Silent Reading : Chapitre 50 - Humbert Humbert XVIII

 

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君愿_






L'assistante avait la tête de quelqu'un qui hésitait à parler, Fei Du n'eut qu'à jeter un coup d'œil pour la comprendre.

Avec un tact parfait, il dit :

— « S'il y a des documents qui attendent ma signature, laisse-les sur mon bureau. Si certains sont urgents, je repasserai au bureau dans la soirée. »

— « Il y a aussi du courrier de partenaires commerciaux qui nécessite peut-être votre attention personnelle », ajouta-t-elle rapidement. « À quelle heure puis-je passer vous chercher ce soir ? »
— « Aucune. » Fei Du, la main sur la portière, rit à sa question. « Je trouverai une voiture. Si je vous fais louper votre rendez-vous avec votre copain, vous ne m'aimerez peut-être plus. Que deviendrais-je, alors ? »

Elle répliqua généreusement :

— « Il n’a ni sou ni beauté. Je ne sais même pas ce que je fais avec lui. Vous n'avez qu'un mot à dire et je m’en débarrasse. »
— « Ayez pitié du pauvre homme à vos pieds. Et puis, votre maquillage est si joli aujourd'hui. Pourquoi ne le montrer qu'à moi et à l'ordinateur ? C'est un sacrilège, un gâchis pur et simple de la générosité de dame Nature. » Sans plus attendre, Fei Du descendit du véhicule. Avant de partir, il se pencha à la portière : « Elle peut être un peu capricieuse, roulez doucement au retour. Envoyez-moi un message quand vous serez au bureau. »

À ces mots, l'assistante vérifia instinctivement son maquillage dans le rétroviseur, constata que son rouge à lèvres s’était estompé et, quand son patron fut parti, se repassa rapidement une couche. Puis elle leva les yeux vers lui, sans pouvoir s'en empêcher.

Le dos de Fei Du avait toujours cette nonchalance particulière. Vue de derrière, son bras immobilisé par le plâtre ressemblait presque à sa posture habituelle quand il tenait une coupe de champagne ; on aurait dit qu'il se rendait à un cocktail, cheminant paisiblement vers le Commissariat Central.

L'assistante s'appelait Miao. Contrairement aux secrétaires « dames de compagnie » qu'on affectait aux tâches subalternes, elle avait fait de grandes études et était une excellente employée. Ayant eu affaire à un sale type par le passé, ses espoirs de carrière avaient été brisés ; Fei Du lui avait tendu la main.

Le jeune président était un séducteur notoire, flirtant sans distinction avec toute jeune femme qu'il croisait, familier avec tout le monde ; mais en réalité, seuls ceux qui travaillaient directement avec lui savaient ce qu'il faisait vraiment au quotidien.

Fei Du suivait toujours les procédures à la lettre. Il rejetait rarement les propositions de la direction, comprenant parfaitement l'importance de laisser les experts gérer les affaires complexes. Sur d'autres points, en revanche, sa nature d'enfant riche se révélait avec une netteté surprenante. Peut-être parce qu'il avait grandi dans le luxe, il n'avait pas une once de cupidité dans le sang ; il renonçait à tous les avantages matériels possibles, ce qui lui permettait d'entretenir des relations harmonieuses avec les petits actionnaires. Pour ce qui était du relationnel, il était plus que compétent.

Un héritier qui ne causait de tort à personne… Sauf que l’assistante Miao l'avait vu de ses propres yeux reprendre le contrôle du groupe à l'époque.

Mais le plus étrange, c'est que, de l'avis de la jeune femme, le « maître des lieux » n'avait pas l'étoffe d'un leader belliqueux. Aucune ambition démesurée de conquérir l'Asie-Pacifique et de dominer le monde. Tant qu'il avait de quoi dépenser quand il le voulait, il était satisfait.

L'élan initial de sa prise de fonction semblait n'avoir eu d'autre but que d'affirmer son autorité et de dissuader quiconque de le duper. Après s'être familiarisé avec tous les rouages du conglomérat, il s'était montré plutôt discret ; ces six derniers mois, il s'était fait particulièrement rare, disparaissant de plus en plus souvent sans que personne ne sache ce qu'il faisait, semblant vouloir rester un dirigeant distant.

Comme un jeune homme indécis, qui n’avait pas encore trouvé sa voix.

Mais l'assistante Miao pensait que Fei Du était un homme d'une grande profondeur, très éloigné de ce genre d'attitude changeante et de comportement imprévisible. Il n’avait pas pour habitude de tout donner au début, pour laisser tomber lors d’une fin sans panache. N'arrivant pas à trouver de réponse, elle jeta un regard vers le Commissariat Central, sentant l'effervescence aux portes. Puis, le cœur lourd, elle prit la route.

L'entrée du Commissariat Central de Yancheng était effectivement extrêmement animée. Toutes les places, légales ou non, étaient prises d'assaut par les voitures. Un jeune agent de la circulation brandissait une contravention, hésitant à verbaliser, le regard vide.

