Silent Reading : Chapitre 89 - Lecture à voix haute 3

 

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Depuis que Fei Du pouvait à nouveau manger des aliments ordinaires, son côté pénible s’était immédiatement révélé au grand jour et il faisait la fine bouche devant la nourriture fade et insipide de l’hôpital.

Il avait initialement prévu de déménager dans une clinique privée avec un beau cadre, d’y engager un cuisinier, d’y amener sa petite troupe d’assistantes élégantes pour bavarder avec lui et s’occuper de ses besoins pendant sa convalescence. De toute façon, qu’on lui rembourse ou non ses frais médicaux ne lui importait pas. Malheureusement, à ce moment-là, complètement à court d’énergie, il avait du mal à parler et avant qu’il ait pu finir d’exposer son plan parfait, Luo Wenzhou avait déjà décidé pour lui.

— « Tu n’aimes pas manger ça ? Très bien, je cuisinerai pour toi et je t’apporterai à manger. Tu fais vraiment des histoires. Comment ça se fait que tu sois aussi difficile à entretenir ? »

Fei Du n’avait pu que faire remarquer avec tact que son shixiong était lui-même blessé et qu’il ne voulait pas lui causer de soucis. Après avoir entendu ça, Luo Wenzhou avait hoché la tête puis rejeté son objection avec autorité :

— « Pas la peine de t’en faire. C’est décidé. »

Certes, la cuisine du Capitaine Luo était plutôt correcte, mais elle ne relevait clairement pas du niveau d’une émission comme Chef de célébrités. Il ne savait faire que des plats familiaux très simples. Et pourtant, pour ces plats maison tout à fait ordinaires, le Président Fei avait docilement accepté de rester à l’hôpital public, en se pinçant le nez ; et après coup, il n’arrivait même pas à comprendre pourquoi.

Il ne pouvait que l’attribuer au fait qu’il n’avait jamais mangé de « repas gratuit » de toute sa vie.

Pour la brigade criminelle, l’affaire du clan Zhou était temporairement close, mais l’enquête économique était loin d’être terminée, et le travail de suivi s’annonçait extrêmement complexe. Depuis son retour au Commissariat Central, Luo Wenzhou était débordé ; aujourd’hui encore, il enchaînait les réunions et n’avait vraiment pas une minute à lui. Il n’avait eu d’autre choix que de déléguer à Madame Mu Xiaoqing la surveillance de la marmite chez lui et de Luo Yiguo, tout en lui demandant de passer à l’hôpital.

Avant de partir, il avait demandé à Tao Ran de prévenir Fei Du.

Mais son adjoint ne s’attendait pas à ce qu’à peine l’appel lancé, le convalescent l’accueille avec :

— « Ge, tu es en haut-parleur. Le Président Zhou est ici, et il aimerait entendre de ta bouche ce qu’il se passe. »

Tao Ran, dont l’attention fonctionnait comme une boussole parfaitement réglée, changea immédiatement de cap en entendant cela, passant en mode travail, reléguant très loin derrière lui toutes les histoires de mères et de livraison de repas. Après avoir raccroché, un léger doute lui traversa l’esprit : il avait l’impression d’avoir oublié quelque chose. Il y réfléchit, conclut qu’il avait dit tout ce qu’il fallait dire et rien de ce qu’il ne fallait pas, puis se détendit et se replongea dans la rédaction de son rapport.

C’est ainsi que naquit la catastrophe actuelle…

En voyant Fei Du bien vivant devant elle, Mu Xiaoqing eut quelques secondes où elle crut sincèrement s’être trompée de chambre. La dernière fois qu’elle l’avait vu, il venait tout juste de sortir de soins intensifs. Il était inconscient, le visage exsangue, le bras relié à une perfusion si maigre qu’on en voyait les os ; presque aucune parcelle de peau n’était visible sous les bandages. Il ressemblait à une porcelaine prête à se briser au moindre contact. Même plongé dans l’inconscience, ses sourcils restaient froncés, comme s’il endurait une douleur qu’aucun sommeil ne pouvait dissimuler. Il faisait peine à voir.

Plus tard, Mu Xiaoqing avait appris qu’il aurait pu simplement se mettre à l’abri derrière sa voiture et s’en tirer avec une égratignure, mais qu’il s’était retrouvé dans cet état en protégeant son malheureux fils. En voyant son visage aux traits délicats, elle avait alors imaginé toute une histoire de jeune homme éperdument amoureux, entraîné dans les griffes d’un vaurien ; à chaque visite à l’hôpital, son instinct maternel débordait presque.

