Silent Reading : Chapitre 75 - Macbeth XVII

 

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@XUE_lingjun



 

 

 

 

 

Au cours de toutes ses années de service, Luo Wenzhou n’avait jamais rencontré ce genre « d’agression contre un officier de police ». Pris totalement au dépourvu, il resta court-circuité sur place et tendit instinctivement la main pour repousser, ne rencontrant que le vide.

Comme s’il avait anticipé sa réaction, Fei Du l’avait déjà relâché après un simple contact et s’était légèrement reculé. Ses yeux étaient un peu rougis, et le coin de ses lèvres s’incurvait subtilement, esquissant l’ombre d’un sourire.

Ce n’était pas un sourire chaleureux ou aimable ; il avait plutôt quelque chose de mal intentionné.

À cet instant, Luo Wenzhou sentit le goût de menthe qu’il avait laissé derrière lui ; pas du tout sucré, mais froid, s’infiltrant par la fente de ses lèvres, glissant dans sa gorge, envahissant sa poitrine et piétinant son cœur affolé.

Le rythme de Fei Du était d’une précision redoutable. Il ne poursuivit pas avec un baiser brutal ; tantôt proche, tantôt distant, il lui laissait un espace pour résister et réfléchir. Son regard, presque tangible, glissait légèrement sur ses traits, percevant avec acuité le moment où sa respiration se bloquait.

Cela semblait être une excellente occasion d’exploiter son avantage.

L’instant suivant, Fei Du revint à la charge, plus déterminé. Il attrapa la main avec laquelle Luo Wenzhou l’avait retenu et la plaqua contre le dossier du siège. Comme un guépard inspectant son territoire, son nez droit effleura avec grâce et lenteur sa joue. Avec habileté, il força les lèvres de Luo Wenzhou à s’ouvrir, sans rencontrer de réelle volonté de résistance. C’était comme si un chauffage immersif était apparu de nulle part dans l’habitacle étroit de la voiture. L’air dense se réchauffa à une vitesse fulgurante. Le souffle de Fei Du enveloppait tout.

Luo Wenzhou n’était pas du genre à rester tranquillement assis pendant qu’il se faisait embrasser. Toute une journée de bouleversements émotionnels avait sérieusement entamé sa volonté et cela faisait longtemps qu’il n’avait pas rencontré un tel expert du baiser. Son esprit étant momentanément court-circuité, son corps impulsif suivit la faible chaleur déjà présente dans son cœur. Il répondit instinctivement, agissant avant même d’y réfléchir. Sa main se leva pour se poser sur la nuque de Fei Du, prête à le tirer contre lui, et c’est à ce moment-là que la froideur glaciale de son corps rappela une partie de sa raison.

Les restes de sa lucidité reprirent leur souffle et hurlèrent dans sa tête :

Mais bordel, qu’est-ce que tu fous ?!

Les veines saillirent sur le dos de la main qui tenait la nuque de Fei Du. Avec la volonté extrême qu’il fallait pour résister à du gaz lacrymogène ou à une séance de torture, il l’attrapa fermement et le repoussa.

Le jeune homme retomba sur le siège passager, haussant les sourcils avec un léger air de regret. Puis, comme si cela ne le concernait absolument pas, il ouvrit tranquillement la portière. Sous le regard de Luo Wenzhou, qui semblait prêt à le transformer en brochette humaine, il essuya doucement le coin de sa bouche avec son pouce.

— « J’ai réglé ma course. Je suppose que je peux y aller maintenant, shixiong ? »

Le visage fermé, Luo Wenzhou répondit :

— « Dégage. »

Sa réaction sembla ravir Fei Du. Ce salaud descendit tranquillement de la voiture, puis se pencha vers la fenêtre pour lui faire un signe de la main.

— « Conduis doucement en rentrant. Et puis les bleus sur ta taille ont vraiment l’air affreux. Tu devrais peut-être aller à l’hôpital pour les faire examiner. Je n’ai même pas osé les toucher. »

Une brise entra par la fenêtre ouverte, et Luo Wenzhou se rendit alors seulement compte que sa chemise avait été sortie de son pantalon à un moment donné par ce voyou.

— « Mais tes abdos sont vraiment agréables au toucher », ajouta Fei Du, versant de l’huile sur le feu.

Les mains dans les poches, il se retourna tranquillement et se dirigea vers la villa vide.

