Silent Reading : Chapitre 70 - Macbeth XII

 

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Fei Du était aussi charmant devant le Directeur Lu qu’il pouvait se montrer exaspérant devant Luo Wenzhou.

Ses vêtements avaient l’air de ceux d’un étudiant, mais ils n’en avaient pas le prix. De toute façon, grand-père n’aurait jamais compris ces détails coûteux ; aux yeux de Lu Youliang, ce jeune homme donnait simplement une impression inhabituelle de netteté et d’énergie. Lorsqu’il entra, il lui adressa un sourire, et le bureau sembla soudain un peu plus lumineux.

Bien sûr, si le jeune homme avait porté une coupe militaire bien nette, l’impression aurait été encore plus parfaite.

Lu Youliang lui tendit la liste des dossiers demandés par l’Université de la Sécurité de Yancheng.

— « J’y ai jeté un coup d’œil rapide. Il n’y a pas de gros problèmes. Il y en a quelques-uns qui ne sont peut-être pas possibles ; je les ai cochés. Vous pouvez modifier un peu la liste et en imprimer une nouvelle version, et ensuite tout devrait se dérouler sans accroc. »

Fei Du le remercia très poliment et prit la liste annotée par le Directeur Lu. Il la parcourut rapidement. Avant même qu’il ait le temps de poser une question, Lu Youliang expliquait déjà :

— « Ces affaires sont toutes assez anciennes. Elles avaient été sélectionnées pour l’étude lors du projet initial de l’Album photo. Leur valeur de référence n’est pas très grande. J’avais peur que vous fassiez un travail redondant. Si votre professeur Pan vous interroge à ce sujet, dites-lui simplement ce que je viens de vous dire. Il comprendra. »

Aussi oisif qu'un chef puisse être, il ne trierait pas personnellement des listes pour éviter aux autres un « travail redondant ». Fei Du n’était pas sourd ; il comprenait parfaitement qu’il s’agissait d’un prétexte. Il ravala donc docilement les questions qui lui venaient.

Une fois les affaires officielles terminées, Lu Youliang se mit très aimablement à s’intéresser à la situation personnelle de Fei Du. Il venait à peine de passer des études à ce sujet favori des personnes d’âge mûr, « l’âme sœur », lorsque le téléphone posé sur son bureau se mit à sonner.

Le Directeur Lu fit un geste à Fei Du et décrocha. Après quelques phrases, il fronça les sourcils.

Le jeune homme observa calmement son expression, tandis que Lu Youliang expliquait avec minutie :

— « …il faut que ce soit objectif et équilibré. Faites très attention à votre formulation. Quand vous aurez terminé le rapport, apportez-le-moi pour que je le relise… Très bien. C’est le point sur lequel nous devons garder une prise ferme. Les histoires de riches qui se battent pour un héritage font beaucoup de bruit pendant quelques jours et tout le monde perd la tête, mais au final ça ne changera rien à votre prochain repas. Ce qui compte vraiment pour les gens ordinaires, ce sont les enfants. »

Fei Du attendit qu’il raccroche, puis demanda :

— « Cela concerne l’affaire des enlèvements, n’est-ce pas ? »
— « Ah, oui. Elle a déjà été transmise au Parquet. Maintenant, quoi qu’il arrive, nous ne pouvons plus rien changer. »

À ce moment-là, Lu Youliang marqua une pause. Délibérément ou non, il observa l’expression de Fei Du, puis soupira.

— « C’est parfois comme ça dans notre métier. Les victimes attendent désespérément que vous leur rendiez justice. Vous savez très bien qui est le coupable, mais le résultat ne correspond pas toujours à ce que vous espériez. Parfois la chance vous manque ; vous ne parvenez pas à réunir les preuves décisives. Ou bien les preuves sont solides, mais la loi ne peut tout simplement pas l’atteindre. »

Fei Du hocha la tête.

— « Les règles et les procédures constituent un cadre rigide. Il y aura toujours des situations exceptionnelles qu’elles ne pourront pas gérer. »

Le coin de l’œil de Lu Youliang tressaillit légèrement. Il s’attendait à ce que la suite soit déplacée.

