Silent Reading : Chapitre 87 - Macbeth XXIX

 

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— « La dernière fois que Haiyang est allé parler à Dong Xiaoqing, elle a retiré un colis de livraison express de la boîte à paquets devant sa porte », dit Tao Ran. « L’étiquette était très claire. On peut voir sur la caméra que Dong Qian se l’était envoyé à lui-même. »

Luo Wenzhou jeta un regard à Fei Du. Si l’expression de ce dernier avait été un peu nonchalante auparavant, il était maintenant parfaitement réveillé ; son regard s’était aiguisé et restait fixé sur le téléphone posé en haut-parleur.

— « Mais si je me souviens bien, la dernière visite de Xiao Haiyang chez les Dong remonte à plusieurs jours avant l’agression de Zhou Huaijin », dit Luo Wenzhou. « Pourquoi la personne qui a renversé Dong Xiaoqing n’a-t-elle rien fait à ce moment-là ? »
— « Parce qu’à cette période il y avait toujours des journalistes qui traînaient autour de sa maison, et elle restait cachée à l’intérieur sans sortir. S’introduire chez elle pour la tuer aurait été trop risqué. Et puis personne ne pouvait être sûr de ce que Dong Qian avait réellement envoyé chez lui. Si ce n’était que des choses sans importance, agir précipitamment n’aurait fait que nous mettre en alerte. »

Luo Wenzhou sembla penser à quelque chose et répondit d’un vague acquiescement.

— « Continue. »
— « Trois jours plus tard, Dong Xiaoqing est sortie. Elle s’est d’abord arrêtée dans une boutique de fleurs pour acheter un bouquet, puis elle est montée dans un bus en direction de l’hôpital Heng’ai. Personne ne savait qu’il y avait un couteau caché dans son sac. À ce moment-là, cette fille avait juste l’air d’une proche inoffensive du responsable, venue rendre visite aux victimes par culpabilité. Je pense que la personne qui la suivait n’imaginait pas non plus qu’elle serait capable de poignarder quelqu’un en public. »

Après avoir entendu cela, Luo Wenzhou resta silencieux un moment.

— « Après avoir reçu le colis que Dong Qian avait envoyé chez lui, Dong Xiaoqing est restée seule pendant trois jours et à la fin, elle a quand même choisi de se venger », commenta-t-il.

Un être humain pouvait agir sur un coup de tête, mais une impulsion ne durait jamais très longtemps. Même le pire malheur ne pouvait pas maintenir quelqu’un dans cet état pendant trois jours entiers. Pendant ces trois jours, qu’avait donc fait Dong Xiaoqing, enfermée seule chez elle ?

Peut-être avait-elle réfléchi à un moyen de vérifier l’authenticité des informations contenues dans le colis. Ou peut-être avait-elle élaboré un plan pour se venger de la famille Zhou. Elle possédait les coordonnées de Xiao Haiyang, elle pouvait aussi composer le 110 à tout moment.

Avait-elle hésité ? Y avait-il eu un instant où elle avait pris son téléphone, composé un numéro, envisagé de tout remettre à la police et d’attendre que la société rende son verdict, que son père soit une victime ou un meurtrier ?

Avec difficulté, Fei Du plia le bras relié à la perfusion et se mit à taper rythmiquement la rambarde du lit d’hôpital avec ses phalanges. Luo Wenzhou lui attrapa les doigts.

— « Arrête de faire l’imbécile », dit-il à voix basse. « Je ne suis pas un espion. Je n’ai pas de fonction de décodage du morse. »

Tao Ran mit un moment à comprendre à qui il parlait, puis demanda à la hâte :

— « Je suis en haut-parleur ? Je trouvais qu’il y avait de l’écho… Fei Du est là ? Fei Du, tu es réveillé ? Comment tu te sens aujourd’hui ? Quand on est venus te voir avant-hier, tu n’étais pas encore très lucide. Tu as vu les fruits que je t’ai apportés ? Xiao-Qiao t’a aussi amené un ours en peluche. »

La plupart des fruits avaient déjà fini dans l’estomac de ce goinfre de Luo Wenzhou. Quant à l’ours, l’agité lui avait enveloppé la tête dans le sac des fruits et l’avait coincé dans un coin, les deux pattes levées ; un ours braqueur arrêté par la police après avoir cambriolé une banque. La mise en scène avait même un certain style.

Tao Ran poursuivit :

— « Tu nous as vraiment fichu une peur bleue ce jour-là, tu n’as pas idée. Lao Luo a même… »

La réaction de Luo Wenzhou fut rapide comme l’éclair. À la seule intonation de Tao Ran, il devina ce que ce grand bavard allait raconter.