Deux flammes alternées brûlaient en Luo Wenzhou. Il était tout simplement sur le point d’exploser. Agité, il fixa le dos de Fei Du dans le rétroviseur. Le peu de chaleur qui restait dans son cœur s’évaporait totalement. Il ne savait plus s’il voulait lui arracher ses vêtements ou carrément lui arracher la peau.

Puis, le regardant toujours, il remarqua soudain que la manche de sa chemise élégante bougeait alors qu’il n’y avait aucun vent. Au début, il crut que c’était une broderie sur le tissu qui reflétait la lumière. Mais en observant de plus près, il se rendit compte que Fei Du tremblait, comme s’il gelait, ou s’il avait été électrocuté.

Il fronça les sourcils, hésita un instant, puis n’arrivant pas à se détendre, ouvrit la portière et le suivit.

Fei Du n’avait même pas refermé le portail, probablement parce qu’il estimait que la sécurité de ce quartier riche était suffisante. Les portes restaient grandes ouvertes. Peut-être parce que personne n’y vivait depuis longtemps et qu’il craignait d’avoir des problèmes avec les mauvaises herbes, il avait fait recouvrir la cour de pierres. Pas un seul brin de verdure ne poussait ; tout paraissait plat et froid.

Quand Luo Wenzhou le rattrapa, Fei Du avait déjà sorti les clés et ouvert la porte.

— « Hé, est-ce que tu… »

À peine avait-il parlé qu’il vit le Président Fei qui, quelques instants plus tôt, était encore flamboyant et dominateur, se mettre à trembler violemment. Sa main appuyée sur la poignée de la porte cherchait visiblement un appui, mais la porte s’ouvrit vers l’intérieur sous cette pression et, trébuchant, il tomba directement à genoux. Le vestibule était pavé de grandes dalles de marbre glacé. Ses genoux les frappèrent sans aucune protection avec un bruit sourd qui fit presque flancher les jambes de Luo Wenzhou lui-même.

Il se précipita pour le soutenir.

La couleur inhabituelle du visage de Fei Du semblait avoir disparu ; il était même plus pâle que d’habitude. Une fine sueur froide perlait à ses tempes. Ses mains et ses pieds tremblaient sans arrêt, comme pris de spasmes.

— « Qu’est-ce qui ne va pas ? »

Luo Wenzhou l’attira dans ses bras et posa la main sur son visage.

— « Qu’est-ce qu’il y a ? Fei Du, parle-moi ! »
— « Peut-être… hypogly… hypoglycémie… »

Fei Du gémit presque inaudiblement. Une main posée sur le genou de Luo Wenzhou, il tenta de se relever. Mais son bras céda et, après un effort inutile, il retomba.

— « Hypoglycémie ? »

En entendant cette explication bizarre, Luo Wenzhou se moqua aussitôt, irrité :

— « Profiter de moi t’a épuisé, c’est ça ? Franchement, je suis impressionné… »

Tout en parlant, il le souleva simplement dans ses bras.

Avec sa silhouette grande et élancée, Fei Du paraissait toujours imposant quand il était debout. Mais le porter lui demanda bien moins d’efforts qu’il ne l’aurait imaginé. Sous une fine couche de chair, il sentait distinctement les os.

Manifestement, c’était le genre de personne qui maigrissait faute d’exercice.

En y réfléchissant, cela avait du sens. Pour qu’un jeune homme d’à peine vingt ans se fracture un os au moindre choc, moins solide encore que la monture de ses lunettes, il devait être du genre à sortir faire la fête en comptant sur sa jeunesse, menant une vie assez malsaine.

Le visage de Fei Du était rarement coloré. Parfois, après des soirées trop arrosées avec ses amis, il semblait clairement manquer de vitalité. Un cas typique de « jeune maître sans vigueur ». Et pourtant, il y avait chez lui quelque chose de froid et d’inflexible qui faisait oublier qu’il n’était peut-être qu’un séduisant « coussin brodé1 », séduisant mais vide de substance.

Il l’allongea sur le canapé, puis se redressa en ménageant son dos meurtri.

— « Ne meurs pas. Il y a quelque chose à manger ici ? »

Fei Du ne répondit pas, pointant faiblement la cuisine. Luo Wenzhou fit deux pas, puis revint en arrière, attrapa une couverture sur le canapé et la jeta sur lui avant d’aller dans la cuisine.