C’est pourquoi, après le réveil de Fei Du, lorsque Luo Wenzhou avait empêché ses parents de venir le voir avec des excuses du type : « Je ne lui ai pas encore parlé de rendre ça public, et on n’en est pas encore au stade de rencontrer les parents. Si vous débarquez en grande pompe, j’ai peur que ça le stresse » Mu Xiaoqing l’avait cru.

Maintenant qu’elle le voyait en chair et en os, elle comprenait enfin que son imagination était partie beaucoup trop loin.

Même à moitié invalide, Fei Du n’avait rien perdu de sa capacité à séduire. Il portait une veste gris foncé par-dessus sa blouse d’hôpital, ses cheveux étaient impeccablement coiffés, et une paire de lunettes sans monture reposait sur son nez. Avant même qu’il n’ouvre la bouche, une esquisse de sourire flottait déjà dans ses yeux en amande, se reflétant dans le verre froid avec une aura mystérieuse et troublante.

Il était simplement… diabolique.

Rien à voir avec le « pauvre enfant » alité qu’elle avait imaginé.

Comment cela pouvait-il être si différent de ce que Luo Wenzhou avait décrit ?

— « Oh, merci, le service d’hospitalisation est un peu compliqué. »

Mu Xiaoqing le détailla de haut en bas, leva les yeux vers le numéro de la chambre, vérifia trois fois qu’elle ne s’était pas trompée, puis demanda :

— « Vous connaissez un certain Luo Wenzhou ? »

Le sourire inébranlable de Fei Du se figea. Il sentit confusément que quelque chose clochait.

— « Oh ? C’est mon collègue… Excusez-moi, vous êtes… ? »

Mu Xiaoqing mâcha intérieurement les mots « mon collègue ». Avec son expérience, elle n’y détectait absolument aucun sous-entendu.

Les jeunes d’aujourd’hui étaient-ils tous aussi détachés et impassibles face à leurs relations ?

— « Oh », fit-elle en hochant la tête, soudain éclairée.

Pas étonnant que ce garnement de Luo Wenzhou, en l’envoyant aujourd’hui livrer le repas, lui ait répété de ne pas dire ceci, de ne pas dire cela ; comme si Fei Du appartenait à une espèce rare particulièrement pudique.

Après tout ce cirque, ce que Luo Wenzhou avait déclaré devant les soins intensifs ce jour-là n’était donc que du vent, à sens unique !

Comprenant la situation, Mu Xiaoqing en fut ravie. Elle tenait enfin son fils par les cheveux.

Avec familiarité, elle tendit les plats et les fleurs, s’assit sur la chaise près du lit et dit chaleureusement :

— « Moi ? Je suis sa voisine. Il m’a dit qu’il avait quelque chose d’important aujourd’hui et qu’il ne pouvait pas se libérer. Mon mari est justement hospitalisé pour quelques jours, alors il m’a demandé de t’apporter à manger en passant… Ton collègue t’apporte à manger tous les jours ? Il est vraiment très attentionné avec toi ! »

Fei Du était extrêmement sensible aux expressions des autres. Plus il observait cette belle femme d’âge mûr, plus il trouvait que quelque chose n’allait pas. Il évita donc soigneusement de répondre au fond de la question, se contenta d’acquiescer au fait que Luo Wenzhou était très attentionné, puis changea de sujet :

— « Merci, mais… Vous êtes vraiment déjà mariée ? »

Mu Xiaoqing savait parfaitement que c’était un compliment totalement hypocrite. Mais avec ce visage-là, même une flatterie évidente passait comme une lettre à la poste.

Rayonnante, elle répondit :

— « Tu parles bien, dis donc ! Mon fils est déjà grand comme un poteau électrique ! »

Fei Du perdit quelques secondes sa répartie.

Cette description évoquait une robustesse certaine.

Le cœur de Madame Mu Xiaoqing était vaste comme l’océan Pacifique, capable d’engloutir l’Asie d’un seul coup. Bien qu’elle ait été momentanément surprise par le changement radical de Fei Du, elle s’en remit très vite, ramenant en urgence son imagination, partie explorer le système solaire, à une vitesse proche de celle de la lumière.

Après tout, quoi qu’il en soit, le jeune homme avait réellement sauvé son fils dans ces circonstances, et l’émotion de Luo Wenzhou devant les soins intensifs avait été sincère.

Elle se mit donc très joyeusement à poser des questions sur la famille du convalescent.