Mais Fei Du ajouta prudemment :

— « Cependant, ce cadre a été affiné au fil d’innombrables révisions afin de prendre en compte les intérêts du plus grand nombre. C’est l’optimum de Pareto1. Sans cela, les inégalités seraient encore plus grandes. Ainsi, même si nous savons que cela peut faire souffrir certaines personnes, nous devons parfois continuer à défendre ce cadre. »

Le Directeur Lu resta un instant interdit.

— « Qu… quel optimum ? »
— « Pour simplifier, c’est le choix le plus optimal du point de vue du bénéfice global de tous. » Fei Du sourit légèrement. « Ma famille fait un peu de commerce. En traînant auprès des aînés, j’ai appris quelques-unes de leurs théories. »

Lu Youliang secoua lentement la tête. En observant son expression calme et détendue, il sembla se détendre lui aussi.

— « C’est bien que les jeunes apprennent un peu ce genre de choses. Cela aide à stabiliser l’esprit. Votre professeur Pan était un jeune homme très en colère à l’époque. C’est pour cela qu’il a changé de carrière pour enseigner. »

Fei Du manifesta une curiosité mesurée au bon moment, mais le Directeur Lu n’avait visiblement pas envie d’en dire davantage. Il lui fit simplement un signe de la main.

— « Assez, vous devez être occupé. »

Sur ces mots, Fei Du se leva, balayant du regard en même temps le bureau du directeur.

Dans un coin se trouvait un cadre avec une photo de groupe. Sur l’image, les hommes avaient encore une chevelure épaisse et une taille bien plus fine. Seules les lignes de leurs visages permettaient encore de les reconnaître ; en regardant attentivement, on distinguait, de gauche à droite, le Directeur Lu, l’ancien Directeur Zhang, le directeur de recherche de Fei Du, Pan Yunteng, sous la direction duquel il s'était donné tant de mal pour étudier, et le regretté mentor de Luo Wenzhou, Yang Zhengfeng.

Il aurait dû y avoir une cinquième personne sur la photo. Le bras droit de Yang Zhengfeng semblait tirer quelqu’un par le coude, mais le visage de cette personne était caché derrière le cadre ; seule une petite portion de peau était visible.

Le regard de Fei Du glissa sur la photo. Comme si rien ne s’était passé, il prit la liste des dossiers autorisés par le Directeur Lu et se dirigea vers l’équipe d’enquête criminelle.

Silencieusement, pas après pas, il suivait ces fils presque invisibles. Il réfléchissait en marchant, les extrémités tombantes de ses yeux en amande longues et fines, donnant l’impression d’une indifférence distraite ; jusqu’à ce qu’il entende la voix pleine de ressentiment de Luo Wenzhou.

— « Manger le riz d’un homme tout en travaillant pour un autre ! » Il était en train de réprimander quelqu’un dans le bureau ; on l’entendait depuis le couloir. « C’est vraiment la définition même de manger le riz d’un homme tout en servant quelqu’un d’autre ! »

Fei Du leva aussitôt la tête et l’aperçut sortir du bureau, les mains dans les poches, avançant d’un pas fanfaron, le dos tourné vers lui. En reculant, il pointait du doigt la bande d’ingrats restée dans la pièce.

— « Vous n’êtes pas mes vrais enfants… »

Il n’avait pas fini sa phrase lorsqu’il heurta Fei Du, qui ne s’était pas écarté.

— « Oh, pardon. »

Luo Wenzhou n’avait même pas vu qui il avait percuté et s’apprêtait à se retourner quand un bras passa derrière lui, l’enlaçant à moitié pour l’aider à garder l’équilibre.

Fei Du se pencha légèrement en avant et murmura :

— « Aucun problème. »

Son audace laisse une fois de plus le capitaine sans voix. Au lieu de traverser le reste du large couloir, le jeune homme choisit de se tourner et de se glisser dans l’étroit passage à ses côtés. Leurs épaules se frôlèrent légèrement, ses mains s’étendant avec une dextérité calculée pour mesurer la largeur de sa taille.