La pièce était lumineuse et impeccablement propre, probablement parce que quelqu’un venait régulièrement faire le ménage. Les ustensiles semblaient presque décoratifs ; certains portaient encore leurs étiquettes. Il ouvrit quelques placards, trouva les condiments et sortit un sachet de sucre. Il prit ensuite un bidon d’eau purifiée, remplit un demi-verre et l’y dissout. Alors qu’il s’apprêtait à le rapporter à Fei Du, une autre pensée lui vint et il baissa les yeux vers le bidon déjà entamé.

Depuis combien de temps cette chose est-elle là ? Ce n’est pas périmé ?

Il sentit l’odeur de l’eau, retourna le bidon pour regarder la date et découvrit soudain qu’il avait été acheté une semaine plus tôt.

Luo Wenzhou resta un instant figé, puis ouvrit silencieusement le réfrigérateur à côté. Il était plutôt vide. Quelques briques de lait, des fruits et un peu de nourriture préparée, rien de très élaboré. Mais tout était très frais. Il y avait assez de provisions pour qu’une personne puisse venir passer une nuit ici.

Fei Du revenait-il ici par hasard ces derniers temps ou venait-il régulièrement passer quelques jours ?

D’après ce que Luo Wenzhou savait, même avant la mort de sa mère, il ne vivait pas ici en permanence. Il habitait généralement dans un appartement près de son école avec une gouvernante et revenait ici le week-end. Ce n’est qu’après le décès qu’il avait vécu ici environ six mois, le temps d’organiser les choses.

Son père, lui, n’était jamais venu.

À l’époque, penser à cet enfant vivant seul dans une maison malheureuse avait été insupportable. Tao Ran venait souvent lui rendre visite. Puis, six mois plus tard, Fei Du avait quitté la maison pour retourner vivre dans son appartement en ville, et ceux qui s’inquiétaient pour lui, ouvertement ou en silence, avaient finalement poussé un soupir de soulagement.

Luo Wenzhou avait toujours pensé qu’il n’avait simplement pas vendu la maison parce qu’il était difficile de se débarrasser d’un endroit où quelqu’un était mort.

Mais maintenant, il semblait que…

Pensif, il tourna la tête vers Fei Du étendu sur le canapé.

Cette maison avait vraiment quelque chose d’une maison hantée. Même si elle était décorée avec élégance, éclairée et parfaitement propre, elle donnait toujours une impression de tristesse, comme un endroit parfait pour les suicides et les fantômes. Depuis qu’il avait franchi la porte, Luo Wenzhou avait l’impression diffuse que quelque chose n’allait pas. Mais il n’était pas venu ici depuis sept ans ; c’était déjà bien qu’il se souvienne de la porte. Impossible pour lui de dire exactement ce qui clochait.

Il posa le verre d’eau sucrée devant Fei Du et voulut le laisser boire seul. Mais ses mains tremblaient tellement qu’il ne parvenait presque pas à le tenir alors il n’eut d’autre choix que de le reprendre et de le lui tendre lui-même.

Fei Du soupira doucement.

— « Shixiong, je vais t’aimer jusqu’à ce que tu ne puisses plus t’échapper. »

La légère nasalité de sa voix fit frissonner le cuir chevelu de Luo Wenzhou. Sans broncher, il répondit :

— « Dépêche-toi de boire. Qu’est-ce que tu racontes encore ? Tu vas t’étouffer. »

Après avoir bu le verre d’eau sucrée, Fei Du retrouva enfin un peu de force. Il s’affaissa mollement sur le canapé.

— « Ça va. J’ai juste eu un malaise à cause du sang et j’ai un peu trop vomi à l’hôpital. Je me suis déshydraté. Zhou Huaijin était là, je n’avais pas l’esprit à autre chose. »

Luo Wenzhou l’examina un moment, puis demanda soudain :

— « Tu viens souvent ici tout seul ? »

Fei Du ouvrit aussitôt les yeux. Bien que sa posture ne change pas, Luo Wenzhou sentit immédiatement ses nerfs se tendre.

— « C’est loin de ton entreprise, de l’université, du Commissariat Central… Même de la maison de ton directeur de mémoire », dit-il lentement. « Et, à ma connaissance, aucun des lieux de divertissement que fréquentent ta bande de fainéants n’est dans les environs non plus. Alors pourquoi viendrais-tu passer la nuit tout seul dans une maison aussi malchanceuse ? »
— « Où est le problème ? » Après un instant, Fei Du lui adressa un sourire irréprochable. « C’est chez moi. »

Son ton était doux, mais la réponse était défensive, une aiguille dissimulée dans du coton de soie, impossible à saisir.