Ce dernier ne savait pas si les « bons voisins chinois » étaient tous aussi familiers dès le premier contact. Il n’était pas incapable de tenir la conversation, mais il était totalement pris au dépourvu face à cet interrogatoire digne d’une belle-mère. Il n’avait même pas eu le temps de récupérer physiquement et mentalement après son duel d’esprit avec Zhou Huaijin et voilà qu’il encaissait de nouveaux « dégâts sévères ».

Et surtout, il avait le sentiment d’avoir commis une énorme bourde…

Enfin, après avoir réussi à raccompagner Mu Xiaoqing, Fei Du envoya précipitamment un message à Luo Wenzhou dès qu’elle eut le dos tourné :

— « Qui est-ce qui est venu m’apporter à manger ? »

Puis, comme si de rien n’était, il conserva son sourire et fit rouler son fauteuil jusqu’à la porte pour l’ouvrir à Mu Xiaoqing.

— « La chambre de votre proche est où ? Je peux vous accompagner jusqu’à la plus proche. »

Ravie de leur conversation, Mu Xiaoqing avait déjà oublié ses élucubrations précédentes. À la question, elle répondit sans réfléchir :

— « Au service des jambes. »

Fei Du la regarda, interloqué.

— « …Pardon ? »
— « Non, ce n’est pas ça, il n’y a pas de service des jambes. C’est quoi déjà ? Le service des membres ? Des membres inférieurs ? On va où d’habitude pour un pied d’athlète ? »

Fei Du, abasourdi, se dit que ce flot d’absurdités ne pouvait venir que de gènes très proches de ceux de Luo Wenzhou.

— « Par ici. »

Sans discuter, il la guida vers la sortie principale. Avant de la quitter, il tenta de laisser une impression « mesurée et douce », histoire d’effacer l’image désastreuse qu’il avait donnée plus tôt. Il insista même pour descendre avec elle en ascenseur et l’accompagna jusqu’aux portes principales du service d’hospitalisation, comme s’il raccompagnait respectueusement l’impératrice douairière.

— « Vous pouvez continuer tout droit. »

Tout sourire, Mu Xiaoqing lui dit :

— « Pas la peine de m’accompagner plus loin. Dis donc, pourquoi tu redeviens soudain aussi poli alors qu’on discutait tranquillement ? »

Fei Du lui adressa un sourire parfaitement maîtrisé.

— « C’est normal. »

À ce moment-là, le téléphone posé sur ses genoux vibra, il jeta un coup d’œil ; dans la précipitation, Luo Wenzhou avait répondu en deux mots :

— « Ma mère. »

Dans le vent glacial du début d’hiver, Fei Du sentit une fine sueur froide lui parcourir le dos.

— « Au revoir, tante. Prenez soin de vous. »

Mu Xiaoqing soupira :

— « Ah, je n’ai été une jeune demoiselle que pendant une demi-heure, et me voilà redevenue une tante. »

Avec un effort considérable, Fei Du conserva une expression imperturbable. Il répondit avec élégance, presque timidement :

— « C’est que… Vous êtes vraiment très jeune. Je me suis trompé au début. Je suis vraiment désolé… »

Mu Xiaoqing n’avait retenu que la première moitié de la phrase et ignora joyeusement les excuses sincères.

— « J’adore discuter avec toi. Ça faisait des années qu’un beau jeune homme ne m’avait pas offert de fleurs. J’imagine que même Luo Wenzhou ne l’a jamais fait ? »

Les yeux de Fei Du s’écarquillèrent instantanément. Attends… qu’est-ce qu’elle voulait dire par « même Luo Wenzhou » ?

Cette phrase semblait chargée d’un sens très profond.

Mais avant qu’il n’ait le temps de réagir, Mu Xiaoqing enchaîna avec un coup encore plus fatal :

— « Haha, je vais rentrer les montrer à mon mari. »

Puis, tenant son bouquet, elle s’éloigna d’un pas léger, totalement insouciante.

Fei Du resta figé, sans un mot. S’il avait été un peu plus mobile, il se serait probablement agenouillé sur place.

Pendant une pause entre deux réunions, Luo Wenzhou se souvint du message de Fei Du et s’étonna que Tao Ran ne lui ait pas expliqué clairement la situation. Un peu inquiet que Mu Xiaoqing n’ait laissé échapper quelques absurdités, il le rappela.

