My Adorable Pregnant Husband - Chapitre 5
— Je vois que tout s’est parfaitement bien passé sans moi.
— Oui… parfaitement.
Shimabukuro, revenu travailler immédiatement après ses vacances, est surpris de me voir dans son bureau. Pendant que je lui pose une série de questions sur les HMFU, il se contente de rire en ouvrant son bentō, avant de me tendre une paire de baguettes propres.
Apparemment, il est passé chez ses parents à Okinawa, et ils lui ont donné une quantité indécente de patates douces violettes.
— Un HMFU… Wow. Je n’en ai jamais vu. S’il ne s’était pas enfui, je l’aurais envoyé direct à l’université.
C’est peut-être un cas rare, mais Iwamoto n’est pas un phénomène de foire. C’est juste un jeune homme en train d’essayer de comprendre ce qui arrive à son corps. L’intérêt académique ne devrait pas passer avant ça.
Ça me dérange même d’y penser.
Iwamoto est bien plus que ce qu’il a dans le ventre.
— Je n’ai pas pu mesurer son pH rectal.
— Il ne revient pas ?
— Ici ? J’en doute.
Si Iwamoto est vraiment un HMFU, il devra saigner chaque mois et finira forcément par consulter à nouveau quelque part.
Mais pas ici.
Il est convaincu que je suis complètement instable.
— De toute façon, ce n’est plus notre problème. Il est désormais blacklisté, comme patient agressif. Il y a des caméras, et le directeur est très strict avec ce genre d’incident.
Le mot me glace. “Agressif”. Comme si on parlait d’un danger, alors qu’il avait juste peur.
— Et toi, ça va ? Ta bosse a l’air sérieuse.
— Non, ça va. Juste un hématome.
— Tu sais que plusieurs patientes ont demandé après toi ? Les bandages, ça fait son petit effet.
— Ah bon ? Et elles ont dit quoi ?
—
Tu es très populaire auprès des patientes. Si elles ne venaient pas
avec leur mari, elles te supplieraient à genoux de leur faire un enfant.
— Vraiment ?
Je n’en ai aucune idée.
— Tu es attirant ! Un peu nerd, un peu bizarre, myope, fanboy… mais attirant quand même.
Populaire auprès des patientes, peut-être.
Aimé des hommes ? Jamais de la vie.
Pour être honnête, depuis ce jour-là, je pense constamment à Iwamoto. À son visage, à ses larmes.
Ah… et grâce à lui, je suis épuisé en permanence maintenant.
Idiot.
Je suis devenu un idiot professionnel.
En me frottant le dos, je quitte le bureau de Shimabukuro. La douleur est encore là.
⸻
Après une opération matinale, je marche dans le couloir en nettoyant mes lunettes.
Je n’ai rien de spécial à faire aujourd’hui.
Remplir un formulaire de sortie, vérifier des dossiers. Peut-être demander à une infirmière de me marcher sur la tête pendant que je m’allonge par terre et fais le mort.
De toute façon, je n’ai aucune motivation.
Je soupire.
J’ai essayé de contacter Iwamoto tout le week-end.
J’ai été tellement stupide.
Recommander un examen avec une sonde anale ?
Complètement déplacé.
Il avait raison. Je ne pensais pas vraiment à une tumeur, je voulais juste le convaincre rapidement.
Mais qu’est-ce qui m’a pris ? Même avec des images, un patient ne reconnaît pas un utérus.
Même dans des cas graves, comme un cancer, un patient choqué ne retient pas la moitié de ce qu’on lui dit.
J’aurais dû faire pareil. Lui parler comme à un patient atteint de cancer.
Iwamoto était choqué, terrifié. Et moi, au fond, je pensais presque :
“En quoi c’est grave d’avoir un enfant ? Tu ne vas pas mourir.”
Sans doute parce que j’ai vu trop de couples souffrir d’infertilité.
Quel idiot.
Iwamoto est un homme. Il ne va pas mourir, mais sa vie change. Son identité change. Sa perception de lui-même change.
Et si tout ce qui fait de lui ce qu’il est disparaît… Alors quelle différence avec la mort ?
— Ah ! Yuge-sensei !
Kitagawa, l’infirmière, court vers moi dans le hall, ce qui est normalement interdit.
Elle a l’air paniquée.
— Que se passe-t-il, Kitagawa-san ?
— Sensei, fuyez !
Sa voix tremble. Elle répète :
— Fuyez !
… Pardon ?
— Cet homme ! Le patient qui vous a frappé est revenu !
— Quoi ?
Je regarde vers l’entrée où ça s’agite.
Le crâne chauve là-bas, c’est le directeur. L’autre, c’est l’interne. Des agents de sécurité entourent un jeune homme massif : Iwamoto, serviette sur la tête en train de crier. Il agite la main en direction de mon bureau, toujours aussi tendu.
Mais son visage est différent. Plus sec, plus fermé.
Il tient un sac en papier.
Son corps, son débardeur noir, ses chaussures de sécurité… Tout jure violemment dans cet hôpital rempli de blanc.
— Je vous ai dit que Yuge-sensei n’est pas là aujourd’hui !
Fuwa hurle.
Pour me “protéger”, Kitagawa m’arrache mon badge : Takashi Yuge
Très mauvaise sensation. Très, très mauvaise.
— S’il vous plaît… Je dois vraiment le voir…
— Il est en vacances… Au Canada !
Fuwa l’interrompt encore et encore.
— Et puis l’urgence ici, c’est vous, HMFU ! Vous n’êtes pas une priorité ! On ne va pas arrêter de travailler pour vos crampes de règles !
Espèce de…
Je me précipite.
Dire ça à voix haute, comme ça. Mais qu’est-ce qui ne va pas chez lui ?!
HMFU. Il l’a appelé HMFU.
Oui, c’est un terme médical, mais quand même !
— Ça suffit.
— Ah… Yuge.
— Où est ton professionnalisme ? C’est un patient. Il est aussi important que les autres. Respecte-le.
— Quoi ? Ce n’est pas lui qui t’a frappé ?
Sérieusement… Quelqu’un peut le rendre muet pendant une semaine ?
— Non. Je suis son médecin et il est mon patient. J’ai oublié de noter qu’on avait rendez-vous aujourd’hui.
— N’importe quoi. Il n’a même pas payé la consultation de la semaine dernière.
— Si. Et il a payé aujourd’hui aussi, n’est-ce pas, Kitagawa ?
— Oh… oui ! J’avais oublié… Mais je m’en souviens maintenant. Il a payé. Et… Il a pris rendez-vous.
Cette femme ment très mal, mais ça fera l’affaire.
— Bon. Si tu le dis…
— Merci, Fuwa-sensei.
J’espère sincèrement qu’un patient te vomira dessus.
— Vous pouvez disposer. Merci pour votre intervention, mais vous mettez tout le monde mal à l’aise.
Les agents de sécurité haussent les épaules et s’éloignent.
— Parfait.
— Sensei…
Je me retourne.
Iwamoto me regarde, son expression étrange. Mais ses yeux sont calmes, sans plus aucune trace de colère.
— Je…
Il veut parler, mais tout le monde nous regarde encore.
Pas ici.
— Iwamoto-san, venez. Je vais vous remettre les résultats de votre épouse.
… Mon Dieu.
Je suis nul pour mentir aussi.
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