Silent Reading : Chapitre 63 - Macbeth V

 

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« Quoi ? Le diable peut-il dire vrai ? » — Macbeth

 

— « Dong Xiaoqing dit que son père faisait toujours du long trajet. Ce n’était pas un hasard. Comme sa mère est morte quand elle était petite et qu’il devait travailler pour subvenir aux besoins de la famille, il n’avait pas le temps de s’occuper d’elle et en gardait une culpabilité constante. Il voulait économiser un peu d’argent pour sa dot. »

Ne pensant qu’au rendement, les clients surveillaient les délais des chauffeurs de très près. Sur la route, ils devaient même courir aux toilettes. A cause des voleurs de camions présents sur certaines aires, les conducteurs seuls n'osaient pas se reposer.

Conduire dix heures d’affilée ou plus était normal.

— « Quant à savoir pourquoi quelque chose a mal tourné cette fois, ce doit être un accident. Il est très probable que ce soit lié à son état de santé. »

Dong Qian, récemment hospitalisé à cause d’une allergie, avait souffert d’insomnies, sans raison apparente, après sa sortie.

— « Capitaine Luo, la femme de Dong Qian est morte dans un accident de voiture. À cause de ça, il n’a pas pu conduire pendant longtemps. Une personne comme ça irait-elle volontairement percuter quelqu’un ? »

Luo Wenzhou écouta le rapport de Xiao Haiyang du début à la fin. Craignant que le fougueux policier ne reparte au galop, il garda ses commentaires pour lui, se contentant d’indiquer brièvement qu’il avait compris et conseillant au petit Binocles de rentrer se reposer.

Apparemment l’accident ne relevait pas d’un mélodrame familial sur une guerre d’héritage où un tueur à gage était engagé.

Une famille aussi en vue que les Zhou faisait la une au moindre frémissement ; les amateurs de théories du complot s’en donnaient déjà à cœur joie. Zhou Huaixin avait peut-être simplement profité de l’occasion pour faire du bruit, faire venir la police, diffuser des informations à moitié vraies, à moitié fausses, et afficher officiellement son innocence.

Ce que Fei Du avait dit tenait la route.

Il avait aussi dit… Ah, Fei Du était un vrai fléau ! Rien que de penser à lui lui serrait la poitrine.

Traînant son mal de cœur, il décida de réchauffer des restes et venait de se laver les mains quand Luo Yiguo se faufila dans la cuisine.

Le Maître Chat ayant, sans doute, assez dormi, s’étira longuement, arquant le dos, relevant les hanches, se tordant avec application. Puis il lança un « miaou » affectueux, renifla autour de ses pieds, plissa les yeux et se frotta à son pantalon.

Hormis lorsqu’il réclamait à manger, Yiguo sollicitait rarement de l’affection, remplissant scrupuleusement son rôle de chat. Luo Wenzhou lui fit l’honneur de répondre. Bien qu’il vînt tout juste de se laver les mains, il se pencha pour lui gratter le menton. Un éclat traversa les grands yeux ronds du félin. Fixant la main exposée, il ramena tout son corps vers ses pattes arrière ; voyant que l’ennemi était tombé dans le piège, il bondit, crocs sortis.

Toujours en train de comploter.

En vétéran du service de litière, Luo Wenzhou connaissait par cœur les signes avant-coureurs d’une attaque de la famille des félidés. Préparé, il retira sa main et, profitant de son avantage de taille, laissa le maudit chat saisir le vide. Puis il lui tapota le front et l’écrasa gentiment contre le sol.

— « Je savais que tu tramais quelque chose ! »

Depuis qu’il avait découvert que les vêtements de plus en plus épais de son domestique rendaient les morsures moins efficaces, Yiguo avait développé diverses techniques de chasse. Mais l’ennemi était rusé : il ne rentrait pas à l’heure et refusait de se laisser mordre docilement. Le chat en était profondément insatisfait. Il fouetta l’air de la queue en sifflant, et Luo Wenzhou le souleva d’une main sous son ventre mou.

— « Vous croyez faire quoi, tous autant que vous êtes ? » grommela-t-il en attrapant sa petite face. « Papa vous nourrit, vous abreuve, hypothèque sa patience pour les vies futures, et vous, vous complotez sans arrêt. Vous avez une conscience ? Bons à rien ! »

Yiguo protesta d’un hurlement.