— « Qu’est-ce qu’il y a ? »

D’une voix légèrement étrange, Fei Du répondit :

— « Rien. Je t’aime, shixiong. »

Luo Wenzhou savait parfaitement que dans sa bouche, « je t’aime » équivalait plus ou moins à « t’as mangé ? », mais il n’en heurta pas moins une fontaine à eau dans le couloir.

Ce soir-là, il reçut un bouquet de roses franc et passionné. Le parfum sucré lui monta au nez, et pendant un instant, il se demanda si Fei Du n’avait pas fait quelque chose qui le décevrait. Mais en repensant à son état, il se dit que même s’il avait voulu faire quoi que ce soit, ça aurait relevé du « l’esprit est volontaire mais la chair est faible » et il se calma aussitôt. De bonne humeur, il rapporta les fleurs chez lui et les installa dans son bureau. Quand Luo Yiguo vint enquêter, il le chassa sans pitié, ferma la porte et se mit à siffler gaiement.

Madame Mu Xiaoqing détenait désormais des moyens de pression inavouables sur eux deux, mais leur coexistence quotidienne, chacun avec ses petits secrets, devint paradoxalement bien plus harmonieuse qu’auparavant.

Finalement, après plus d’un mois, lors de la première neige du cœur de l’hiver, Luo Wenzhou ne boitait plus, et Fei Du était suffisamment remis pour sortir de l’hôpital.

Le chauffage dans la voiture était trop fort, le président tout juste libéré s’assoupit sans s’en rendre compte. Quand Luo Wenzhou le réveilla en le touchant, il ouvrit les yeux et regarda autour de lui ; les lieux ne lui étaient absolument pas familiers.

— « On est à cinq minutes de chez moi », dit le conducteur. « Réveille-toi, sinon tu vas prendre froid. »

Fei Du répéta doucement :

— « Chez toi ? »

Luo Wenzhou, imperturbable, garda les yeux fixés sur la route et adopta une expression parfaitement « naturelle ».

— « Oui. J’ai préparé tout ce qu’il faut au quotidien. Je te dépose, tu regardes ce qui manque et tu me fais une liste. »

Fei Du, comprenant peut-être de travers, accepta silencieusement cet arrangement, se léchant inconsciemment les lèvres.

Il était déjà venu deux fois chez Luo Wenzhou. L’appartement faisait une centaine de mètres carrés, avec en prime un sous-sol. Un peu grand pour un célibataire, mais parfait pour qu’un chat s’y défoule à loisir.

Le chauffage était bien réglé, et une odeur de viande mijotée s’échappait de la cuisine pour les accueillir ; une odeur de foyer qui enveloppait sans compromis ceux qui revenaient du froid et de la neige, comme pour les faire fondre.

Le camarade Luo Yiguo ne présentant pas une intégrité révolutionnaire suffisante pour inspirer confiance, et qu’un poulet cuisait dans la cuisine, Luo Wenzhou l’avait enfermé dans la salle de bain avant de partir. Cette décision avait plongé le chat dans une rage noire et, en entendant la porte d’entrée, il redoubla d’acharnement, griffant celle qui l’emprisonnait et miaulant furieusement. Dès que celle-ci s’ouvrit, il se prépara à bondir pour lacérer le visage de son distributeur de litière. Mais avant de passer à l’acte, il capta une odeur étrangère. S’arrêtant à deux mètres des pieds de l’intrus, il ouvrit de grands yeux ronds puis, terrorisé, fit demi-tour et retourna se cacher dans sa prison provisoire, silencieusement.

Fei Du avait l’effet d’un talisman domestique. Dès son arrivée, plus besoin de surveiller le chat pour éviter qu’il saute sur la table. Pour une fois, Luo Wenzhou put manger sans rester constamment sur ses gardes ; le calme était tel qu’il en était presque ému.

Il fut encore plus touché de constater que son invité ne faisait absolument pas d’histoires. Non seulement il ne protesta pas contre le fait qu’il ait décidé de le ramener chez lui sans lui demander son avis, mais en plus il se montrait d’une humeur étonnamment agréable. Quoi qu’on lui dise, il répondait toujours « d’accord ». Réprimant temporairement son côté difficile, il ne se montrait pas du tout exigeant vis-à-vis des affaires qu’il avait préparées pour lui.

Évidemment, à la tombée de la nuit, Luo Wenzhou comprit qu’il s’était réjoui un peu trop vite.

 

 

 

 

 


Et c'est partie pour la nouvelle enquête ! Et on démarre aussi le premier BL japonais du site, dans un tout autre style.  

 

 

 

 

 

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