Puis il dit, se rengorgeant odieusement :

— « Le Directeur Lu m’a chargé de te dire que si tu es encore en retard, ton salaire sera retenu. »

Lang Qiao, qui ne demandait qu’à voir le monde sombrer dans le chaos, ajouta aussitôt :

— « Président Fei, le patron demandait justement où vous étiez parti vous amuser. »
— « Oh ? » Fei Du afficha un sourire éclatant. « Tu ne devrais pas salir à la légère la réputation d'un homme de l'âge du Directeur Lu. »
— « Tu as mangé ? » Tao Ran désigna la table à côté de lui, couverte de petit-déjeuner. « Prends ce que tu veux. Je ne sais pas si tu as des restrictions alimentaires. »

Naturellement, quelqu’un comme Fei Du, capable de se préparer soigneusement dès le matin, n’aurait certainement pas manqué de temps pour prendre tranquillement son petit-déjeuner. Il fit donc un geste de refus.

— « Non, j’ai dé… »

Les mots « déjà mangé » étaient au bord de ses lèvres.

Tao Ran ajouta :

— « C’est Wenzhou qui a acheté. Pas besoin d’être poli avec lui. »
— « …je mange de tout, aucune restriction. » Fei Du fit brusquement pivoter sa phrase à cent quatre-vingts degrés et attrapa nonchalamment un gâteau aux haricots rouges. « Merci, shixiong. »

Aucun sens de la honte !

Après avoir assisté à une démonstration internationale de mensonge éhonté, Luo Wenzhou resta simplement sans voix.

Xiao Haiyang, assis à un bureau dans un coin, entendant les conversations et les rires totalement décomplexés des autres, ne savait pas comment s’y mêler. Il ne pouvait qu’observer de loin, mal à l’aise. Tao Ran jeta un regard autour de lui sans but et aperçut sa situation par hasard. Leurs regards se croisèrent ; Xiao Haiyang poussa instinctivement ses lunettes sur son nez et baissa la tête, comme s’il cherchait un sentiment de sécurité. Il prit l’air de se concentrer intensément sur son travail pour rendre son décalage avec le groupe moins embarrassant.

Tao Ran remarqua ses gestes peu naturels. Un moment plus tard, alors qu’il se servait de l’eau, il passa près de lui, tasse à la main.

— « Xiao-Xiao… »

Xiao Haiyang se redressa immédiatement.

— « Capitaine adjoint. »
— « Pas besoin d’être aussi réservé. » Tao Ran lui tapota l’épaule et s’appuya nonchalamment sur son bureau. « Ce n’est pas le territoire de Wang Hongliang. Détends-toi un peu. »

La nouvelle recrue n’avait absolument aucune intention de se détendre. Il restait assis raide comme une planche de cercueil, écoutant nerveusement la remontrance. Tao Ran soupira silencieusement. Son regard se posa sur les deux rapports d’autopsie posés sur le bureau de Xiao Haiyang : ceux de Zhou Junmao et de Dong Qian. Tous deux étaient clairement morts dans l’accident de voiture ; aucune blessure suspecte ni aucune trace de drogue n’avaient été détectées. Sur ce point, il n’y avait absolument aucune ambiguïté.

— « Nous avons déjà interrogé Zhou Huaijin. »

Pour aider Xiao Haiyang à se détendre, Tao Ran utilisa délibérément le travail comme sujet de conversation.

— « Il a dit qu’il était monté dans le taxi conduit par l’un des ravisseurs. Pendant qu’ils traversaient une zone assez déserte, un autre homme leur a fait signe pour partager la course, c’était le second ravisseur. Zhou Huaijin a refusé, mais il ne s’est pas particulièrement méfié. Ils l’ont pris par surprise… Hé, Xiao-Xiao, tu n’as pas besoin de prendre des notes. Ce n’est pas une réunion officielle, je discute simplement. »

Lang Qiao fourra le croustillant beignet de son jianbing dans sa bouche et le grignota comme un écureuil avant d’intervenir :

— « Je pense qu’il y a un problème. Comment le ravisseur pouvait-il être sûr que Zhou Huaijin monterait dans sa voiture ? »

Tao Ran réfléchit un instant.

