Silent Reading : Chapitre 45 - Humbert Humbert XIII

 

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— « Impossible, impossible ! »

Il était déjà minuit passé. L’administrateur du Palais des Enfants avait manifestement été tiré de son sommeil en sursaut. Les yeux bouffis jusqu’aux arcades sourcilières, les boutons de sa chemise dépareillés, il avançait en traînant les pieds dans une paire de chaussons.

— « Vous savez combien d’enfants passent ici chaque jour ? Nous avons la sécurité la plus stricte ! Même les parents doivent s’enregistrer à l’entrée ! Caméras de surveillance à 360 degrés, aucun angle mort ! Vous me dites qu’il s’agit de trafiquants d’êtres humains ? C’est une blague ? Je le garantis sur ma tête, c’est absolument impossible ! À moins que l’enfant ne soit partie toute seule, même si des extraterrestres envahissaient la Terre, ils ne pourraient pas entrer dans notre établissement ! »
— « Adjoint Tao, nous venons d’utiliser le logiciel de localisation du téléphone de Zhang Yuchen pour l’activer à distance. Il se trouve près de l'allée de la Pêche Blanche ! »
— « L'allée de la Pêche Blanche… » Tao Ran resta figé. « Pourquoi là-bas ? »

La zone se trouvait à environ trois arrêts du Palais des Enfants. C’était un centre de distribution de petites marchandises bien connu. De nombreuses boutiques en ligne y faisaient affaire, souvent toute la nuit. On y trouvait des grossistes en vêtements, des vendeurs de babioles au kilo, des entrepôts de colis grands et petits disséminés un peu partout. La rue pullulait de pickpockets et d’arnaqueurs.

C’était animé, chaotique.

Pour un enfant parti s’amuser en cachette, l'allée de la Pêche Blanche était trop désordonnée et franchement pas amusante. Pour un ravisseur, elle était au contraire fréquentée et exposée ; un risque bien trop élevé.

Tao Ran se pinça l’arête du nez.

— « Doucement… Laisse-moi réfléchir… »

Il n’avait pas fini que la mère de Chenchen repoussa deux policiers de la brigade criminelle et se précipita vers eux.

— « Capitaine Tao, j’écoutais… Vous avez localisé le téléphone de ma fille ? Où est-elle ? »

Lang Qiao, qui venait d’arriver après avoir traversé la nuit à toute allure, s’interposa rapidement et tenta de la calmer à voix basse.

— « Je lui ai dit, je lui ai dit tous les jours d’être prudente quand elle sort, de ne pas suivre d’inconnus, de ne pas aller dans des endroits qu’elle ne connaît pas, de prévenir un adulte au moindre problème… Je l’ai tellement répété que je me trouvais moi-même agaçante… »

Chang Ning essuya ses larmes d’une main tout en la soutenant de l’autre.

— « Tantine, arrête… »

En la voyant pleurer, l’inquiétude contenue de Tao Ran explosa.

— « Xiao-Qiao-er, tu restes ici pour passer en revue les images de surveillance. Vous autres, avec moi, direction l'allée de la Pêche Blanche. »

La voiture de police s’élança dans la nuit comme une étoile filante, ses quatre roues semblant à peine toucher le sol. En cinq ou six minutes, ils couvrirent la distance de trois arrêts.

Les premières collections d’automne arrivaient déjà en rayon et l'allée de la Pêche Blanche était bondée, la foule de commerçants formant un véritable îlot de chaleur urbaine à force de respirer et de s’agiter.

Au milieu de cette marée humaine, trois minutes suffisaient pour avoir le front trempé de sueur.

Tao Ran balaya les alentours du regard.

— « Tu peux encore réduire la zone ? »
— « On approche de l’extrémité ouest », répondit le technicien dans son oreillette. « Ils n’ont pas encore remarqué que le téléphone est allumé, il faut faire vite. »

Tao Ran échangea un regard avec ses subordonnés, qui se dispersèrent aussitôt avec une coordination impeccable, encerclant l’ouest de l'allée depuis plusieurs directions. Il se mit à courir, scrutant chaque passant. Bennes à ordures, chariots, grands sacs, aucun endroit susceptible de dissimuler quelqu’un ne fut négligé, tout fut inspecté un par un.