— « Tais-toi, boule hurlante ! »

La boule fut rapidement maîtrisée ; sa queue retomba mollement. Avec un air candide, elle étendit ses quatre pattes pour enlacer le bras de Luo Wenzhou.

Ce dernier lui lança un regard noir, puis, tout en continuant à râler, versa des croquettes. Le chat, champion pour oublier les mauvais traitements dès qu’il y avait à manger, sauta à terre, roula, se frotta contre sa main et rétablit unilatéralement les relations diplomatiques.

Luo Wenzhou se tut, dépité.

Ces créatures capricieuses l’avaient épuisé.

Assis sur le sol de son propre appartement, il sentit que sa main droite, celle qui avait subi les assauts de Fei Du, brûlait encore légèrement. Lorsqu’il fermait les yeux, il revoyait ce visage presque souriant. Ce sourire faisait battre son cœur de manière incontrôlable, et cette perte de contrôle l’irritait profondément.

Cette irritation culmina quand, au petit matin, il s’éveilla en sursaut d’un rêve particulièrement agréable, pour constater qu’une certaine partie de son anatomie refusait toute discipline.

Avant cinq heures, Luo Wenzhou resta un moment assis au bord du lit, l’esprit embrouillé comme s’il plaidait un procès intérieur. Puis il rejeta la couette, se leva et alla régler la situation dans la salle de bain, se passant également de l’eau froide sur le visage.

Appuyé contre le lavabo, le regard indéchiffrable, il inspira brutalement à plusieurs reprises. Dans un élan de lucidité impulsive, il pensa : « Si cet abruti de Fei Du ose encore me provoquer, j’arrête d’être poli. À quoi bon jouer les gentlemen si c’est pour finir dans cet état ? »

Soudain, Luo Yiguo, qui dormait à la tête du lit, tomba avec un bruit sourd et courut vers la porte de la salle de bains.

— « Quoi ? »

Le chat se retourna, agitant la queue. Une faible mélodie familière résonnait derrière lui. Luo Wenzhou se figea, se réveillant complètement : son téléphone, roulé dans la couette, sonnait.

— « L’avion de Zhou Huaijin a atterri à l’heure, un peu après deux heures. Il a envoyé un message chez lui pour dire qu’il prenait un taxi et qu’il n’était pas nécessaire d’aller le chercher à l’aéroport. À cette heure-là, la circulation était fluide. En principe, il aurait dû arriver à la résidence des Zhou en une demi-heure, quarante minutes au plus. Mais ils ont attendu deux heures sans nouvelles et ont rappelé. Son téléphone est éteint ! »

Luo Wenzhou traversa un alignement de voitures de police en direction de la résidence des Zhou, honorée pour la deuxième fois en moins de vingt-quatre heures de la visite des forces de l’ordre.

— « Zhou Huaijin n’est-il pas l’aîné de la famille ? Il a une voiture privée et des gardes du corps attitrés. Pourquoi aurait-il pris un taxi en pleine nuit depuis l’aéroport ? »

À peine avait-il fini qu’une voix, insupportablement posée, s’interposa :

— « C’est exactement le genre de personne qu’est Zhou Huaijin. Il est généralement discret, modeste, poli. Il prend soin des autres. Certains disent qu’il est trop doux, qu’il manque d’audace, mais sa réputation a toujours été irréprochable. Ne pas déranger son personnel ni ses gardes du corps en rentrant au milieu de la nuit, c’est tout à fait son style. »

Luo Wenzhou leva les yeux. Fei Du, impeccablement vêtu, attendait devant la résidence des Zhou. Après avoir parlé, il inclina légèrement la tête.

— « Capitaine Luo. »

Sa salutation comme son ton étaient calmes, imperturbables, comme si la séparation houleuse de la veille n’avait jamais eu lieu.

À l’intérieur, Zhou Huaixin s’était effondré sur le canapé, pleurant au point de n’être plus qu’une masse informe. Avant même de s’approcher, Luo Wenzhou entendit ses plaintes noyées de sanglots.

— « Je vous avais dit que mon père avait été assassiné ! Je vous l’avais dit et vous ne m’avez pas cru ! Et maintenant mon frère a disparu ! Si toute ma famille s’éteint, il y en a que ça va réjouir, n’est-ce pas ? Et la police ? La police ne sert à rien ! »

Luo Wenzhou fronça les sourcils.