Plusieurs officiers de permanence avaient été dépêchés à l'accueil pour gérer les inscriptions. Il y avait tellement de monde que le chaos allait bientôt dépasser celui d'un simple commissariat de quartier.

Fei Du suivit un groupe de personnes qui entraient, se fondant dans la foule sans dire un mot.

Observant autour de lui, il constata la grande diversité d'âges et de conditions sociales parmi les personnes présentes. Elles venaient de tous les horizons et portaient des vêtements de toutes sortes. On y croisait des hommes d'âge mûr au visage grave, ainsi que des vieillards dont les traits étaient marqués par les épreuves. Certains portaient des photos. D'autres semblaient être mari et femme ; plus proches que des couples ordinaires, se tenant souvent la main ou marchant côte à côte, comme s'ils ne pouvaient avancer seuls et qu'ils devaient se soutenir mutuellement pour continuer à tituber.

De temps à autre, un sanglot soudain et incontrôlable éclatait dans la foule ; à ces moments-là, les expressions abattues des personnes alentour changeaient. Mais, hormis le jeune Maître Fei, un étranger curieux, la plupart des gens ne se retournaient pas pour chercher la source des pleurs, comme s'ils partageaient une compréhension tacite.

Fei Du fronça les sourcils, pressentant quelque chose.

Habitué du Central, il connaissait déjà parfaitement les lieux et, profitant de l'absence de surveillance, il se dirigea tranquillement vers les couloirs.

Il hésitait à appeler lorsqu'il tomba nez à nez avec Luo Wenzhou à la porte des toilettes.

Les paupières déjà bien marquées du capitaine avaient gagné un pli supplémentaire à force de veiller et il empestait la cigarette. Il venait de se laver le visage à l'eau froide, les gouttelettes d'eau qui lui coulaient sur la tête et le visage ruisselaient le long de son cou ; une tache humide maculait le devant de son t-shirt, offrant une vue imprenable. Le regard de Fei Du voyagea discrètement de son torse à sa taille ; si ses yeux nus avaient pu faire office d'appareil photo, il aurait sans doute pris une douzaine de gros plans à cet instant précis.

Quand il en eut assez vu, il remonta ses lunettes et, tel un parfait gentleman, entama la conversation.

— « Quoi, ceux que vous avez déterrés hier pour l'affaire de la Crête Ouest ont un dossier ? »

En matière de crimes majeurs, personne n'était plus vif que Fei Du. Luo Wenzhou, n'ayant plus la force d'être surpris, hocha la tête, visiblement épuisé.

— « Ce sont généralement les parents qui viennent dans ce genre d'affaires. » Les mains dans le dos, le jeune homme regarda par la fenêtre. « L'écart d’âge est important. Jusqu'où remontez-vous ? »
— « Vingt-deux ans. » Luo Wenzhou, sentant que sa voix était plutôt rauque, s'éclaircit la gorge. « Guo Fei a été enlevé au Mont Lotus il y a vingt ans, mais le même type de victime, pour le même type d'affaire, apparaît deux ans avant. De la mort de Wu Guangchuan jusqu'à aujourd'hui, ça n'a jamais cessé. »

Fei Du sortit une boîte de pastilles à la menthe de sa poche et la lui tendit.

— « Notre hypothèse de départ, c'est un gang », soupira le capitaine. « Chaque année, il y a des milliers d'enfants qui disparaissent et la plupart ne sont jamais retrouvés. On ne peut que compter sur le prélèvement d'échantillons sanguins et l'ADN, puis tenter notre chance quand on nous signale des enfants mendiants ou qu'on arrête un réseau de trafic d'êtres humains. Il n'y a aucune trace d’eux, morts ou vivants, c’est difficile de cerner les circonstances de leur disparition. En général, ce sont les agents de première ligne qui sont chargés de consigner l'enquête, et lorsqu'elle nous parvient, il ne s'agit que d'un rapport de fin d'année. Nous nous contentons de vérifier que les données sont dans les normes. Personne n'y prête vraiment attention. »
— « Mais il restait des inspecteurs qui ont travaillé sur l'affaire du Mont Lotus encore en poste, ces dernières années, non ? S'il y en a un ou deux qui n'ont pas lâché l'affaire, comme ton shifu, ils auraient découvert le problème depuis longtemps, à moins qu'il ne manque un détail crucial dans ces affaires plus récentes. » La réflexion de Fei Du était si rapide qu'elle en était presque effrayante. « C'est le harcèlement des parents après, pas vrai ? »

Luo Wenzhou ne répondit pas, croquant une pastille à la menthe.

— « Supposons qu'il existe un tel réseau, utilisant des petites filles inoffensives pour approcher leurs cibles, les emmenant sans que personne ne s'en aperçoive. Je doute qu'ils veuillent attirer l'attention », reprit Fei Du. « Les appels aux parents, c’est trop personnel. Pas du tout dans l’intérêt de cette “organisation”. Ce qu’elle recherche, ce sont des petites filles d'une dizaine d'années, mais l'auteur de l'appel veut tourmenter les parents. On dirait que l'appât a dérapé. »

Su Xiaolan il y a vingt ans, Su Luozhan vingt ans plus tard.