— « Nous avons vérifié les images de surveillance autour de la station de taxis de l’aéroport. C’était au milieu de la nuit, et l’employé de service était déjà parti. Il n’y avait pas beaucoup de passagers qui attendaient un taxi, ni beaucoup de taxis cherchant des clients. Donc il n’y avait pas de files séparées : juste une file de passagers et une file de taxis. Si le ravisseur attendait une occasion de s’insérer dans la file, il ne devait pas être difficile de récupérer Zhou Huaijin. »
— « C’est possible, mais ce n’est toujours pas infaillible. Et si un type louche s’était glissé devant lui dans la file ? » dit Lang Qiao. « Tu sais, hier on a interrogé Yang Bo à tour de rôle jusqu’à ce qu’il n’en puisse plus. Il a fini par exploser et s’est mis à hurler que Zhou Huaijin n’avait jamais été kidnappé. » Elle leva les yeux. « Selon lui, il aurait tout monté lui-même. »
— « C’est impossible », dit un autre policier de la criminelle. « Quel intérêt un fuerdai aurait-il à se faire tabasser et presque emporter par une crue ? Et en plus, il a discrédité sa propre entreprise. Toute la ville en parle maintenant, tous les services concernés enquêtent. Pourquoi voudrait-il se compliquer la vie à ce point ? »
— « Et si le clan Zhou n’était pas sa propre entreprise ? » lança Lang Qiao.

Tao Ran posa sa tasse de thé.

— « Où est-ce que tu as entendu cette rumeur sans fondement ? »
— « Sans fondement ? J’ai passé des heures à fouiller dans les vieux journaux. À peine quelques mois après la mort du fondateur du clan Zhou, le fameux Zhou Yahou, sa veuve a discrètement épousé Zhou Junmao. Le frère aîné meurt, le cadet épouse sa belle-sœur, et ladite belle-sœur détient une énorme quantité d’actions. Pas très joli comme histoire, non ? Dans un tabloïd chinois publié à l’étranger que j’ai trouvé, ils parlent de Zhou Junmao et de sa femme comme s’ils étaient Ximen Qing et Li Ping’er2, et affirment qu’ils fricotaient déjà derrière le dos de Zhou Yahou quand il était encore en vie. » Lang Qiao tapa du doigt sur la table. « Bon, les amis, maintenant la partie intéressante : j’ai vérifié la date de mort de Zhou Yahou et la date de naissance de Zhou Huaijin… et elles tombent la même année. C’est plutôt subtil, non ? »
— « Tu veux dire que Zhou Junmao aurait tué Zhou Yahou, puis élevé par accident le fils de Zhou Yahou, et qu’aujourd’hui Zhou Huaijin aurait découvert la vérité et se serait vengé ? » Tao Ran secoua la tête. « Reviens sur terre et concentre-toi sur les détails de l’affaire. Je ne t’avais pas demandé de trouver des témoins potentiels au stand de taxis de l’aéroport ? Tu ne fais aucun travail sérieux, tu te contentes d’inventer des histoires. »
— « Ce n’est pas moi qui invente ! » protesta Lang Qiao. « Quand on est sortis de chez les Zhou, le patron est allé voir le Directeur Ceng pour vérifier le lien de parenté entre Zhou Junmao et ses trois fils supposés. Pas vrai, patron ? Les grands esprits se rencontrent ! »

Sans répondre, Luo Wenzhou entra dans son bureau.

