Silent Reading : Chapitre 90 - Verhovensky I
Luo Wenzhou, en temps normal, dormait dans la chambre d’amis parce qu’elle était la plus proche de la porte d’entrée, tout comme sa salle de bain, ce qui lui permettait, même en se levant tard, d’accomplir en deux minutes chrono toute sa routine : enlever les poils de chat de son visage, s’habiller et se laver.
Donc, lorsqu’il utilisa la chambre principale comme chambre d’amis et apporta une literie propre pour l’installer à l’intention de Fei Du, celui-ci se fit manifestement de fausses idées.
Luo Wenzhou n’avait même pas encore fini de se redresser qu’un parfum familier de Mu Xiang monta derrière lui. Puis il fut enlacé par derrière, une main particulièrement mal élevée s’enroulant autour de sa taille, tandis que l’autre effleurait son cou avant de venir se poser contre ses lèvres. Un souffle chaud vint frôler son oreille qui se mit à bourdonner. Son corps n’attendit aucun ordre ; sans autorisation, il était déjà à moitié en feu. Il attrapa le poignet de Fei Du, trouvant sa propre paume brûlante au point d’en être honteux.
— « Ne fais pas l’idiot. »
Fei Du avait découvert depuis longtemps que Luo Wenzhou ne résistait pas au Mu Xiang, surtout lorsqu’il n’en restait qu’un léger sillage. Avant de quitter l’hôpital, il avait même demandé à son assistant d’en apporter un flacon. À présent, il ignora complètement cette faible protestation, se laissant docilement saisir le poignet tout en venant lécher sa nuque.
— « Shixiong, tu fais semblant d’être un saint. »
Luo Wenzhou frissonna. Pris de court, il fut poussé derrière les genoux par Fei Du et bascula sur la couette qu’il venait tout juste d’étendre.
Les cheveux fraîchement lavés de Fei Du étaient encore humides ; des gouttelettes s’accumulaient à leurs extrémités, scintillant dans la lumière tamisée de la lampe de chevet, presque éblouissantes. Une perle d’eau se forma soudain, puis glissa. La gorge de Luo Wenzhou se contracta malgré lui.
Avec un sourire ambigu, Fei Du ajouta :
— « Cela dit, j’aime bien ton genre de “faux saint” qui fait entrer le loup dans la bergerie. Tu dois avoir très bon goût. »
— « Descends. »
Comme une tortue à carapace molle, Luo Wenzhou était intérieurement en ébullition mais tenta tout de même de le repousser. Serrant les dents, il lâcha :
— « Tu viens à peine de sortir de l’hôpital et tu cherches déjà la mort ? »
Fei Du, ayant bien vu que la résistance adverse manquait sérieusement de conviction, se laissa pousser sans esquiver et, comme prévu, la force de Luo Wenzhou ne fut pas plus grande que celle de Yiguo : une simple pression. Il ne bougea pas et la main posée sur sa poitrine changea de nature ; ce n’était plus un refus, mais presque une prise d’avantage.
Luo Wenzhou sentait les battements de son cœur. Sachant qu’il s’était arrêté une fois, à sa sortie des soins intensifs, il n’avait pas pu s’empêcher de l’écouter, souhaitant de tout son être qu’il reprenne vie.
… Maintenant qu’il battait à nouveau avec vigueur, il regrettait presque ses prières passées.
Perdu dans ses pensées, il vit Fei Du se rapprocher. Tous ses muscles se tendirent brusquement, et sa respiration se bloqua. Le jeune homme effleura d’abord le coin de ses lèvres, puis, d’une voix légèrement rauque, murmura comme un soupir :
— « Si je cherche la mort… Mourir dans ton lit serait une belle fin. »
Le mot « mourir » modifia immédiatement l’expression de Luo Wenzhou.
— « Arrête de dire… »
Il n’eut pas le temps de terminer « des bêtises », sa bouche fut scellée.
Cette fois, un léger goût de citron se mêlait à leurs lèvres ; le nouveau dentifrice.
Fei Du lui fit une démonstration magistrale de ses talents, le transformant, lui, qui se croyait fermement « maître de lui-même », en une véritable compotée mentale, faisant bouillonner jusqu’au dernier fragment de sa raison. Quand il reprit ses esprits, il répondait déjà au baiser sans pouvoir s’en empêcher. Instinctivement, il pressa le dos de Fei Du ; ses mains échappèrent au contrôle de son cerveau, explorant son corps sous la direction d’un tout autre organe… Jusqu’à ce qu’il touche par inadvertance l’arrière de son épaule.