Zhou Huaixin avait déjà aperçu Fei Du à côté de lui. Il hurla :

— « Maître Fei, je ne parle pas de vous… Mon frère… Si mon frère meurt, qu’est-ce que je vais devenir ? Ils vont me dévorer vivant ! Oh… Non… J-je… j’ai mal à la poitrine… Donnez-moi mes médicaments… »

Un majordome accourut avec un flacon de vitamines importées d’on ne savait quel pays. Fei Du le prit, aida Zhou Huaixin à avaler les comprimés et apaisa avec douceur l’esprit fragile du second jeune Maître Zhou.

Le coin de l’œil de Luo Wenzhou tressaillit. Il remarqua que Fei Du avait abandonné son déguisement d’étudiant modèle ; il portait une chemise assez formelle et avait remis ses lunettes. La chemise était déjà légèrement froissée ; il était évident qu’il ne l’avait pas enfilée en catastrophe après avoir été tiré du lit à l’aube.

Les notifications continuaient d’exploser sur son téléphone : les actions de toutes les filiales liées au conglomérat des Zhou s’étaient effondrées ; les marchés étrangers, en activité vingt-quatre heures sur vingt-quatre, étaient devenus un paradis pour les vendeurs à découvert1. À voir la tenue de Fei Du, on devinait aisément ce qu’il avait fait après avoir quitté le Commissariat Central.

Encore imprégné de l’odeur d’intérêts financiers, il était assis là, l’air d’un homme bien, à consoler Zhou Huaixin.

— « On a localisé son téléphone ? Dépêchez-vous ! Bouclez les lieux, ne laissez personne sans rapport avec l’affaire entrer dans la résidence des Zhou. Il n’est pas souhaitable que l’information fuite pour l’instant. Tao Ran est arrivé à l’aéroport ? Qu’il commence par récupérer les enregistrements des caméras de surveillance de la station de taxis. » Luo Wenzhou s’approcha de Zhou Huaixin, qui mâchonnait ses vitamines. « Jeune Maître Zhou, quand l’itinéraire de votre frère a-t-il été fixé ? Qui connaissait son numéro de vol ? »

Zhou Huaixin se tenait la poitrine.

— « Je l’ai contacté hier, après la mort de papa… Qui était au courant ? J’imagine que n’importe qui pouvait l’être, je ne sais pas trop. D’habitude, ce sont les assistants de l’entreprise qui réservent ses billets. »

Il venait à peine de finir sa phrase qu’un homme d’âge mûr, impeccablement vêtu, entra précipitamment.

— « Huaixin ! Huaixin ! Je viens d’apprendre la nouvelle, j’ai accouru de l’extérieur de la ville. Que se passe-t-il ? Pourquoi y a-t-il autant de policiers ? »

À l’entente de cette voix, Zhou Huaixin, sans même finir ses vitamines, se débattit pour sortir des bras de Fei Du.

— « Hu-dage, mon grand frère a disparu ! »

Fei Du ajusta tranquillement son col et se leva. Il salua l’homme d’un signe de tête à distance, puis le présenta à voix basse à Luo Wenzhou :

— « Hu Zhenyu, l'une des vraies figures de pouvoir au sein du siège national du clan. Il a fait ses études universitaires avec Zhou Huaijin. Son statut de prince héritier du Parti2 est incontestable. »

Les yeux de Luo Wenzhou suivirent malgré lui la main de Fei Du qui tirait sur son col, glissant sur la nuque et les clavicules à peine visibles. Il détourna brusquement le regard, hocha la tête sans s’attarder et se tourna vers Xiao Haiyang.

— « Deux générations de la famille Zhou frappées coup sur coup, ce ne peut pas être une coïncidence. Approfondis l’accident de voiture de Zhou Junmao. Ne te contente pas de la déposition de cette jeune femme. »

Xiao Haiyang répondit d’un « oui » énergique et partit en courant.

À cet instant, les premiers rayons du soleil, refusant d’être ignorés, franchirent l’horizon. La ville de Yancheng, encore relativement calme, commençait à s’éveiller, prête à plonger dans une journée entière de tumulte.

L’appel de Tao Ran arriva rapidement.

— « On a retrouvé le taxi. Plaque : Yan BXXXXX. Le chauffeur a été assommé puis abandonné au bord de la route. Il s’est réveillé seul et est allé à l’hôpital. Il y a cinq minutes, il a contacté le commissariat local pour signaler l’agression. On a retrouvé la voiture, elle est… »

Un technicien leva soudain la tête.