— « Au boulot et arrêtez de me fixer. Je n’ai même pas encore les résultats. »

En entendant cela, Xiao Haiyang, qui était resté silencieux jusque-là, intervint soudain :

— « Mais Dong Qian n’a absolument aucun lien avec Zhou Huaijin. Si l’accident de Zhou Junmao était volontaire, comment Zhou Huaijin aurait-il pu convaincre Dong Qian de sacrifier sa vie ? »
— « Mais Dong Qian n’a non plus aucun lien avec les autres membres du clan Zhou », répondit Lang Qiao. « On a déjà analysé ça. Si Zhou Junmao a été assassiné, quelqu’un a clairement voulu faire passer ça pour un accident. Alors que l’enlèvement de Zhou Huaijin a été organisé avec un maximum de publicité, comme si on voulait absolument que tout le monde le sache. C’est contradictoire. Alors je me disais : et si la mort de Zhou Junmao était vraiment un accident, et que Zhou Huaijin profitait de l’occasion pour mettre le bordel et ruiner sa réputation ? »

L’expression de Xiao Haiyang devint grave et réfléchie.

— « Il nous faut des éléments concrets, pas des romans », dit Tao Ran en agitant la main pour interrompre l’imagination débordante de tout le monde. « Ça suffit. Quand vous aurez fini de manger, retournez travailler. »

Les portraits-robots des ravisseurs, réalisés d'après les descriptions de Zhou Huaijin, avaient été diffusés, mais ils s'étaient enfoncés comme des pierres dans la mer ; il n'y avait eu aucun écho.

Jusqu’à présent, aucun témoin n’avait été trouvé, et le camion qui avait plongé dans la rivière Baisha était un véhicule volé. Ni sur celui-ci ni sur le taxi détourné, on n’avait découvert la moindre trace exploitable.

L’accident de Zhou Junmao comme l’enlèvement de Zhou Huaijin regorgeaient de zones d’ombre, et il était difficile d’avancer sur l’un comme sur l’autre.

À part le chauffeur de la famille Zhou, arrêté sur place, tout le monde semblait suspect. Mais ces suspects ne se montraient guère coopératifs : chacun, dès qu’il ouvrait la bouche, accusait quelqu’un d’autre. Les accusations volaient dans tous les sens, sans qu’aucune ne soit vraiment fiable.

Même Yang Bo, pourtant le plus suspect aux yeux de la police, avait été libéré la veille au soir par son avocat.

Pour l’instant, l’équipe de la criminelle semblait avoir atteint un goulot d’étranglement. Ils ne pouvaient qu’attendre les résultats de l’enquête financière sur le clan Zhou, dans l’espoir d’y dénicher un mobile ou une piste.

Luo Wenzhou relut toutes les dépositions des suspects.

Zhou Huaixin mordait Yang Bo comme un chien enragé ; Hu Zhenyu, cherchant à prendre l’avantage, affirmait que Zhou Huaijin et Zheng Kaifeng s’étaient récemment opposés sur la stratégie de développement de l’entreprise, et que Zheng Kaifeng s’était beaucoup rapproché de Yang Bo ces dernières années ; quant à Zheng Kaifeng lui-même, il niait fermement que Yang Bo soit le fils illégitime de Zhou Junmao, esquivant chaque question comme un vieux renard rusé.

Luo Wenzhou se frotta le menton.

À cet instant, le téléphone posé sur son bureau vibra.

Il baissa les yeux : c’était Fei Du, assis juste en face de lui.

Dans la pièce exiguë où le moindre souffle ou gargouillis d’estomac pouvait s’entendre, Monsieur Fei, pourtant à deux mètres de lui, n’ouvrait pas la bouche pour parler. Il préférait utiliser le Wi-Fi du commissariat pour lui envoyer un message WeChat :

« Shixiong, je peux t’inviter à sortir ce soir ? »

Luo Wenzhou leva les yeux vers lui.

Fei Du semblait concentré sur l’écran de son ordinateur portable. Sans le léger sourire suspect au coin de ses lèvres, il aurait eu l’air parfaitement sage et sérieux.

Le très « concentré » Monsieur Fei remua les doigts.

Un second message apparut :

« J’aime bien tes abdos. »

Luo Wenzhou tourna la tête vers la porte de son bureau, qui n’était jamais fermée. Dans cet espace semi-public, les gens passaient des appels, entraient et sortaient librement ; certains venaient se servir à boire, d’autres échangeaient quelques mots avec Fei Du en passant. Chacun de leurs mouvements se déroulait sous les yeux de tout le monde.

