Silent Reading : Chapitre 76 - Macbeth XVIII

 

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Au début, Fei Du fut assez surpris, mais il se détendit très vite. Sûr de sa sécurité, il passa les bras autour de Luo Wenzhou.

— « Alors, monsieur le policier, qu’est-ce que vous oseriez bien me faire ? »

Fei Du avait sans aucun doute une magnifique paire d'yeux, surtout quand il souriait, ses iris réfractant la lumière en plusieurs couches. Les dégradés d’un œil humain naturel ne peuvent être reproduits par aucune lentille de contact, même de la meilleure qualité. C’est un miracle issu de centaines de millions d’années d’évolution lente, contenant les humeurs et désirs les plus complexes et changeants, les émotions les plus subtiles et les plus tortueuses, comme une graine de moutarde dans un roman de fantasy, le monde entier dans un grain de sable.

Manifestement, la « graine de moutarde » de Fei Du possédait une coquille indestructible.

Luo Wenzhou le fixa de très près. Sa gorge se contracta. Puis, sans dire un mot, il déchira son col. Le geste fut plutôt brutal ; les boutons de chemise roulèrent sur le sol. Exposée à l’air légèrement frais, la peau de Fei Du se couvrit de chair de poule. Le tatouage sur sa poitrine apparut ; une bête qui semblait prête à ouvrir la gueule pour dévorer quelqu’un.

Le regard de Luo Wenzhou le parcourut et il marqua un léger arrêt.

— « La dernière fois, c’était un dessin différent. Il s’est effacé ? »

Fei Du le touchait de temps à autre, profitant de petits avantages, lui permettant généreusement de regarder.

— « En théorie, la nanotechnologie qui imite les vrais tatouages est plus résistante à l’eau que le mascara d’une équipe de natation synchronisée. Mais évidemment, c’est de la publicité mensongère. Donc je te conseillerais… hss… de ne pas le lécher. »

Des doigts légèrement calleux se refermèrent sur son cou, l’obligeant à lever la tête. Il ne sembla pas le moins du monde s’en soucier, comme si ce qui se trouvait dans la main de Luo Wenzhou n’était pas sa gorge précieuse mais une cravate achetée sur un marché qu’il laisserait volontiers déchirer par quelqu'un sans regret.

Luo Wenzhou le regarda de haut.

— « Pourquoi ne pas te faire faire un vrai tatouage ? Tu as peur d’avoir mal ? »

Fei Du hocha calmement la tête. Avant même qu’il ait terminé ce mouvement, Luo Wenzhou resserra brusquement sa main. La circulation de l’air étant soudain entravée et un point vital comprimé, Fei Du eut un frisson physiologique momentané. Mais Luo Wenzhou sentit que le pouls dans son artère carotide restait calme et régulier, aussi stable qu’une ligne droite, sans accélérer le moins du monde.

Fei Du réussit même à lui adresser un léger sourire.

— « Je n’arrive pas… à savoir si… tu aimes ça ? »
— « Si ta respiration est obstruée pendant une minute, il y aura une douleur brûlante insupportable dans tes poumons. Ensuite, tu commenceras à avoir des vertiges par manque d'oxygène, et tes yeux commenceront à s'injecter de sang. Ton cerveau, qui n'a pas complètement évolué, sera pris de panique et coupera les autres fonctions vitales, ignorant les conséquences dans sa tentative de survie. Tes membres seront engourdis et sans force. Tu perdras ta capacité à résister, tu commenceras à ne plus sentir ton corps. Tes muscles entreront en spasme. En quelques minutes, tu mourras. » Luo Wenzhou relâcha brusquement son cou. « Ce sera une mort assez laide, aussi. Tu as peur de la douleur, mais tu n'as pas peur de ça ? »

Fei Du semblait savoir comment éviter de s’étouffer. Quand il le relâcha, il ne haleta pas instinctivement pour reprendre son souffle ; il se contenta de bouger doucement le cou, disant d’un ton détaché :

— « C’est une autre sorte d’expér… »
— « Tu n’as pas peur que je te fasse quoi que ce soit », l’interrompit Luo Wenzhou en posant une main derrière son oreille. « Tu n’as pas peur que j’utilise la force, tu n’as pas peur que je te fasse du mal. Quand j’ai serré ton cou, ton rythme cardiaque n’a même pas augmenté. Pourquoi ? Tu fais tant confiance à mon sens moral ? »

Un peu surpris, Fei Du éclata de rire.