Même sans sirène, cette fouille éclair installa immédiatement une atmosphère tendue sur l'allée de la Pêche Blanche.

Soudain, l’alerte du technicien retentit dans son oreillette :

— « Adjoint Tao, le téléphone vient d’être éteint ! »

Le regard tendu de Tao Ran balaya instinctivement les alentours et s’arrêta près d’une poubelle. Un homme maigre et chétif leva la tête par inadvertance, leurs regards se croisèrent. L’individu se figea une seconde, reconnut l’uniforme, lâcha ce qu’il tenait en main et détala.

L’objet tombé au sol était un téléphone blanc, le dos couvert d’autocollants.

Les pupilles de Tao Ran se contractèrent.

— « Arrêtez-le ! »

Un peu plus loin, une grossiste poussait justement un chariot. Le suspect bondit dessus avec l’agilité d’un singe. La femme poussa un cri de surprise tandis que les vêtements entassés s’effondraient comme un glissement de terrain. Un motard avançant difficilement à côté pila brusquement pour éviter la marchandise, puis se mit à hurler des injures. Dans le chaos, l’homme avait déjà posé le pied sur la barrière de sécurité. Il la franchit d’un bond et s’apprêtait à traverser la rue lorsqu’un policier grand et robuste surgit d’une ruelle voisine et l’attrapa par le col, comme un poussin. D’un mouvement sec, il lui tordit le bras et l’écrasa au sol.

Tao Ran se retourna, ramassa le téléphone blanc et le ralluma. L’écran affichait un selfie de Chenchen, avec ses filtres de chat.

Il expira longuement, puis s’approcha de l’homme déjà maîtrisé.

— « Où est-elle ? »

L’homme s’était blessé au nez en tombant. Il releva la tête, le visage rouge vif, le regardant avec une expression suppliante.

— « J-j-j’ai eu tort, monsieur l’agent, je vais me racheter, je recommencerai plus jamais… Aïe… hss… Doucement, s’il vous plaît… »

Tao Ran l’attrapa par le col.

— « Où est la fillette ? »
— « Hein ? »

À ce moment-là, Luo Wenzhou venait d’arriver en voiture devant les grilles du Palais des Enfants.

En reconnaissant la plaque d’immatriculation, Lang Qiao accourut.

— « Chef ! »
— « Qu’est-ce qui se passe ? Où est Tao Ran ? »

Tout en parlant, il se retourna et fit signe vers l’intérieur du véhicule.

— « Reste assis dans la voiture pour l’instant. »

L’autre n’en fit rien, descendant en levant le bras.

Lang Qiao resta bouche bée.

— « Waouh… Président Fei, qu’est-ce que c’est que cette… armure ? »
— « Un petit accident. »

Fei Du jeta un regard aux bâtiments du Palais des Enfants.

— « Il y a du nouveau ? »

Avant que Lang Qiao ne puisse répondre, une voiture de police freina bruyamment devant les grilles. Tao Ran et plusieurs policiers de la brigade criminelle en descendirent, le visage sombre.

En voyant le regard interrogateur de Luo Wenzhou, son adjoint secoua la tête.

— « Le téléphone de Chenchen a été volé. Un vieux renard, récidiviste, tout juste relâché. Il affirme qu’une fillette faisait ses lacets au bord de la route, qu’elle a posé son téléphone sur un bac à fleurs, puis qu’elle est partie en oubliant l’appareil. Lui n’aurait fait que le ramasser. »
— « Quelle rue ? À quelle heure ? » demanda le capitaine.
— « Probablement juste à côté du Palais des Enfants… »

Tao Ran passa une main dans ses cheveux, le front profondément plissé.