Luo Wenzhou resta silencieux un moment. Dès qu’il y pensa, il eut envie de fumer. Tandis que son regard cherchait inconsciemment un cendrier, il demanda :

— « Ça te dérange si je fume… »

Avant d’avoir fini sa phrase, il s’arrêta.

Leurs regards tombèrent en même temps sur le cendrier posé sur la table basse.

Fei Du réagit aussitôt, son expression changeant immédiatement.

Au même moment, les souvenirs flous et les intuitions vagues de Luo Wenzhou s’assemblèrent enfin et s’éclaircirent.

Oui, il se souvenait maintenant.

Ni Fei Du ni son père ne fumaient. Ce cendrier appartenait à sa mère lorsqu’elle était encore en vie.

Quand il avait enquêté sur sa mort, Luo Wenzhou était venu plusieurs fois chez les Fei pour parler avec le père de Fei Du. Une fois, exactement comme aujourd’hui, il lui avait demandé s’il pouvait fumer. Le maître de maison, cet homme puissant et perspicace, avait sorti un saladier en céramique de sous une table pour le lui tendre, expliquant que depuis la mort de sa femme, il avait rangé toutes ses affaires afin d’éviter que leur vue ne ravive des souvenirs douloureux. Il avait aussi déplacé tous les meubles de la pièce.

Il avait dit alors : « J’ai changé la position de la télévision et retiré le piano qui se trouvait là. Le porte-manteau à l’entrée, les vases dans lesquels elle aimait arranger des fleurs… Je ne peux plus les regarder, je les ai tous déplacés. Désolé, Officier Luo, je ne fume pas. Depuis sa mort, il n’y a plus de cendrier dans la maison. Vous devrez vous contenter de ça. »

Le regard de Luo Wenzhou balaya aussitôt les alentours. La télévision, le piano, le porte-manteau rétro près de la porte, même les vases dans l’entrée et le salon, tout avait été remis à sa place d’origine. Dans les vases se trouvaient des fleurs artificielles d’un réalisme frappant. Elles avaient manifestement été commandées spécialement quelque part et avaient été fabriquées pour ressembler à des fleurs fraîches restées trop longtemps sans être changées ; exactement comme l’arrangement floral le jour où ils étaient venus ici pour la première fois après le signalement de l’affaire.

Il comprit enfin ce qui clochait dans cet endroit.

C’était comme une exposition grandeur nature qui se serait figée sept ans plus tôt.

— « Je suis un peu fatigué. » Fei Du rejeta la couverture et se redressa, ordonnant à son invité de partir d’une voix un peu raide. « Je ne peux pas te recevoir plus longtemps. Passe un bon week-end. »

Mais Luo Wenzhou n’était pas quelqu’un dont on se débarrassait si facilement. Il se renversa contre le canapé moelleux.

— « Hé, il y a un instant tu disais que tu allais m’aimer au point que je ne puisse plus m’échapper, tu m’embrassais et tu me tripotais en profitant de la situation et maintenant tu changes d’avis comme ça ? Président Fei, ce n’est pas très aimable. »

Fei Du se tendit de tout son corps, mais ses mains avaient cessé de trembler comme si elles avaient été atteintes de Parkinson. Il se concentra et força un sourire, répondant d’un ton léger :

— « Ce n’est rien. Si vous avez l’impression d’avoir été lésé, vous êtes libre d’exiger… »

Il n’avait pas fini sa phrase que Luo Wenzhou était déjà hors de lui.

Il se pencha brusquement, attrapa le col de Fei Du, le souleva et le plaqua dans un coin du canapé.

— « Je t’ai vraiment trop gâté. Tu crois sérieusement que je n’oserais rien te faire ? »

 

 

 

 

 

 

Cette tension...

 

 

 

  1.  Coussin brodé (绣花枕头, xiùhuā zhěntou) : L'expression « coussin brodé » ou « taie d'oreiller brodée » est un idiome chinois courant qui désigne une personne d'apparence séduisante mais sans substance. Sens littéral : Un coussin magnifiquement brodé à l'extérieur mais qui ne contient que de la paille ou du coton de mauvaise qualité à l'intérieur. Sens figuré : L'expression qualifie quelqu'un qui est beau/belle ou élégant(e) en apparence mais manque de compétence, d'intelligence, de caractère ou de valeur réelle. Par extension, une personne inutile malgré ses atours

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

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