— « Il ne peut pas encore parler, et il ne peut pas manger non plus. Les fruits sont tous passés en offrande pour moi », l’interrompit–il aussitôt. « Bon, ça suffit les bêtises, revenons au travail. Sur quoi se basent vos suppositions ? La maison de Dong Xiaoqing n’est pas dans un trou perdu. Si quelqu’un l’a suivie quand elle est sortie ce jour-là, pourquoi on ne l’a pas repéré ? »

L’attention du consciencieux camarade Tao Ran ressemblait à l’aiguille d’une boussole : elle pouvait parfois être perturbée, mais avec un léger ajustement, elle revenait toujours d’elle-même vers le travail.

À peine Luo Wenzhou l’avait-il interrompu qu’il oublia immédiatement ce qu’il allait révéler et reprit sérieusement :

— « Parce qu’au début, l’angle de l’enquête était mauvais. Il y a environ une douzaine de caméras de surveillance sur le trajet entre la sortie de chez Dong Xiaoqing et la boutique de fleurs. Huit d’entre elles l’ont filmée. Ensuite, elle est montée dans un bus à cinquante mètres de la boutique, en direction de l’hôpital Heng’ai. À ce moment-là, nous nous sommes concentrés sur ces huit caméras, sur les passagers qui sont montés dans le bus au même arrêt qu’elle, ainsi que sur les voitures qui suivaient le bus. Nous n’avons rien trouvé. »

Luo Wenzhou fronça les sourcils, frottant distraitement les interstices secs et froids des doigts de Fei Du.

— « Plus tard, en cherchant des indices autour de la boutique de fleurs et en examinant les caméras privées des riverains, nous avons trouvé un motard. »

Luo Wenzhou n’avait pas bien entendu.

— « Un motard ? Tu veux dire un de ces types qui roulent à moto entièrement emballés, pas un centimètre de peau visible ? »
— « Exactement. Il a été filmé par la caméra de sécurité de l’entrée latérale d’une librairie. Son visage était étroitement couvert et il portait des lunettes de soleil. C’était à moins de cent mètres de l’arrêt où Dong Xiaoqing attendait le bus. Ensuite, il a pris un raccourci jusqu’à l’arrêt suivant sur la ligne qu’elle prenait. Il est monté dans le bus, est resté deux arrêts, puis est redescendu. Il n’a eu aucun contact avec Dong Xiaoqing pendant ce temps-là, donc au début nous ne l’avons pas remarqué. »
— « Ça pourrait être une coïncidence », dit Luo Wenzhou. « Cette personne ne voulait peut-être pas prendre le bus au départ mais en a simplement eu assez de faire de conduire. On ne peut pas soupçonner quelqu’un juste parce qu’il veut éviter un coup de soleil. »
— « Ce n’est pas une coïncidence », répondit Tao Ran avec assurance. « La voiture volée qui a renversé Dong Xiaoqing a rejoint le bus dans lequel elle se trouvait entre l’arrêt où cet homme est descendu et le suivant. Après avoir découvert ce détail, nous avons repris les caméras autour de la maison de Dong Xiaoqing ; trois d’entre elles l’ont filmé. Nous avons reconstitué son trajet approximatif et découvert qu’il suivait pratiquement Dong Xiaoqing tout le long. Il roulait plus vite qu’elle ne marchait et empruntait volontairement de nombreuses petites rues. Éviter toutes les caméras de surveillance est impossible, mais il a soigneusement évité celles qui auraient pu filmer Dong Xiaoqing. »

La personne qui la suivait n’était jamais apparue sur les mêmes caméras qu’elle et avait évité de monter ou de descendre du bus aux mêmes arrêts, réduisant au minimum le risque d’être repérée par la police. Et même si, par malchance, la police l’avait remarqué, l’équipement hermétique du motard l’aurait rendu difficile à identifier.

Cette personne était un professionnel, prudent, bien entraîné aux techniques de contre-surveillance.

— « Il s’est chargé de la suivre pendant la première moitié du trajet, et le tueur dans la voiture volée de la seconde moitié. Si Dong Xiaoqing s’était contentée de déposer les fleurs puis de repartir calmement, la voiture volée aurait été abandonnée avant même que son propriétaire n’ait le temps de signaler le vol. Ils ne s’attendaient pas à ce qu’elle tente de poignarder Zhou Huaijin. »

Si Zheng Kaifeng avait délibérément usurpé l’identité de Zhou Huaijin dans ses transactions avec Dong Qian, alors, dès qu’il avait appris que Dong Xiaoqing avait attaqué Zhou Huaijin, il avait forcément compris que la jeune femme savait quelque chose. Il devait y avoir un problème avec le colis que son père lui avait envoyé. Alors qu’il avait décidé de la faire taire.

