Silent Reading : Chapitre 72 - Macbeth XIV
Dong Xiaoqing était une jeune fille. Qui savait d’où elle tirait une telle force ? Tirant violemment sur le couteau, elle l’arracha du corps de Zhou Huaixin.
Ses yeux étaient rouges, elle semblait possédée. Brandissant la lame ensanglantée comme une yaksha1 sous forme humaine, elle se rua sur la foule stupéfaite, compacte qui rivalisa de cris. À part quelques guerriers planqués dans des coins qui prenaient des photos comme des fous, la plupart des gens n’avaient aucune envie de perdre la vie pour leur travail. Ils se bousculèrent dans tous les sens, chacun cherchant à fuir, se dispersant dans toutes les directions. En un instant, ils formèrent une parfaite barrière humaine qui bloqua complètement les gardes du corps de la famille Zhou, totalement désemparés.
L’adrénaline de Luo Wenzhou bouillonnait, prête à lui sortir par les oreilles. Il ne réfléchit pas une seconde et se lança immédiatement à la poursuite de Dong Xiaoqing. Après avoir couru une dizaine de mètres, sa conscience, un peu en retard sur ses jambes, rattrapa enfin son corps, et il se souvint de Fei Du, se retournant pour le regarder.
Contre toute attente, il ne s’était pas évanoui et n’avait pas vomi.
Il se tenait simplement, un peu raide, à côté de Zhou Huaixin. Sans ses lunettes pour les dissimuler, l’expression de ses yeux était seulement légèrement floue. Il restait lucide, se tenant de profil face à Luo Wenzhou, évitant délibérément de regarder le sang autour de lui. Du coin de l’œil, il l’aperçut et lui fit même un petit geste de la main, avec calme.
Pendant un instant, sa phobie du sang ne sembla pas si grave.
Luo Wenzhou trouva ça étrange, mais il n’avait pas le temps d’y réfléchir. Dong Xiaoqing avait déjà traversé la foule et s’apprêtait à s’échapper de l’hôpital. Estimant rapidement sa direction, il longea le mur pour éviter la foule, enjamba les bacs à fleurs au bord de la route et se lança à sa poursuite comme un héros de film d’arts martiaux.
De l’attaque meurtrière de Dong Xiaoqing à sa fuite presque parfaite, tout s’était déroulé en un éclair. Dans la tête de Fei Du, un bourdonnement constant résonnait. Le sang qui s’étalait depuis le bas-ventre de Zhou Huaixin était comme un lourd marteau frappant sa poitrine, si fort que son âme semblait trembler dans son corps fragile.
Même si sa phobie était gênante, les occasions de voir du sang dans la vie quotidienne restaient rares. Parfois, il se coupait légèrement, ressentait des nausées pendant un moment, puis cela passait. Il ne savait même plus combien de temps s’était écoulé depuis la dernière fois qu’il avait été confronté directement à une scène comme celle-ci.
Ses oreilles bourdonnaient. Ses membres perdaient presque tout contrôle. Le bout de ses doigts se contractait comme sous l’effet d’un réflexe. Tous ses muscles et ses os se tendirent en un instant, le maintenant droit et apparemment lucide, alors que sa conscience devenait floue. Il serra les poings si fort que ses articulations craquèrent. Il détourna de force le regard et, malgré les battements irréguliers de son cœur, se dirigea à grands pas vers Zhou Huaijin.
Le fauteuil roulant renversé pesait sur la jambe de ce dernier. Il était assis au sol, hébété et impuissant. L’instant suivant, quelqu’un l’empoigna par le col et le releva.
— « Il est possible que ses organes internes soient touchés. Une hémorragie abdominale est extrêmement dangereuse. » La voix de Fei Du était froide et pressée. « Vous voulez qu’il vive ? Alors dépêchez-vous d’appeler les meilleurs urgentistes de votre hôpital. Président Zhou, je sais que vous n’êtes pas infirme. Debout ! »
Zhou Huaijin chancela, puis se redressa, le fixant avec stupeur pendant deux secondes. Puis, comme s’il se réveillait d’un rêve, il attrapa son téléphone.
Zhou Huaixin se débattait instinctivement sur le sol comme un poisson éventré. Une foule s’était rassemblée autour de lui, mais personne n’osait le toucher imprudemment. Plus il se débattait, plus le sang coulait. Fei Du entendit Zhou Huaijin hurler dans son téléphone pour faire venir quelqu’un, puis jeter l’appareil et se précipiter vers son frère. Les mots sortaient de sa bouche dans le désordre ; des phrases inutiles comme « regarde-moi » ou « ça va aller ».