La douleur fit tressaillir Fei Du qui, fidèle à lui-même, pour atteindre certains objectifs inavouables, encaissa sans émettre un son. Mais Luo Wenzhou reprit immédiatement ses esprits, partagé entre rire et désarroi. Passant soudain à l’action, il se retourna et le plaqua sur la couette d’un mouvement rapide. Avant que Fei Du ne comprenne ce qui se passait, un froid métallique se referma sur son poignet — clic.
Sa main gauche était menottée à la tête de lit.
Calmant son cœur affolé, Luo Wenzhou, le visage sévère, tourna la nuque devenue raide comme de la pierre.
— « Calme-toi. »
Fei Du inclina la tête et secoua légèrement son poignet ; les menottes tintèrent. Il éclata de rire, désinvolte :
— « Tu comptes être aussi intense dès le début ? »
Le goût du « faux saint » était décidément à la hauteur de sa réputation.
Luo Wenzhou leva les yeux au ciel, passa une main dans ses cheveux en bataille, puis se leva. Il secoua la couette, la tira de sous Fei Du et, avec une efficacité redoutable, l’enroula dedans comme dans un cocon. Puis il tapota sa tête.
Cette fois, Fei Du sentit que quelque chose n’allait pas.
Ce n’était pas vraiment la tournure prévue.
Luo Wenzhou, impartial et incorruptible, lui donna quelques tapes à travers la couette.
— « Dors. »
Le Président Fei ne s’était absolument pas attendu à ce que cet Officier Luo, qui parlait de faire encadrer un nu de lui, soit réellement un « saint authentique ». Comme s’il avait croisé une créature mythique en plein centre-ville, il resta figé un moment, regardant incrédule la menotte attachée à la tête de lit.
— « Tu comptes vraiment me faire dormir comme ça ? »
Bien sûr, ce n’était pas dans les projets de Luo Wenzhou qui revint peu après avec un sèche-cheveux, le régla sur puissance maximale et le dirigea vers la tête « sensuellement dégoulinante », soufflant bruyamment ; avec exactement les mêmes gestes que lorsqu’il séchait le pelage de Luo Yiguo après le bain.
En entendant ce bruit familier, celui-ci passa la tête par l’entrebâillement de la porte et, voyant que son humain infligeait ce « traitement anti-félin » à quelqu’un d’autre, il fut instantanément pris d’inquiétude, redoutant d’être le prochain. Il s’éclipsa aussitôt, en silence, sur la pointe des pattes.
Les cheveux dans les yeux, incapable de parler sans en avaler, le Président Fei n’eut d’autre choix que de garder la bouche fermée. Luo Wenzhou exécutait cette tâche avec une efficacité remarquable et, en moins de cinq minutes, il avait réglé sans effort le problème de la précieuse chevelure. Il l’attrapa sans ménagement, puis s’apprêta à éteindre la lampe de chevet.
— « Voilà, c’est mieux. Dors. »
Avec agilité, Fei Du tendit sa main libre et le ramena vers lui.
— « Shixiong, j’ai eu tort. Libère-moi, je te promets que je ne ferai plus de bêtises. »
Luo Wenzhou le regarda sans expression. Dans le salon, la télévision rediffusait un sketch ; une réplique tomba à point nommé à travers l’entrebâillement de la porte :
— « Espèce de renard millénaire, à quels jeux étranges joues-tu ! »
Dans cette situation absurde, sur fond sonore tout aussi absurde, ils se regardèrent un instant, désemparés… puis finirent par trouver la scène ridicule et éclatèrent de rire en même temps.
Fei Du, entre rire et soupir, se laissa retomber contre l’oreiller ; il était très doux, avec une légère odeur sucrée.
Peut-être que Luo Wenzhou y avait mis quelque chose pour favoriser le sommeil, ou peut-être qu’il était simplement épuisé ; à peine sa tête posée, ses paupières commencèrent à s’alourdir. Il leva sa main libre devant la lumière douce de la lampe, à moitié pour se protéger les yeux, et demanda d’une voix vague :
— « Alors pourquoi tu m’as ramené chez toi ? »
Luo Wenzhou resta silencieux un moment, assis au bord du lit.
— « J’ai envie de m’occuper de toi. Je n’ai pas le droit ? »
Fei Du marqua une pause. Ses yeux, sur le point de se fermer, s’ouvrirent à nouveau.