— « On a trouvé sept ou huit téléphones sur lui, prêts à être revendus, tous chipés aujourd’hui. Même lui n’est pas sûr des heures et des endroits exacts. »
— « Ge », demanda Fei Du à côté de lui, « qu’est-ce qui t'inquiète vraiment ? Qu’est-ce qui se passe ? »
— « J’ai demandé à Chang Ning. Aujourd’hui, Chenchen portait une robe à fleurs. » Le visage de Tao Ran était livide, sa voix rapide et fébrile. « Si c’est vraiment ça, si le tueur a enlevé deux enfants en cinq jours, la fréquence est bien trop élevée. Ça veut dire qu’il y a cent pour cent de chances que Qu Tong soit… Chenchen a disparu il y a plus de sept heures. Il est très possible que… »
— « Chut. » Fei Du posa une main sur son bras. « Calme-toi un peu. »
— « De quoi aurais-je à me calmer ? » ricana amèrement Tao Ran. « Je ne suis pas le parent de l’enfant. Je n’ai même pas osé faire part de mes suppositions à la famille… Tu as dit que l’individu suspect la dernière fois était un vieil homme, c’est ça ? Tu en es sûr ? »
— « Je n’en suis pas sûr. J’étais trop loin », répondit Fei Du. « Chenchen est une enfant sensible. La dernière fois, quand je l’ai avertie d’être prudente, je lui ai fait peur. Elle n’aurait pas oublié si vite. Je pense qu’elle n’aurait pas baissé sa garde, même face à des personnes âgées ou à des connaissances. Et même si quelqu’un l’avait trompée pour l’emmener ailleurs, elle n’aurait pas oublié de prévenir sa famille. »
— « Adjoint Tao, nous avons retrouvé l’enfant sur les images de la caméra de la salle de dessin ! »

Tao Ran se retourna brusquement et s’apprêtait à partir quand Luo Wenzhou posa une main sur son épaule.

— « Laisse-moi m’en charger. Toi, occupe-toi de parler aux parents de la fillette. Vérifie s’il y a eu quelque chose d’inhabituel récemment, si les parents ont offensé quelqu’un, quelle est la situation familiale. On ne peut exclure aucune piste. »

Fei Du se pencha légèrement.

— « Tu as besoin de mon aide ? »

Luo Wenzhou hésita.

— « En quelle qualité ? »

Fei Du répondit sans la moindre honte :

— « En tant qu’ami et membre de la famille. »

Luo Wenzhou leva un doigt et le pointa vers lui, avec une pointe d’avertissement, mais au final, il ne lui dit pas d’aller se faire voir.

La caméra de surveillance de la salle de dessin était très nette. Vers quatre heures et demie, les autres enfants furent récupérés les uns après les autres par leurs parents. Chenchen resta seule dans la classe, feuilletant distraitement un album laissé par l’enseignante.

De temps en temps, elle levait les yeux vers la fenêtre. Sur dix minutes, elle en passa plus de cinq à regarder attentivement dans cette direction.

Luo Wenzhou demanda, incertain :

— « Qu’est-ce qu’elle regarde ? »
— « Un miroir », répondit Lang Qiao.

Il eut l’air perplexe.

— « Les petites filles utilisent les vitres comme miroirs, tu sais. Elles peuvent regarder le paysage en tournant simplement la tête, sans avoir à se lever ou à s’approcher. Elle utilise aussi son stylo pour jouer avec les pointes de ses cheveux », expliqua Lang Qiao. « Toutes les filles comprennent ça… Hein ? »

Pendant qu’elle parlait, elle vit soudain Chenchen se redresser, quittant légèrement sa chaise. Puis elle sourit, se leva, rangea rapidement ses affaires et s’enfuit en courant. L’horodatage dans un coin de l’enregistrement indiquait environ 16 h 40.

Luo Wenzhou leva aussitôt la tête pour vérifier l’emplacement de la salle de dessin ; la fenêtre donnait directement sur le terrain de jeux.