Une certaine émotion poussa Fei Du à lever ses cils trempés de sueur et à croiser le regard de Zhou Huaixin. Les yeux du peintre devenaient de plus en plus ternes, son regard de plus en plus flou.
A ses yeux, il subit une transformation étrange : il devint un amas de déchets organiques inconnus.
Fei Du sentit clairement qu’il était scindé en deux. Une moitié de lui était prise de nausées et de vertiges à cause du sang qui jaillissait sans cesse de la blessure de Zhou Huaixin. L’autre moitié, comme un animal perdu loin de sa meute, observait les yeux de Zhou Huaixin, incapable d’associer cette personne mourante à l’homme qu’il connaissait. Engourdi au milieu des lamentations d’angoisse et de douleur des autres, il tenta instinctivement de se conformer à la situation, cherchant désespérément ce que devrait ressentir une personne normale.
Mais quoi qu’il cherche, il ne trouvait rien.
« Tout le monde craint la mort, mais en réalité ce que les gens craignent, c’est seulement l’inconnu. La mort elle-même n’est pas douloureuse. Elle peut même procurer du plaisir. Tu l’as sûrement déjà expérimentée. »
« As-tu remarqué les yeux des animaux à l’approche de la mort ? C’est l’expression de ceux qui ont trouvé la vérité ; la vérité, c’est que la « vie » n’est qu’une illusion produite par ton système nerveux. Une fausse conscience de soi. »
« La conscience d’un être humain est comme de l’eau qui s’écoule, changeant sans cesse. La mort n’est que la dernière direction qu’elle emprunte. À moins que tu ne puisses comprendre ou contrôler le processus entier de certains changements dans ta conscience, ta vie ne t'appartient pas. Les choses qui ne t'appartiennent pas s'écartent de ta perception à chaque fois qu'elles changent. Chaque instant est une mort. »
« La seule chose qui ne change pas, c’est ce sac de peau fait de glucides. Si tu ressens un attachement émotionnel envers ce sac de peau, n’est-ce pas comme si tu humanisais le porc dans ton assiette ? C’est une sorte de trouble délirant. »
L’odeur épaisse du sang envahit les narines de Fei Du. Tous ses organes se retournèrent.
Les urgentistes sortirent en courant de l’hôpital Heng’ai, le front couvert de sueur. Ils entourèrent Zhou Huaixin et commencèrent les premiers secours d’urgence. Peu après, ils l’emportèrent en courant vers l’intérieur.
Fei Du les suivit jusqu’à la salle d’urgence.
Puis, finalement, il ne put plus tenir.
Il abandonna Zhou Huaijin et se précipita dans les toilettes.
⸻
Dong Xiaoqing avait attaqué quelqu’un en public. Elle était couverte de sang. Son élastique avait cédé, et ses cheveux soigneusement coiffés en grandes boucles se déployaient derrière elle. Les mèches parfaitement travaillées ondulaient au vent, s’accrochant parfois à l’arme terrifiante qu’elle tenait dans la main.
— « Dong Xiaoqing ! »
Grâce à sa taille et à ses longues jambes, Luo Wenzhou réduisait sans cesse la distance entre eux. Il avait déjà couru jusque sur la chaussée.
— « Arrêtez-vous ! Vous pensez vraiment pouvoir vous échapper ? »
Dong Xiaoqing semblait épuisée. Ses pas ralentissaient. En entendant sa voix, elle s’arrêta brusquement, se retourna et leva le couteau dans sa direction.
Luo Wenzhou n’avait pas peur d’elle ni de sa lame. De son point de vue, dix Dong Xiaoqing armées de couteaux ne représenteraient rien d’effrayant. Mais il ne comprenait absolument pas son mobile. Et il craignait surtout qu’elle se suicide dans son état mental instable.
Il s’arrêta à quelques pas d’elle.
— « Calmez-vous. »
Il baissa légèrement les mains, la regardant avec la plus grande douceur possible.
— « Écoutez-moi. La personne que vous avez poignardée tout à l’heure n’est pas morte. Les conséquences ne seront pas graves. N'ayez pas peur. Tout va bien. »
Dong Xiaoqing était toujours sous une pression psychologique énorme, mais elle commençait à reprendre ses esprits. La main qui tenait le couteau tremblait ; de peur, peut-être, ou de regret de ne pas avoir frappé Zhou Huaixin une seconde fois.