— « Pourquoi ? Je ne pourrais pas te faire confiance ? »
— « Oh », répondit simplement Luo Wenzhou. « Puisque tu me fais tellement confiance, réponds à une question pour moi. Je me souviens que ton père avait jeté ce cendrier. Tu en as acheté un identique, ou tu as récupéré l’ancien ? »

Fei Du ne s’attendait manifestement pas à ce genre d’attaque soudaine en plein milieu d’un flirt agréable. Ses pupilles se contractèrent légèrement. À une distance aussi courte, il était impossible de cacher une variation aussi minime aux yeux de Luo Wenzhou.

— « Pourquoi ? Parce que tu enquêtes encore sur sa mort ? »

Fei Du le repoussa aussitôt, mais il s’y attendait. Au moment où il le poussa, il encercla ses épaules et appuya vers le bas, utilisant avec aisance les gestes qu’il employait habituellement pour arrêter un criminel. En un instant, il lui tordit les mains derrière le dos et posa un genou sur le canapé pour immobiliser ses jambes. Fei Du tenta de se débattre plusieurs fois et constata rapidement qu’aucun effort ne lui permettrait de sortir de cette position.

De toute façon, avec ses capacités de combat, même s’il s’était débattu davantage, cela n’aurait servi à rien face à un professionnel. Le Président Fei, gentleman qui utilisait les mots plutôt que les poings, n’avait aucune ouverture pour résister. Il ne lui restait que la moquerie.

— « Capitaine Luo, si vous ne voulez pas coucher avec moi, il suffit de le dire et nous pouvons rester amis. Je trouve que l’usage de la force ne donne pas une très bonne image… »

À ce moment-là, sa plainte s’interrompit brusquement, parce que Luo Wenzhou s’était soudain penché et l’avait embrassé sur le front, le laissant sans voix. Il passa ensuite la main dans ses cheveux en bataille sans beaucoup de douceur, voyant clairement la panique traverser le visage de Fei Du. C’était vraiment étrange qu’un playboy capable de séduire quelqu’un jusqu’à lui faire perdre la tête, capable de tout affronter sans broncher, panique comme un enfant à qui quelqu’un venait d’avouer ses sentiments simplement parce qu’on l’avait embrassé sur le front.

Comme s’il n’avait jamais connu la chaleur de toute sa vie.

Pour une raison obscure, cette petite panique fit battre le cœur de Luo Wenzhou bien plus fort que toutes les manœuvres de séduction de Fei Du quelques instants plus tôt. Déglutissant, il eut l’impulsion violente de l’embrasser de nouveau, et ne parvint à se retenir qu’avec difficulté, relâchant lentement sa prise.

— « Tu n’as pas peur que je te fasse du mal. Tu me confierais ton corps et ta vie sans la moindre inquiétude, mais tu as peur que je te pose quelques questions sans importance », dit-il. « Dire la vérité une fois dans ta vie est plus difficile pour toi que mourir ? »

Fei Du conserva son calme en silence, sans répondre ni provoquer.

— « En réalité, j’ai aussi un doute dont je n’ai jamais réussi à me débarrasser. Si je t’en parle, tu m’écouteras ? » dit soudain le capitaine.

Fei Du ne répondit pas.

— « Quand je venais juste d’obtenir mon diplôme, je pensais que j’étais destiné à accomplir de grandes choses. Quand je n’avais rien à faire, j’aimais aller sur Internet lire ces articles du genre “Les X plus grandes affaires non résolues”. Je suivais les analyses aveugles et complètement fausses des internautes comme si c’était la vérité. Parfois, quand j’avais une opinion différente, je me disputais avec eux. À la fin, j’en arrivais toujours à la même conclusion pour chaque affaire : les gens qui parlaient de ça en ligne étaient tous des imbéciles. » Luo Wenzhou avait commencé son récit sans prêter attention à son silence. « À cette époque, chez les filles, la grande mode, c’était de rêver de voyager dans le temps jusqu’à la dynastie Qing pour épouser un prince. Parfois j’entendais mes camarades de classe en discuter et je me disais que si je devais voyager dans le temps, moi j’irais à l’époque victorienne pour traquer Jack l’Éventreur. »

Le Capitaine Luo avait traversé mille tempêtes ; la honte n’était pas un sentiment qu’il ressentait facilement. Il exposait donc son passé ridicule et peu glorieux sans la moindre gêne.

Curieusement, Fei Du ne saisit pas l’occasion de se moquer.