Les images de la caméra de surveillance du bâtiment le plus proche du terrain furent rapidement consultées. On y voyait Chenchen sortir en courant du bâtiment des salles de classe et se diriger vers un groupe d’enfants rassemblés sur l’aire de jeux. La caméra était un peu éloignée ; elle ne la captait que brièvement, tandis qu’elle s’attardait au milieu du groupe. Puis elle se dirigea avec plusieurs autres fillettes vers un angle mort des caméras, quittant rapidement le champ.

D’après la direction, elles se rendaient vers une rangée de bâtiments rouges, à l’angle nord-ouest du Palais des Enfants.

— « C’est quoi, ça ? » demanda Luo Wenzhou en fronçant les sourcils. « L’administrateur n’a pas dit qu’il n’y avait aucun angle mort ? »
— « Les bâtiments du coin nord-ouest sont des toilettes publiques », répondit quelqu’un. « Aucune caméra n’y est installée. »
— « Bordel, pourquoi vous ne l’avez pas dit plus tôt ! Identifiez immédiatement les enfants présents sur la vidéo et interrogez-les. Il secoua la main. « Apportez le plan. »

Le coin nord-ouest du Palais des Enfants jouxtait un petit parc, très mal entretenu. La pelouse extérieure avait été piétinée par les habitants venus se promener ; empreintes de pas et crottes de chien y étaient bien visibles. En revanche, personne ne s’aventurait dans les profondeurs du parc où la végétation était envahissante et les moustiques, comparables à des bombardiers.

Les chiens policiers furent rapidement déployés, faisceaux de lampes torches et aboiements se croisant dans la nuit.

 ⸻

Fei Du écoutait pendant que Tao Ran parlait avec le père de Chenchen.

— « Je suis arrivé vers 17 h 05, c’était ce qu’on avait convenu. J’ai d’abord appelé son téléphone depuis l’entrée. Quand j’ai vu qu’il était éteint, j’ai pensé qu’il n’avait plus de batterie. J’ai signé auprès du gardien et je suis allé la chercher, mais elle n’était pas dans la salle de dessin. Je n’ai pas imaginé une seconde qu’elle ait pu disparaître. C’est le Palais des Enfants, comme une école… Je me suis dit qu’elle était peut-être aux toilettes ou en train de jouer quelque part. J’étais même un peu en colère. J’ai attendu un moment dans la salle, mais quand les agents de sécurité ont commencé à inspecter les portes et fenêtres et à éteindre les lumières, j’ai paniqué et je suis allé demander de l’aide. Une enseignante est allée vérifier les toilettes… »

La mère de Chenchen tira sur son épaule, le visage noyé de larmes.

— « C’est ce genre d’enfant, selon toi ? Partir sans prévenir alors qu’elle sait très bien qu’un adulte l’attend ? Hein ? Quel genre de père tu es ? Dès qu’il y a un problème, tu accuses ma fille en premier ! S’il lui arrive quoi que ce soit, je… »

Le père de Chenchen chancela sous la traction. Il serra les lèvres sans dire un mot. Tao Ran et Chang Ning s’interposèrent rapidement, chacun d’un côté.

Fei Du parla soudain :