— « Je suis policier. » Luo Wenzhou sortit son badge et le montra. « Si vous avez quelque chose à dire, vous pouvez me le dire. »
Elle recula d’un pas et son regard finit par se fixer sur lui. Un moment plus tard, la frénésie sur son visage couvert de sang s’apaisa peu à peu, ne laissant que la tristesse et l’indignation profondément enracinées. Ses yeux devinrent rouges. Elle ressemblait à une muette ; dans un monde rempli de gens incapables d’entendre sa voix, lorsqu’elle rencontrait enfin quelqu’un disposé à écouter, elle ne savait même plus par où commencer.
Luo Wenzhou tenta prudemment d’avancer d’un pas.
— « Détendez-vous. Ne brandissez plus ce couteau. Ce n’est pas lourd ? C’est dangereux. »
—
« Je… » À ses paroles, Dong Xiaoqing baissa inconsciemment un peu la
pointe du couteau et dit de façon incohérente : « Mon papa, il… »
Luo Wenzhou gardait les yeux rivés sur l’arme, calculant comment la lui arracher.
Tout en s’approchant lentement, il continua :
— « Votre père a été accusé à tort. Je le sais. Nous rétablirons sa réputation. »
À ces mots, Dong Xiaoqing éclata soudain en sanglots.
— « Mon papa… Mon papa n’a pas été accusé à tort. »
Luo Wenzhou resta figé.
— « Qu’est-ce que vous avez dit ? »
— « C’est l’un des leurs, lui aussi. Ils… »
À cet instant précis, une rafale de vent balaya la rue. Sans le moindre avertissement, une petite voiture surgit de nulle part, accéléra après avoir tourné au coin de la rue et fonça droit sur Dong Xiaoqing. Luo Wenzhou n’eut même pas le temps de réagir. La jeune femme passa devant lui, projetée dans les airs. Les mots qu’elle avait commencé à prononcer n’eurent même pas le temps de sortir de sa gorge.
Les éclats du pare-brise avant volèrent comme une pluie emportée par la tempête, projetés droit au visage de Luo Wenzhou. La voiture n’hésita pas une seconde, accélérant de nouveau, pied au plancher, fonçant droit sur lui. Il mobilisa ce qui devait relever d’un instinct primitif pour esquiver, mais l’un des rétroviseurs latéraux le heurta tout de même, se brisant net sur le coup. Ignorant la douleur, il contracta instinctivement ses muscles et protégea sa tête, profitant de l’élan pour rouler vers un renfoncement loin de la chaussée principale.
Le coupable était manifestement très expérimenté. Sachant que le risque augmentait chaque seconde qu’il restait sur place, il ne perdit pas de temps à faire demi-tour pour recommencer. La route derrière l’entrée arrière de l’hôpital Heng’ai était plutôt déserte, et ce n’était pas l’heure de pointe. La chaussée était vide, la voiture démente, pare-brise fracassé, fila en sifflant sans laisser la moindre trace.
La moitié du corps de Luo Wenzhou était engourdie par l’impact. Il lui fallut un moment avant de réussir à se relever. Ce n’est qu’alors que les autres réagirent successivement et accoururent. En se dirigeant vers Dong Xiaoqing, il contacta le Commissariat Central.
— « Route Nanshan, entrée arrière de l’hôpital Heng’ai. Une berline blanche, modèle XX, plaque Yan CXXXXX. Diffusez un avis dans toute la ville… Non, dans tout le district, dans tout le pays. Même s’il a fini dans l’océan Pacifique, qu’on jette l’ancre et qu’on le repêche ! »
La forme de la tête de Dong Xiaoqing avait changé. Une de ses chaussures avait été projetée de l’autre côté de la rue. Ses mains et ses pieds nus étaient couverts de poussière. Son corps était atrocement broyé ; elle ne pouvait pas être plus morte que ça.
— « Putain de salaud… »
Luo Wenzhou ne put s’empêcher de lâcher un juron. L’arcade sourcilière le démangeait ; il leva la main pour la frotter et la retira couverte de sang ; un éclat de verre l’avait entaillé.
Il inspira profondément, avec violence.
— « Où en sont Tao Ran et Xiao Haiyang ? Ils sont arrivés chez Dong Xiaoqing ? »
Lang Qiao qui avait d’abord exécuté ses ordres sans discuter trouva enfin l’occasion de parler.
— « J’allais justement te faire un rapport. Il n’y avait personne chez Dong Xiaoqing et la maison était en feu. Patron, qu’est-ce qui se passe ici ? Et pourquoi un avis de recherche sur cette voiture ? »
Luo Wenzhou ferma les yeux. Les gens qui s’étaient dispersés dans toutes les directions après l’attaque de la jeune femme se rassemblèrent de nouveau. Ils n’osaient pas s’approcher, restant simplement de part et d’autre de la route, pointant du doigt, murmurant.