— « Capitaine Luo, on a localisé le téléphone de Zhou Huaijin ! »

Luo Wenzhou se redressa. Les deux voix, celle au téléphone et celle dans la pièce, se superposèrent presque :

— « Sur les rives de la rivière Baisha. »
— « Près des eaux de Baisha ! »

Les yeux de Zhou Huaixin se révulsèrent et il s’effondra contre Hu Zhenyu. On le porta en toute hâte jusqu’au canapé ; il reprit lentement conscience et se mit à hurler :

— « Hu-dage, vous ne pensez pas qu’ils l’ont jeté dans la rivière ? Je vais tuer ce salaud de Yang Bo ! Où est passé Zheng Kaifeng ? Pourquoi n’est-il pas là alors que papa est mort… »

À mi-phrase, l’expression de Hu Zhenyu changea. Il fit de grands gestes pour lui intimer de se taire, mais il était incapable de contrôler ce cas mental hors normes. De la sueur perla aussitôt sur son front ; il força un sourire convenable à l’adresse des personnes extérieures.

— « Huaixin est jeune. Avec tout ce qui arrive à la maison, il a du mal à encaisser. Ses émotions sont un peu hors de contrôle. Ne faites pas attention à ses divagations. »

À ces mots, Zhou Huaixin se redressa comme un cadavre qui se ranime. Les yeux injectés de sang, il cria :

— « Je ne divague pas ! C’est forcément ce salaud, ne croyez pas pouvoir me garder dans l’ignorance ! Cet enfoiré complote depuis longtemps, il veut tuer mon père et mon frère pour m’écraser, moi qui ne comprends rien, c’est ça ? Même l’oncle Zheng est de son côté ! »

Hu Zhenyu éleva la voix :

— « Huaixin ! »
— « Envoyez une équipe à la rivière Baisha », ordonna calmement Luo Wenzhou, puis il se tourna vers Hu Zhenyu. « Président Hu, il s’agit d’un enlèvement et d’un homicide suspecté. C’est une affaire criminelle majeure. Vos affaires familiales peuvent fournir des pistes importantes. Si vous dissimulez des informations essentielles, vous devrez en assumer la responsabilité. J’espère que vous comprenez la gravité de la situation. »

Hu Zhenyu était un homme rompu aux manœuvres politiques. Face aux questions professionnelles de Luo Wenzhou, il ne montra aucune irritation. Il se gratta le menton.

— « Oui, oui, je comprends parfaitement. Vous avez sûrement entendu parler du Vénérable Zheng. Il était le bras droit du Vénérable Zhou dans leur jeunesse. Bien qu’il ne soit plus très jeune aujourd’hui, il reste le pilier de notre conglomérat », commença-t-il. « Quant au Président Yang… Monsieur Yang Bo, c’est le secrétaire du conseil d’administration. Jeune, prometteur et très compétent, il se démarque trop, c’est inévitable que des rumeurs désagréables et sans fondement parviennent aux oreilles de Huaixin. De plus, le Président Yang est…Comment disent les jeunes déjà ? L’enfant des autres3. »

L’homme marqua une légère pause :

— « Quand le Vénérable Zhou était en vie, il le prenait souvent en exemple devant Huaixin. Il est normal que leurs relations ne soient pas très bonnes. Mais jamais je ne croirais qu’il ait pu nuire à la famille Zhou. » Il surveillait attentivement le peintre pour éviter une nouvelle crise. « Tous deux sont à l’étranger. Ils ont été informés hier et sont en train de rentrer. Je vais vous donner leurs numéros de vol. Pourriez-vous, messieurs les policiers, veiller sur eux à l’aéroport ? Nous ne pouvons pas nous permettre qu’une troisième personne ait un accident ! »

Yang Bo, jeune talent remarquable, du même âge que Zhou Huaixin mais déjà haut placé dans le clan.

Cela correspondait parfaitement à la rumeur du « fils illégitime ».

Luo Wenzhou leva les yeux vers Fei Du. Celui-ci hocha discrètement la tête, confirmant son intuition.

À cet instant, Lang Qiao entra en courant.

— « Patron, mauvaise nouvelle ! »

Voyant les membres de la famille tendre l’oreille, Luo Wenzhou lui fit signe de le suivre à l’extérieur.

— « Quoi ? »
— « Regardez. »

Lang Qiao brandit son téléphone.