— « Le résultat, c’est qu’après avoir commencé à travailler, j’ai découvert que la réalité n’était pas du tout comme ça. À ce moment-là, la ville avait comme politique que tous les nouveaux devaient passer un an sur le terrain. Alors je suis allé faire mes armes dans un commissariat de quartier. » Luo Wenzhou agita la main devant Fei Du. « Tu sais de quoi s’occupe un petit flic dans un commissariat de quartier ? »

Le jeune homme leva les yeux vers lui.

— « Des clés laissées à l’intérieur, des chiens perdus, des gamins qui se cassent les dents en se battant, une fuite d’eau chez le voisin du dessus… Tout le monde vient te voir pour des broutilles. Le plus gros qu’on faisait, c’était attraper quelques pickpockets. La seule chose qui pouvait être appelée une “affaire”, c’était celle de ta famille. Et il semble que je ne m’en sois pas très bien sorti. » Il marqua une pause. « J’ai fait ça pendant un an. À la fin, je me suis dit que si je devais continuer une seule journée de plus, je me pendrais. Alors j’ai simplement traîné Tao Ran avec moi pour passer l’examen d’entrée au Commissariat Central. Et pour être honnête, on a réussi en partie parce que j’ai fait jouer quelques relations. »

Arrivé là, Luo Wenzhou secoua la tête.

— « Mais au Commissariat Central, ce n’était pas mieux. Tout le monde savait que j’étais un fils de haut fonctionnaire difficile mais incapable. Je me faisais réprimander tous les jours, surtout par Lao-Yang. Il disait des tas de choses blessantes, me faisait faire tout ce dont personne ne voulait, comme s’il avait une rancune personnelle contre moi. Tous les jours je me faisais malmener, et chaque mois je touchais un salaire qui ne suffisait même pas à acheter des cigarettes. J’ai tenu six mois comme ça. Ma lettre de démission était déjà imprimée, prête à être envoyée, quand Lao-Yang m’a demandé de l’accompagner pour rencontrer un informateur. On enquêtait sur un réseau de prostitution », poursuivit-il. « Ce genre de réseau a souvent des liens avec la pègre. Beaucoup de filles avaient été enlevées ou forcées à travailler pour eux par toutes sortes de méthodes. Lao-Yang parlait avec l’informateur quand, tout à coup, une fille couverte de sang a surgi en courant. Deux types avec des bâtons et des couteaux la poursuivaient. Elle pleurait et appelait à l’aide en courant, et tout le monde autour avait l’air d’avoir déjà vu ça cent fois. Le sang m’est monté à la tête et je me suis précipité pour me battre. Quand j’ai réussi à les repousser, une autre bande est arrivée. »

Il écarta les mains.

— « Tu as déjà remué un nid de frelons ? »
— « Pourquoi irais-je remuer un nid de frelons ? » répondit Fei Du.

Luo Wenzhou soupira avec une certaine pitié.

— « Alors tu ne peux pas comprendre dans quelle situation on était. Mais même si ça s’est transformé en bagarre générale, on a sauvé la fille. Lao-Yang a reçu une entaille derrière la cuisse et dans le dos en me protégeant, et il s’est fracturé une rotule. Au final, même après un tel désastre, il ne m’a pas réprimandé immédiatement. Il a même dit que même si j’étais peu fiable, j’avais quand même quelque chose d’un policier. Peut-être qu’à force de me faire engueuler j’avais développé un syndrome de Stockholm. Entendre un mot gentil de temps en temps m’a complètement retourné. Je suis rentré chez moi et j’ai déchiré ma lettre de démission. À partir de ce moment-là, je suis devenu le chien fidèle du vieux. »

L’expression de Fei Du s’adoucit, laissant même apparaître l’ombre d’un sourire.

— « Mais ce n’est pas le point important de cette histoire. »

Luo Wenzhou abandonna son ton volontairement léger ; sa voix devint grave.

— « Le point important, c’est que la blessure au genou de Lao-Yang est restée. En plus, il était gros. Plus il vieillissait, plus ça empirait. Quand la pluie allait tomber, il était plus précis que la météo. Chaque fois qu’il pouvait éviter des escaliers, il les évitait absolument. Mais le jour où il a perdu la vie dans un passage souterrain en traversant la rue en rentrant du marché, il y avait clairement un passage piéton à cinquante mètres. »

Les personnes d’âge moyen ou âgées qui avaient des problèmes aux jambes évitaient généralement les passerelles et les passages souterrains, même si cela impliquait de marcher un peu plus. Yang Zhengfeng rentrait du marché. En dehors du travail, le plus grand plaisir du vieil homme était d’y flâner et de rentrer cuisiner. Il empruntait cet itinéraire tous les deux ou trois jours. Il était impossible qu’il quitte soudain le trottoir pour mettre son genou à l’épreuve.