Et dans un environnement pareil, quelqu’un était en train de le harceler discrètement.

La gorge de Luo Wenzhou se serra légèrement. Il lança à Fei Du, par-dessus son écran, un regard qui prit peu à peu une nuance vaguement carnassière.

Au moment où il s’apprêtait à prendre son téléphone pour répondre, un collègue totalement inconscient fit irruption :

— « Capitaine Luo, ça doit être urgent. Le Directeur Ceng m’a dit de vous remettre ça ! »

Luo Wenzhou faillit faire tomber son téléphone par terre.

Le collègue en question ne remarqua absolument rien d’étrange dans l’atmosphère. Il lui tendit le dossier avec entrain et repartit aussi vite qu’il était arrivé.

Luo Wenzhou toussota sèchement, replia ses jambes qu’il avait étendues sous le bureau et ouvrit distraitement le dossier.

Un instant plus tard, son regard se durcit.

Les résultats du test ADN étaient formels : les deux frères Zhou étaient bien les enfants biologiques de Zhou Junmao, tandis que Yang Bo n’avait aucun lien de sang avec lui.

— « Zhou Huaijin est toujours à l’hôpital ? » demanda-t-il après un moment de réflexion. Il attrapa sa veste et se leva. « Je vais aller discuter avec lui. »
— « Je viens avec toi », dit Fei Du.

Luo Wenzhou le regarda passer doucement sa langue sur ses lèvres et balayer le bureau du regard. Sans dire un mot, il semblait clairement penser : c’est un peu trop bondé ici.

Il ne répondit pas, mais ne l’empêcha pas de le suivre.

À peine étaient-ils partis que Xiao Haiyang reçut soudain un message de Dong Xiaoqing.

Il ne s’attendait pas du tout à ce qu’elle le contacte d’elle-même. Surpris, il lut :

« Officier Xiao, pourriez-vous venir chez moi ? Je veux vous donner quelque chose. »

Il l’appela immédiatement, mais le téléphone de la jeune femme était déjà éteint. Un mauvais pressentiment l’étreignit alors et il se leva d’un bond.

— « Capitaine adjoint Tao, je dois sortir. »

 

 

 

 

 


 J'adore Fei Du ! Vraiment le voir flirter si ouvertement me remplit de joie ! Mais ils ont été interrompus alors que Wenzhou était chaud là ! En mode prédateur !

 

 

 

  1. Optimum de Pareto : L'optimum de Pareto (ou efficience de Pareto) est un concept fondamental en économie, du nom de l'économiste et sociologue italien Vilfredo Pareto (1848-1923). Définition simple : Une situation est dite « optimale au sens de Pareto » lorsqu'il est impossible d'améliorer la situation d'une personne sans détériorer celle d'une autre. Autrement dit, toutes les améliorations possibles qui ne font de mal à personne ont déjà été réalisées. Le raisonnement : Si on peut changer quelque chose pour que certains aillent mieux sans que personne n'aille plus mal, la situation actuelle n'est pas optimale. Si tout changement pour améliorer le sort de quelqu'un dégraderait nécessairement la situation d'au moins une autre personne, alors on a atteint l'optimum. Fei Du utilise ce concept pour justifier le maintien d'un cadre juridique ou social imparfait. L'optimum de Pareto est souvent utilisé pour justifier le statu quo. Dire qu'une situation est « optimale au sens de Pareto » ne signifie pas qu'elle est juste ou souhaitable, seulement qu'on ne peut l'améliorer sans léser quelqu'un. C'est un concept descriptif, pas moral

  2. Ximen Qing et Li Ping’er : personnages du roman classique chinois Jin Ping Mei (La Fleur en Fiole d’Or), œuvre majeure de la littérature des Ming. Ximen Qing est un riche marchand connu pour sa corruption et sa débauche, tandis que Li Ping’er est l’une de ses épouses/concubines. Leur relation illustre les intrigues sexuelles, sociales et morales au cœur du roman, souvent utilisé comme critique de la décadence des élites.

 

 

 

 

 

 


 

 

 

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