« L’héritier du clan Zhou, Zhou Huaijin, enlevé » était devenu un titre phare en un temps record. En dessous figurait un lien déjà supprimé.

— « J’ai envoyé un avis d’urgence aux modérateurs pour le faire retirer », expliqua Lang Qiao. « Il menait vers une vidéo. La voilà. »

Elle lança la lecture.

L’image trembla, puis se stabilisa sur un homme inconscient, attaché à une chaise. La caméra tourna lentement autour de son visage, le filmant clairement sous tous les angles. L’homme, la trentaine ou la quarantaine, remarquablement bien conservé, vêtu avec sobriété, ne laissait pas deviner son âge exact. Même dans cette situation lamentable, on distinguait sa prestance et sa dignité.

Fei Du n’eut besoin que d’un coup d’œil.

— « Zhou Huaijin. »

Le cuir chevelu de Luo Wenzhou se mit à picoter.

Les ravisseurs n’avaient pas réclamé d’argent, ne l’avaient pas tué et ils n’avaient pas contacté la famille. À la place, ils avaient mis la vidéo en ligne.

Mais à quoi jouaient-ils ?

Ils avaient regardé trop de films étrangers ou quoi ?

 

 

 

 

Fei Du et Yiguo = même combat !😂

Wenzhou, c’est effectivement dur d’être un gentleman, je suis fière de toi, vraiment. 

 

 

 

  1. Vendeur à découvert : Le vendeur à découvert (ou short seller en anglais) est un investisseur qui parie sur la baisse du prix d'une action. Il emprunte des actions qu'il ne possède pas (généralement à un fonds ou une banque). Il les vend immédiatement au prix actuel. Si le cours baisse comme il l'espère, il rachète les actions moins cher. Il les rend à leur propriétaire, et empoche la différence. Dans le contexte du roman, tout le monde spécule sur la chute des actions du conglomérat des Zhou. La mauvaise nouvelle s'est répandue, et les investisseurs parient massivement que l'entreprise va s'effondrer, accélérant encore sa chute par leur propre activité. C'est un cercle vicieux typique des crises financières.

  2. Prince héritier du parti (太子党, Tàizǐdǎng) : Le terme désigne les enfants et petits-enfants de hauts responsables du Parti communiste chinois, ceux que l'on appelle parfois les « princes rouges », ce qui suggère fortement du népotisme et du copinage. Ces héritiers bénéficient de réseaux, d'accès privilégiés et d'une protection que n'ont pas les citoyens ordinaires. L'expression apparaît dans les années 1980 et joue sur le parallèle avec les « princes du sang » des dynasties impériales. Elle sous-entend que ces enfants forment une noblesse rouge transmettant pouvoir et privilèges par héritage. Historiquement, ce groupe a joué un rôle important dans les réformes économiques. Certains ont utilisé leurs réseaux pour devenir milliardaires dès l'ouverture des marchés, d'où l'association persistante avec la corruption. On trouve aussi « 红二代 » (hóng èr dài, « deuxième génération rouge »), plus neutre, ou des dérivés comme « petite princesse » pour les filles. Employer cette expression, c'est immédiatement convoquer tout un système : celui où le nom de famille ouvre des portes, où les enfants de puissants évoluent dans des sphères inaccessibles au commun des mortels, et où la frontière entre mérite personnel et privilège hérité reste floue.

  3. L'enfant des autres (别人家的孩子, biérén jiā de háizi) : Cette expression désigne une figure quasi mythique dans la culture chinoise contemporaine : l'enfant parfait qui sert éternellement de comparaison. C'est l'enfant idéal que les parents évoquent pour encourager (ou plus souvent, pour réprimander) leur propre progéniture. L'expression puise ses racines dans une pratique éducative ancestrale : les parents chinois comparent systématiquement leurs enfants à ceux des autres pour les motiver à mieux faire. « Regarde le fils des Wang, lui il travaille dur ! » : cette phrase résonne dans l'oreille de générations d'enfants chinois. L'expression est devenue un mème national en Chine, générant d'innombrables plaisanteries et même une chanson populaire intitulée « L'enfant des autres ». L'expression est aujourd'hui si courante qu'elle s'est étendue à d'autres domaines : on parle aussi de « l'employé des autres », « le mari des autres », « le professeur des autres ». C'est devenu un marqueur générationnel de l'expérience enfantine chinoise ; au point que certains psychologues mettent en garde contre les dégâts que cette comparaison perpétuelle peut causer.

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 


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