— « J’ai entendu dire que les systèmes de localisation pour enfants permettaient d’activer un téléphone à distance. Les policiers ont dû localiser celui de Chenchen de cette façon tout à l’heure. Pourquoi ne pas y avoir pensé également ? »
— « J’y ai pensé. » Le père de Chenchen semblait au bord de l’effondrement. Il luttait pour reprendre le contrôle de sa respiration. « Mais il y avait un problème avec le logiciel. Il n’arrêtait pas de m’indiquer que la connexion à distance avait échoué… Je ne suis pas très à l’aise avec ce genre de choses… »
— « Nous avons retrouvé le téléphone », dit Tao Ran. « La batterie est au moins à moitié pleine. Il a dû être volé par le pickpocket dès votre premier appel. Est-il possible que la petite ait remarqué la perte et soit partie le chercher ? »
— « Le risque de voler un téléphone au Palais des Enfants est trop élevé, c’est peu probable. » Fei Du secoua la tête. « Elle a dû partir seule pour une raison ou une autre. Il s'est écoulé plus d'une demi-heure entre la fin des cours et l'heure à laquelle vous aviez prévu de venir la chercher. Elle a pu aller acheter quelque chose dans les boutiques autour, ou jouer avec ses camarades… Mais en temps normal, elle serait restée dans un rayon d’un kilomètre. Ainsi, dès votre appel, elle aurait pu revenir à l’entrée. Vous lui avez appris quoi faire si on lui volait quelque chose dehors ? »
— « Oui. » Chang Ning regarda Tao Ran et dit doucement : « Je plaisantais encore avec elle il y a quelques jours, en disant que si quelque chose arrivait, elle pouvait aller voir Tao Ran-gege. Elle sait appeler la police, et si ça ne marche pas, elle sait retourner à l’école et trouver un agent de sécurité… »

L’adjoint tapota le dos de sa main et lui lança un regard apaisant.

— « Le Palais des Enfants est entouré de quartiers très fréquentés. C’était l’heure de pointe du soir, donc relativement sûr. Sauf au fond du petit parc du coin nord-ouest. »
— « Non, elle n’y serait pas allée. » Comme pour se rassurer, Chang Ning l’attrapa par le poignet. « Chenchen est très peureuse. Elle n’ose même pas dormir seule après avoir regardé un film à suspense. Elle ne serait jamais allée là où il n’y avait personne ! »

Fei Du dit soudain :

— « Et si elle n’y était pas allée seule, mais avec des camarades de classe ? »

Tous le regardèrent.

Il s’approcha du père de Chenchen.

— « À quelle heure avez-vous essayé pour la première fois d’activer son téléphone à distance ? »
— « Vers six heures… après six heures », répondit-il. « Son enseignante me l’a rappelé. »
— « Comment avez-vous procédé ? Vous pouvez me montrer ? »

— « Chef ! » Lang Qiao écarta un bouquet de branches qui lui bloquait la vue et se précipita vers Luo Wenzhou. « L’enseignante vient de contacter les enfants présents sur les images ! Ils sont allés aux toilettes pour se changer, puis au petit parc pour prendre des photos. »
— « Prendre des photos ? »
— « Une élève de la classe de photographie avait un devoir à rendre et a demandé à certaines filles de poser pour elle. Certaines avaient apporté des vêtements exprès. Elles ont pris des photos un moment. Quand elles ont terminé, Zhang Yuchen a dit qu’elle devait retourner au Palais des Enfants. Elles se sont séparées à l’entrée du parc, et personne ne sait où elle est allée après. »

Luo Wenzhou inspira profondément.

C’était très mauvais.

Si Chenchen s’était rendu compte que son téléphone avait disparu après s’être séparée de ses amies, le premier endroit auquel elle aurait pensé aurait été celui où elles avaient pris les photos. Elle serait retournée seule dans les profondeurs désertes du petit parc. Mais un parc n’était pas une rue : une fois à l’intérieur, il devenait difficile de retracer ce qui avait pu se passer.

— « Chef, on fait quoi ? » demanda Lang Qiao.

Luo Wenzhou marmonna quelques mots pour lui-même, puis sortit son téléphone et appela la personne chargée de surveiller Xu Wenchao.

— « Fais-moi un rapport sur ses déplacements aujourd’hui. »
— « Xu Wenchao a laissé le Capitaine adjoint Tao copier l’historique de localisation de son véhicule. Il n’a quitté le bureau qu’à 17 h 45. Il a roulé une vingtaine de minutes jusqu’à un fast-food, a pris à emporter et est rentré chez lui. Il n’a pas bougé depuis. »
— « Tu es sûr qu’il est resté chez lui tout ce temps ? » demanda calmement Luo Wenzhou.
— « Sûr. Il n’a pas tiré les rideaux. Il est resté dans son bureau, constamment sous surveillance. Il se passe quoi, Chef ? »
— « Boss, soit on s’est trompés de suspect », dit Lang Qiao, « soit cette affaire n’a rien à voir avec la disparition de Qu Tong. Sérieusement, il y a vraiment autant de pervers dans ce monde ? »

Avant que Luo Wenzhou ne réponde, son téléphone sonna. L’écran affichait : Feishir1.