Pourquoi suis-je la seule à ne rien avoir alors que tout le monde possède tant ? Des parents, un foyer, tout ce que je n'ai pas, je vais tout détruire.

L'appel qu'avait reçu Guo Heng venait d'une décharge perdue au milieu de nulle part ; la seule route qui y menait avait un péage. Après enquête approfondie, il était évident pour le père que la personne qui avait passé l'appel avait fait un détour par la route nationale, s'était soudainement arrêtée sur le bas-côté, puis avait descendu le talus en portant Guo Fei pour téléphoner. Cette histoire comportait de nombreuses incohérences. C'était la supposition farfelue d’un père désespéré, élaborée après avoir éliminé l'impossible, et la police enquêtant sur l'affaire l'avait donc rejetée.

L’enfant au téléphone n'avait pas parlé, seulement hurlé. Le son des clochettes dans la trousse avait naturellement convaincu la famille que les cris étaient ceux de Guo Fei, mais… Et si ça n’était pas le cas ?

Si leur fille était déjà morte à ce moment-là, et que le tueur, emmenant avec lui sa petite complice, avait roulé jusqu'au milieu de nulle part pour disposer du corps, et que la fillette, incapable de supporter la pression plus longtemps, avait craqué, s'échappant un moment de la voiture.

Luo Wenzhou ferma doucement les yeux, imaginant ce qui avait pu se passer dans le cœur tordu de la petite complice à cet instant… La peur ? Le dégoût ? L'incrédulité ? Ou bien était-elle rongée par une jalousie et une haine perverses ?

Il se rendit compte que cela dépassait son entendement.

C’était comme demander soudainement à des gens qui avaient grandi en temps de paix d'imaginer ce qu'ils feraient si les flammes de la guerre venaient lécher leur porte. La grande majorité penserait « prendre mes objets de valeur », « joindre mes proches », « réfléchir à comment maintenir le nécessaire vital en fuyant le désastre », et autres plans de survie en milieu hostile.

Adulte à l'intelligence moyenne, Luo Wenzhou, bien qu'ayant maintes fois déduit toutes sortes de mobiles criminels, ne pouvait que se fier à quelques bribes d'informations pour tenter de deviner l'état d'esprit de la jeune fille à ce moment-là.

Pourquoi la même chose ne s'était-elle pas produite au cours des vingt dernières années ? Quel était le lien entre le déviant duo mère-fille de Su Xiaolan alors, et Su Luozhan maintenant ?

— « Tu pourrais me faire entrer discrètement pour parler à la petite ? »

« N'importe quoi », songea Luo Wenzhou en revenant à lui.

Il comptait refuser catégoriquement, mais leva les yeux et aperçut le jeune homme appuyé contre le mur du couloir d'en face, le regard légèrement posé sur lui. Il remarquait rarement les yeux de Fei Du, car entre adultes, à moins qu’on prévoie de se battre ou de se mettre en couple, on ne se dévisageait pas constamment ; et, selon lui, tous les regards qu’il lui lançait étaient moqueurs, froids, satiriques… Chaque cil levé semblant crier en chœur : « Ta vue m'insupporte ! »

Jamais son regard n'avait été aussi paisible et inoffensif ; associé au « discrètement » prononcé, il crut discerner une trace de douceur. Figé, le « N'importe quoi ! Tu plaisantes ? », qu'il s'apprêtait à lâcher, ne franchit pas ses lèvres.

Telle est la faible nature de l'homme !

Luo Wenzhou le déplora intérieurement, mais son ton se radoucit involontairement.

— « J'ai bien peur que ça ne marche pas. C'est contraire au règlement. »
— « Tu m'as bien laissé assister à un interrogatoire la dernière fois, non ? »
— « Notre chef avait donné une autorisation spéciale. »
— « Alors fais-lui renouveler son autorisation. J’ai déjà parlé à Su Luozhan, de toute façon » Fei Du afficha son sourire habituel, légèrement irrévérencieux. « De plus, j’ai écrit un petit article sur les études concernant les victimes, qui, par chance, a été lu il y a quelque temps par un professeur et repris dans la troisième édition d’un ouvrage universitaire sur le même sujet. »

Il ajouta, sur le même ton :

— « À ce propos, en avril dernier, j’ai intégré le master de psychologie appliquée de l'Université de Sécurité Publique de Yancheng. En septembre, je serai à moitié un initié de votre système. » Puis, comme pour l’achever. « Capitaine Luo, pourquoi ne pas appeler ce chef si efficace et compétent de l'autre fois pour lui demander ? »

Luo Wenzhou le regardait sans rien dire, pas certain d’avoir bien saisi, tant ça lui semblait insensé.

Mais quand est-ce que tout ça s'était passé, bordel !






Mon bébé se rince l’œil, il a bien raison. Profite de la vue, tu as le droit à un peu de réconfort dans ce monde horrible. 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

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