Dong Xiaoqing était tombée en plein jour. Farouche, inflexible, elle affirmait d’un côté être prête à ruiner sa famille pour indemniser les victimes et de l’autre, elle n’avait cessé de défendre la réputation de son père.
Alors pourquoi avait-elle pris le risque insensé d’assassiner Zhou Huaijin ?
Et pourquoi avait-elle contacté Xiao Haiyang à l’avance ? Qu’avait-elle voulu faire ? Qu’avait-elle voulu lui remettre ?
Et puis il y avait ces mots, prononcés juste avant de mourir : « Lui aussi, c’est l’un des leurs. »
Qui étaient ces gens ?
Qui avait eu l’audace de commettre un meurtre sous les yeux d’un policier de la criminelle ?
Pendant un moment, Luo Wenzhou eut du mal à reprendre son souffle.
⸻
Au même moment, à l’hôpital Heng’ai, Fei Du était presque en train de rendre ses tripes.
Ses mains tremblaient tandis qu’il se rinçait la bouche.
Agacé, il déboutonna deux boutons de sa chemise et s’aspergea le visage d’eau froide, rejetant ses cheveux mouillés en arrière. Il mit deux pastilles de menthe dans sa bouche et quand elles furent entièrement dissoutes, il trouva enfin la force de se tenir droit. Jetant un regard indifférent à son visage livide dans le miroir, il enfonça ses mains qui tremblaient toujours dans ses poches.
Zhou Huaijin était recroquevillé sur un banc d’hôpital, penché en avant, tordant nerveusement ses mains encore couvertes de sang. Les veines de son cou ressortaient toutes.
Soudain, une serviette en papier humide tomba devant lui.
Levant la tête d’un air hébété, il vit que Fei Du s’était approché, mais celui-ci ne le regardait pas. Il fixait simplement la lumière au-dessus de la salle d’opération.
— « Essuyez-vous », dit Fei Du le premier. « Je suppose que le Président Zhou ne me connaît pas très bien, mais il m’est arrivé de sortir boire avec Huaixin. »
L’autre se reprit avec effort.
— « Je sais. Monsieur Fei, j’espérais depuis longtemps… »
—
« C’est moi qui espérais vous rencontrer », l’interrompit Fei Du. «
Zhou Huaixin ne peut pas dire trois phrases sans évoquer son frère.
Chaque fois qu’il parle du Président Zhou, on dirait un bébé qui n’est
pas encore sevré. À force, j’en ai presque des callosités aux oreilles. »
Zhou Huaijin prit une profonde inspiration, joignant les mains avec force. À ce moment-là, plusieurs membres du personnel médical passèrent précipitamment devant eux pour une raison inconnue. Le mouvement le fit sursauter et il se leva brusquement, regardant fixement la salle d’opération pendant un long moment. Incapable de rester assis ou debout sans bouger, il se mit à faire les cent pas. Le masque raffiné qui couvrait habituellement son visage avait complètement disparu. Ses cheveux étaient en désordre, ses mains jointes malgré lui, comme s’il implorait la pitié d’un dieu inconnu.
Il murmura pour se rassurer :
— « Ça va aller… ça va aller… Tout ira bien. »
—
« Quand un couteau aussi long entre et ressort, il est très peu
probable que tout aille bien », coupa Fei Du sans ménagement. «
Président Zhou, même si l’on dit que la vie et la mort dépendent du
destin, il a quand même fait ça pour vous. »
Les épaules de Zhou Huaijin s’affaissèrent.
— « Je sais… je voulais juste… »
—
« Je ne parle pas du fait qu’il ait pris le coup de couteau à votre
place », reprit Fei Du, d’un ton légèrement agressif. « Président Zhou,
vous voyez très bien ce que je veux dire. Je parle de toute cette
affaire, du début à la fin. Vous croyez au châtiment pour ceux qui
dupent le monde entier ? À force de tromper les gens, il se peut que la
malchance finisse par devenir réalité. »
Zhou Huaijin tressaillit.
— « Vous voulez commencer par expliquer comment vous avez planifié votre propre enlèvement ? »
Quelques gardes du corps vêtus de noir s’approchèrent silencieusement. Un léger sourire ironique apparut au coin des lèvres pâles de Fei Du ; il ne leur accorda pas la moindre attention ; s’ils avaient été utiles, la vie de Zhou Huaixin ne tiendrait pas à un fil dans la salle d’urgence.
Au bout d’un long moment, Zhou Huaijin fit un geste de la main.
— « Vous avez raison. Dispersion. Sortez », dit-il aux gardes du corps. « Laissez-moi parler avec Monsieur Fei. »
Fei Du se dirigea vers un distributeur automatique et acheta deux bouteilles d’eau. Il en tendit une à Zhou Huaijin.