— « Qu’est-ce qu’il y a ? »

À l’autre bout du fil, Fei Du répondit calmement :

— « Le pickpocket n’a pas directement volé le téléphone à Chenchen. Il n’a pas menti, la fillette qui a posé le téléphone l’a réellement oublié. »
— « Comment tu le sais ? » demanda aussitôt Luo Wenzhou.
— « Vers six heures, Monsieur Zhang a tenté d’activer le téléphone à distance, mais la connexion a échoué. Je pense que la manipulation était correcte. Dans ces conditions, soit l’un des appareils n’avait pas de réseau, soit la batterie avait été retirée du téléphone de l’enfant. »

Fei Du fit une courte pause.

— « Le pickpocket n’avait aucune raison de retirer la batterie puis de la remettre, et il ne pouvait pas savoir quel logiciel était installé. Je ne vois qu’une seule possibilité : pendant que Chenchen se changeait ou posait pour les photos, l’un des gamins du groupe a caché son téléphone. Quand Chenchen s’en est aperçue, cet enfant lui a proposé de retourner le chercher dans le petit parc, et s’est porté volontaire pour l’accompagner. »

Elle aurait naturellement fait confiance à son ami, et lui aurait aussi dit que son téléphone était équipé d’un système de localisation à distance.

— « Tu es en train de dire qu’un enfant, probablement une autre fillette, a tout planifié ? » Le capitaine inspira brusquement. « Qu’elle a non seulement enlevé son amie, mais aussi volontairement jeté le téléphone pour induire la police en erreur ? C’est trop… »

Fei Du laissa échapper un rire léger, indéchiffrable. Luo Wenzhou se rappela aussitôt ce regard adolescent, sombre et glacial, et ravala la fin de sa phrase.

— « Pourquoi tu penches vers cette hypothèse ? »
— « Parce que je lui ai dit de se méfier des adultes, familiers ou non, hommes ou femmes, même des personnes âgées », répondit Fei Du. « La seule chose que je ne lui ai pas dite, c’était de se méfier des enfants comme elle. »

Pourquoi ne pourrait-ce pas être un enfant ?

Les petites filles d’à peine plus de dix ans étaient comme des boutons de fleurs : belles et fragiles, ignorantes et délicates. Le monde entier les considérait comme des victimes potentielles, comme si elles manquaient d’intelligence ou de discernement, et qu’aucune protection ne serait jamais suffisante. Qui songerait à les soupçonner de commettre un crime ?

Luo Wenzhou raccrocha et se tourna vers Lang Qiao.

— « Quand l’enseignante a appelé les parents tout à l’heure, est-ce qu’il y en a un qui n’a pas répondu immédiatement ? »

Même en arrêtant à mains nues un meurtrier armé d’un couteau, Lang Qiao n’avait jamais eu l’air aussi horrifiée.

— « Je crois que… je crois bien que oui… »

 

 

 


On aimerait bien penser qu'aucun enfant n'est un criminel ou qu'aucun enfant ne se suicide, mais hélas... 

 

 

  1. Feishir (费事儿) : signifie « pénible », « compliqué », « chronophage ». Jeu de mots utilisant le même caractère que dans le nom de famille de Fei Du.

 

 

 

 

 


 

 

 

 

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Commentaires

  1. Et ben il y aurait un enfant mêlé à cette affaire...j'espère qu'ils arriveront à sauver la petite...sinon j'imagine pas l'impact sur Tao Ran et sa dulcinée 😬

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