— « Une preuve clé », soupira Luo Wenzhou. « Tao Ran, reconstituer la chronologie ne suffit pas. Il nous faut une preuve clé. »
— « C’est difficile », répondit son adjoint d’une voix lasse. « Zheng Kaifeng est carbonisé au point d’être méconnaissable. Tout ce que nous avons pour l’instant ne peut que prouver que Zheng Kaifeng, Yang Bo et les autres avaient un lien avec cette série d’affaires. Le siège du clan Zhou est à l’étranger, ce n’est pas notre territoire, on ne peut pas enquêter comme ça. Si nous n’avions pas arrêté les hommes de main de Zheng Kaifeng et si les gens de la banque privée illégale qu’il utilisait pour faire circuler l’argent ne s’étaient pas enfuis, nous n’aurions peut-être même pas découvert la transaction entre Dong Qian et lui. »
— « Compris », rétorqua Luo Wenzhou. « Merci pour tout le travail que vous avez fait ces derniers jours. »

À ce moment-là, Fei Du se débattit légèrement, retirant sa main de la sienne et écrivant maladroitement dans sa paume : « Tout à l’heure… »

Il n’avait même pas terminé d’écrire la seconde moitié du dernier caractère que Luo Wenzhou avait déjà compris ce qu’il voulait dire et lui attrapa de nouveau les doigts. Il échangea encore quelques mots avec Tao Ran avant de raccrocher, puis tapota doucement la cuisse du blessé.

— « Tu n’es qu’un auditeur. Pourquoi veux-tu toujours donner ton avis ? Si tu oses arracher cette perfusion, je te frappe. »

La seule partie de son corps avec laquelle Fei Du pouvait exprimer une opinion étant retenue par Luo Wenzhou, il ne put que le regarder d’un air impuissant.

— « Je sais. Même si Zheng Kaifeng est mort, dans une affaire qui s’étend sur tant d’années, remplie d’autant de rancœur et de haine… Ce n’est pas très naturel ces preuves qui apparaissaient toutes en même temps, pas vrai ? »

Le patient cligna des yeux en le regardant.

— « J’ai l’impression », dit soudain Luo Wenzhou, « que tu comprends cette affaire plus profondément que nous. »

Fei Du soutint silencieusement son regard, lui, lui serra les doigts.

— « La dernière fois, tu m’as fait échanger des affaires personnelles contre des informations. La prochaine fois, qu’est-ce que tu vas me faire échanger ? »

Le jeune homme appuya sur sa paume et il desserra légèrement sa prise pour le laisser écrire. Peut-être exprès, chaque trait que Fei Du traçait était très long, ses ongles soignés, arrondis et nets, glissant sur les lignes de sa paume.

— « Mettre », lut Luo Wenzhou en prononçant le premier caractère. « Qu’est-ce que je dois mettre, et où ? »

Fei Du traça un second caractère dans sa paume. Luo Wenzhou fixa sa main un long moment comme s’il ne savait plus lire. Ses sourcils se haussèrent puis s’abaissèrent avec une expressivité exagérée. Finalement, il renifla en riant, secoua la tête et tapota la joue du blessé.

— « Continue de rêver, chéri. »

Fei Du le regarda avec un sourire ambigu. Luo Wenzhou posa les mains de chaque côté de l’oreiller, se pencha vers lui et l’observa un instant. Puis, très soigneusement, en évitant son épaule blessée, il baissa la tête et effleura doucement ses lèvres.

— « Il est vraiment temps pour toi de rêver. Dors un peu. Je viendrai dîner avec toi quand tu te réveilleras. »

Ensuite, il remit correctement la couverture de Fei Du, éteignit la télévision et tira les rideaux. Il sortit, échangea quelques mots avec l’aide-soignante qui attendait devant la porte, puis s’éloigna lentement en s’appuyant sur sa béquille.

Par considération pour l’état mental de Fei Du, les moments où Luo Wenzhou venait le « harceler » chaque jour étaient fixes. Cela l’aidait à établir un rythme clair et l’empêchait de perdre la notion du temps. Après quelques jours, il avait presque développé un réflexe conditionné : dès qu’il le voyait fermer les rideaux et partir, une lourde somnolence l’envahissait automatiquement. Mais peut-être à cause de l’agitation provoquée par l’appel de Tao Ran, il n’arriva soudain plus à dormir. Le regard glacé de Zheng Kaifeng, le visage paniqué de Yang Bo, les yeux rougis de Zhou Huaijin, Zhou Huaixin couvert de sang… Toutes ces images tournaient devant ses yeux.

Il regarda attentivement le dos de Luo Wenzhou disparaître au coin du couloir. L’aide-soignante entra pour ajuster la perfusion et Fei Du expira lentement, se sentant étrangement glacé.

Quinze jours plus tard, Luo Wenzhou reprit officiellement son poste et se rendit au Commissariat Central pour faire son rapport. Le lendemain même, alors qu’il reprenait une nouvelle fois la direction de l’affaire du clan Zhou, quelqu’un appela la ligne d’urgence de la police pour signaler un crime…

 

 

 

 

 

 

 

 


Encore des réponses qu'on aura pas tout de suite...

Mettre quoi, où ? Je me demande...😋

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

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Commentaires

  1. Je me le demande aussi qu'a t-il pu demander a notre Luo ?😏

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