.

Puis il se dirigea vers cette personne.

— Amor.

Vêtu d’un costume noir, il se tenait à la lisière de la pelouse, face à l’hologramme. En entendant son nom, il se tourna et acquiesça.

— Capitaine Shen.
— Comment vous sentez-vous ?

Il voulait en réalité s’enquérir de son état mental. La dernière fois qu’ils s’étaient vus, Amor était au bord du gouffre. Il l’avait même giflé pour le ramener à la réalité. Mais aujourd’hui il semblait aller bien, alors il modifia sa question.

— Ça va, répondit Amor. À propos de votre…

Il posa une main sur sa poitrine, indiquant des difficultés respiratoires.

— C’est réglé.

Shen Siwei se tourna à moitié vers la projection.

— Et pour votre père…
— Ça va, répéta Amor d’un ton neutre. C’était son choix. Je le respecte.

Il était évident qu’il ignorait encore la vérité sur la mort de Miller.

— Que pensez-vous de la proposition des Rossignols ?
— Un référendum national ? répondit Amor. Je suis pour.

La réponse ne le surprit pas.

— Et vos projets ?
— Aucun. Voyager avec la personne que j’aime.

Shen Siwei savait que par la personne que j’aime, Amor entendait les cendres de Li. Il serra les lèvres.

— Prenez soin de vous.

Amor détourna enfin le regard de l’hologramme.

— Quand vous m’avez approché pour la première fois, vous avez dit avoir vu Li.

Il n’arrivait pas à lâcher ce sujet.

— J’ai trouvé votre journal dans l’hôtel en libre-service du niveau inférieur. J’ai compris la situation, alors j’ai parlé de lui… mais je ne l’ai jamais vu.
— Je vois…

Amor soupira doucement.

— J’aurais aimé vous le présenter. Il avait beaucoup d’esprit.

Shen Siwei comprenait ce sentiment. Quand la personne qu’on aime est exceptionnelle, on veut que le monde entier la connaisse.

Mais pour l’homme en face de lui, ce n’était plus possible.

— Inutile d’en parler davantage, conclut Amor en reprenant contenance. Je suis venu dire au revoir.
— D’accord. Je vous raccompagne.

Ils évitèrent la foule et traversèrent la vaste pelouse jusqu’au parking. Les accès vers le niveau inférieur se trouvaient à proximité, surveillés par de nombreux gardes.

— Capitaine Shen.

Près de son appareil, Amor s’arrêta soudain.

— Avez-vous quelqu’un que vous aimez ?

L’image de Klet traversa immédiatement l’esprit de Shen Siwei.

— Oui.
— Chérissez-le. On ne sait jamais combien de temps il nous reste avec quelqu’un.

Il tendit la main.

— Prends soin de toi.

Shen Siwei la serra, brisant à son tour la barrière du « vous » :

— Toi aussi.

Après le départ d’Amor, Shen Siwei retourna vers la cérémonie. Il comptait rejoindre Klet, mais quelqu’un l’intercepta.

L’homme portait un costume impeccable et ressemblait étrangement à quelqu’un qu’il connaissait.

— Bonjour, Capitaine Shen. Je suis Morrison, le frère de Moran.

Il tendit la main sans détour. Shen Siwei la regarda mais ne la serra pas.

Il savait qui il était : une figure politique du troisième niveau.

Morrison comprit et retira sa main.

— Je suis sincèrement désolé pour ce que mon frère a fait. Je n’aurais jamais imaginé qu’il agissait ainsi en coulisses.
— Que me voulez-vous ? demanda le soldat, indifférent.
— Capitaine Shen, répondit Morrison avec courtoisie, nous, fonctionnaires civils, préparons un référendum national. Nous espérons que vous accepterez d’y participer.

Shen Siwei comprit aussitôt : les politiciens commençaient déjà à choisir leur camp.

Mais ce genre de manœuvre ne fit que le mettre mal à l’aise.

Il allait congédier Morrison quand Klet surgit derrière lui et le repoussa sans ménagement.

— Qu’est-ce que tu faisais ? Tu en as mis du temps.
— J’ai raccompagné Amor.

Shen Siwei ignora Morrison, passa son bras sous celui de Klet et l’entraîna vers un endroit plus calme.

— Rita m’a rappelé quelque chose, dit Klet en jetant un coup d’œil à son bras. Ton engagement avec Adolf n’a pas été annulé.
— Ne t’en fais pas pour lui.
— Marions-nous.

Les deux phrases se superposèrent. Le capitaine crut avoir mal entendu. Il s’arrêta net.

— Qu’est-ce que tu viens de dire ?
— J’ai dit : marions-nous. Je suis aussi un Marg. Tu peux former une alliance avec moi.
— Ça fait si longtemps qu’on est ensemble ? demanda Shen Siwei, très sérieux.
— Vingt-cinq ans, ça ne suffit pas ?
— Les vingt-cinq premières années ne comptent pas. Tu étais mineur.
— Je t’en enlève vingt, alors. Si tu n’avais pas été emmené il y a cinq ans, on serait déjà mariés.
— Il y a cinq ans, je ne voulais pas être avec toi non plus. Tu n’étais qu’un gamin à mes yeux.
— Shen Siwei.

Klet s’arrêta, visiblement mécontent.

— Tu veux m’épouser ou pas ?

Toujours pareil. Patient… mais pas trop.

Shen Siwei sourit malgré lui, cessa de le taquiner et reprit son bras.

— D’accord. Marions-nous.

 

 


   

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