—
« J’ai trouvé les hommes », dit ce dernier après avoir bu la moitié de
la bouteille d’un trait. Il prit une grande inspiration, puis parla sans
préambule. « Le fait d’utiliser Hengda comme soutien financier, c’était
aussi mon choix. »
— « Vous n’aviez pas peur que la police arrive trop tard et que votre fausse noyade dans la rivière devienne une vraie ? »
—
« Il y avait des gens qui surveillaient. Si quelque chose avait mal
tourné, ils m’auraient sauvé. Les hommes que nous avons engagés étaient
tous des locaux, familiers des routes. La police aurait eu du mal à les
attraper et même s’ils l’avaient fait, ce n’était pas grave. J’aurais
simplement pu témoigner qu’ils étaient des passants bien intentionnés. »
C’était en effet très pratique.
Fei Du hocha la tête.
—
« Vous vivez rarement dans le pays, vous ne devez pas bien connaître le
terrain. J’imagine que c’est Hu Zhenyu qui vous a mis en contact avec
les ravisseurs ? Pourquoi avoir choisi la zone de Baisha ? »
— « Le
plan et les décisions venaient de moi. Les autres n’ont fait que suivre
mes ordres. Il n’est pas nécessaire d’impliquer d’autres personnes. »
Zhou Huaijin s’interrompit un instant, puis poursuivit avec difficulté.
—
« J’ai choisi Baisha pour deux raisons : d’abord parce que c’était sur
la route de l’aéroport, ensuite parce que la personne qui m’a aidé était
un local. Et puis nous n’avions aucun lien clair avec Baisha. Il était
peu probable que quelqu’un nous soupçonne. »
— « La personne qui vous aidait ? »
—
« Juste un ami à qui j’avais rendu un petit service autrefois. Rien à
voir avec cette affaire » Zhou Huaijin secoua la tête. « Quand j’ai
appris la nouvelle de sa mort, j’ai eu l’impression qu’une occasion se
présentait. Dans le conglomérat, je ne suis qu’une mascotte
scintillante. Zhou Junmao avait tout verrouillé. Même après sa mort, il
restait son homme de main, Zheng Kaifeng. Je n’aurais jamais eu ma
chance. »
Fei Du répondit :
— « Pourtant, du point de vue du statut et de l’expérience, j’aurais pensé que le Président Zhou était mieux placé que Yang Bo. »
Zhou Huaijin laissa échapper un rire amer.
— « Statut ? Quel statut ? Je ne suis qu’un bon à rien.2 »
Je suis dix fois plus triste encore qu’à ma première lecture, pour les deux frères.
- Yaksha (夜叉, yèchā) : Le yaksha est une créature de la mythologie indienne, intégrée au bouddhisme puis à la culture populaire chinoise. Le terme est un emprunt phonétique au sanskrit Yakşa,
transcrit en chinois par les caractères 夜叉 (yèchā) ; le premier
caractère signifiant « nuit », ce qui a contribué à associer ces
créatures à l'obscurité et aux ténèbres dans l'imaginaire chinois. Dans la mythologie indienne originelle, les yakshas sont des êtres ambivalents,
ni vraiment bons ni vraiment mauvais ; simplement des serviteurs du
dieu de la richesse Kubera, associés à la nature et aux trésors cachés.
Mais le bouddhisme leur a souvent donné un mauvais rôle, et c'est cette version sombre qui s'est imposée en Chine. La yaksha femelle (yakṣī)
: Encore plus dangereuse que le mâle selon certaines traditions, elle
peut apparaître sous les traits d'une belle femme pour séduire ses
victimes avant de les dévorer . Dans le sud de l'Inde, on les représente
comme des vampires enchanteresses
- Bon à rien : « Statut ? Quel statut ? Je ne suis qu’une feuille de vigne ». Ça repose sur un jeu de mots intraduisible en français. En chinois, les mots « feuille de vigne » (瓜叶, guā yè) et « imbécile » (瓜, guā, qui signifie littéralement « melon » mais aussi « idiot » en argot) sont proches phonétiquement et sémantiquement liés. Le terme « melon » (瓜) est utilisé dans de nombreuses expressions pour désigner quelqu'un de naïf, de simplet ou de stupide. Ainsi, se qualifier de « feuille de vigne », c'est de manière détournée se dire « idiot » ou « bon à rien » La feuille de vigne évoque quelque chose de fragile, de secondaire, de négligeable ; ce qui reste après qu'on a pris les fruits (le raisin), ce qui n'a pas de valeur propre, ce que l'on jette.
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