— « Pourquoi aurait-il pris ce passage souterrain ? » dit doucement Luo Wenzhou dans le salon silencieux. « L’endroit où se cachait le criminel recherché était loin à l’intérieur, impossible qu’une personne dehors l’aperçoive. Je ne comprenais pas. J’ai même discrètement vérifié les relevés téléphoniques de Lao-Yang à cette époque. Rien. Il n’y avait rien. Le téléphone qu’il portait était parfaitement propre. À part l’appel qu’il a passé pour demander des renforts, dans les jours précédents il n’y avait même pas un appel suspect de démarchage téléphonique. »
— « Un vieux policier rentre du marché, rencontre un criminel recherché et appelle des renforts », dit Fei Du. « Et ensuite ? »
— « Il y avait un témoin », répondit Luo Wenzhou. « Lao-Yang n’avait sur lui qu’un peu de céleri et un sachet de viande hachée. Il était totalement désarmé. Au début il n’a pas agi imprudemment. C’est seulement parce qu’une vieille dame promenant son chien est passée et a, d’une manière ou d’une autre, dérangé le criminel recherché, qu’il s’est précipité. »
— « Et le criminel ? »
— « Son état mental était instable. Impossible d’obtenir des réponses de lui. Nous avons enquêté sur le témoin, mais il n’y avait aucun problème. Les habitants du quartier ont confirmé que la vieille dame vivait près d’ici et passait tous les jours par là pour promener son chien dans le parc de l’autre côté de la route. »

Une coïncidence. Une chaîne de causalité irréprochable. Un vieux policier criminel mort pour une cause juste.

Un accident parfait.

— « J’ai mentionné ce point suspect au bureau », dit Luo Wenzhou. « Mes collègues et mes supérieurs ont tous coopéré pour enquêter et recueillir des preuves. Au final, nous n’avons rien trouvé. Tu sais, quand quelqu’un meurt d’une manière aussi violente, ses proches ont souvent du mal à l’accepter. Ils imaginent un meurtrier hypothétique pour avoir une direction vers laquelle diriger leur chagrin… »

— « Comme moi à l’époque », répondit Fei Du.
— « Comme toi à l’époque. »

Luo Wenzhou attrapa soudain sa main. Fei Du la retira instinctivement, mais l’homme serra plus fort.

— « Après ce qui s’est passé, j’ai vaguement senti que ta contestation acharnée du résultat de l’affaire de ta mère avait peut-être un fondement. Mais, Fei Du… » Luo Wenzhou leva les yeux vers lui. « Tu peux te souvenir d’elle toute ta vie, ne jamais abandonner la recherche de la vérité. Mais tu ne peux pas t’enfermer dedans. En réalité, ce que je ne t’ai pas dit ce jour-là… »

Fei Du força légèrement et retira sa main.

— « Ce qui m’emprisonne, ce n’est pas la cause de sa mort. »

Luo Wenzhou resta figé.

— « Ce n’est pas ça. » Fei Du secoua la tête et détourna le regard, fixant le cendrier sur la table. Il resta silencieux longtemps. Comme s’il épuisait la dernière parcelle de sa force, il finit par dire : « Je sais comment elle est morte… Ce n’est pas ça. »

Si une âme pouvait transpirer, Luo Wenzhou aurait été trempé. Il avait vraiment utilisé tout ce qu’il avait pour ouvrir un petit espace entre ses lèvres scellées.

Il se hâta de poursuivre :

— « Tu sais comment elle est morte ? »

Fei Du serra les dents avec force, tendu comme une corde prête à se rompre. Luo Wenzhou s’apprêtait à adoucir le ton quand le jeune homme se leva brusquement, abandonnant son invité dans le salon. Sans un mot, il se dirigea droit vers une chambre au deuxième étage.

Luo Wenzhou allait le suivre quand son téléphone sonna soudain.

Fronçant les sourcils, il décrocha.

— « Tao Ran, qu’est-ce qu’il y a ? »
— « Tu dois déjà savoir pour l’incendie chez les Dong ? Le feu est éteint, on est entrés maintenant », dit rapidement son adjoint. « L’incendie est criminel. Quelqu’un a mis le feu à une sorte de produit en papier et l’a jeté sur le canapé avant de partir. Il y a une caméra installée en face du couloir de l’appartement de Dong Xiaoqing. Elle a filmé la personne de face. Un homme, environ un mètre soixante-quinze, complètement emmitouflé, on ne voit même pas son visage. »

 

 

 

 

 

 

Est-ce que je vous ai dit que je les aime TROP ? 🥺😍

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

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