— « Tu ne t’es pas déjà occupé de moi ces deux derniers mois ? »
Luo Wenzhou se tourna, posa les coudes sur ses genoux et soutint son visage dans ses mains, le regard fixé sur lui.
— « Tu crois que je me suis occupé de toi parce que tu t’es pris une bombe à ma place ? »
Avant que Fei Du ne puisse répondre, Luo Wenzhou lui donna une tape à travers la couette.
— « Espèce d’imbécile. »
Fei Du bougea légèrement, faisant tinter la menotte accrochée à la tête de lit. Avec ses cheveux ébouriffés, gonflés et adoucis par le sèche-cheveux, il le regarda, un peu perdu, sans savoir lequel des deux était l’imbécile.
Soudain, Luo Wenzhou sembla se souvenir de quelque chose.
— « Quand on allait arrêter Zheng Kaifeng, dans la voiture, la question personnelle que tu voulais me poser, c’était quoi ? »
Fei Du réfléchit un moment, abaissa sa main et se couvrit complètement les yeux.
— « Je l’ai oubliée à l’hôpital. Tu veux que j’en trouve une autre ? Par exemple… Quelle est ta position préférée ? »
— « Ce n’est pas ça que tu voulais demander à ce moment-là », répondit Luo Wenzhou avec assurance.
Puis, alors que Fei Du pensait qu’il allait esquiver la question, il répondit sérieusement :
— « J’aime bien quand on peut voir le visage de son partenaire. Ce genre de question, tu peux en connaître la réponse immédiatement, ça n’a aucune valeur. Président Fei, tu es aussi peu malin quand tu fais des affaires ? Comment ça se fait que ton entreprise n’ait pas encore fait faillite ? Je te donne une autre chance de négocier, d’accord ? »
Face à cette négociation imposée par le Capitaine Luo, Fei Du ne répondit ni oui ni non. Il resta silencieux un moment sous la lumière tamisée.
— « Xu Wenchao… Celui qui a enlevé et tué ces enfants. Le terrain où il se débarrassait des corps appartenait à une société de projet sous la bannière du Fonds Guangyao. À cause de formalités incomplètes, le projet a été repoussé sans cesse, et ce terrain inutilisé est devenu un lieu d’inhumation sûr, ça, tu le savais déjà. Je vais te dire quelque chose que tu ne sais pas. Le plan de ce projet est passé entre les mains de Fei Chengyu pour qu’il y investisse. Il a refusé, en disant qu’il n’y avait pas de modèle de profit mature. »
Fei Chengyu, Président Fei senior, fondateur du groupe.
Dit ainsi, « pas de modèle de profit mature » n’avait rien d’étrange, mais dans la voix de Fei Du, Luo Wenzhou entendit quelque chose de profondément inquiétant. Il se redressa instinctivement.
— « Ton père avait des liens avec le Fonds Guangyao ? »
—
« C’étaient des partenaires très proches, autrefois. » Fei Du leva deux
doigts, indiquant qu’il s’agissait de sa deuxième question. « J’ai
enquêté après avoir repris l’entreprise. Avant, il versait beaucoup
d’argent à une fondation caritative sous Guangyao. Au début, la gestion
était chaotique, les comptes difficiles à retracer. Mais d’après les
documents restants, ce fonds existe depuis longtemps, et presque aucun
des projets qu’ils ont menés ensemble n’a jamais rapporté d’argent. »
Le coin de l’œil de Luo Wenzhou tressaillit.
— « Je connais Fei Chengyu. Il était cupide, rusé et insensible », poursuivit Fei Du lentement, chaque mot semblant peser lourd. « Certains projets étaient manifestement absurdes rien qu’en lisant leur nom. Je ne crois pas qu’il ait pu se faire avoir encore et encore. »
Luo Wenzhou réfléchit en silence.
— « Tu as autre chose ? »
— « Non. » Fei Du haussa les épaules. « Tu crois que c’est facile pour un jeune maître
de s’imposer dans un conglomérat aussi embrouillé ? Il m’a fallu
presque deux ans pour accéder aux documents confidentiels essentiels. »
Éliminant, ouvertement ou non, tous les obstacles.
Fei Du ravala cette dernière phrase et, feignant la légèreté, se redressa à moitié contre la tête de lit.
— « À mon tour. Est-ce que tu… »
Luo Wenzhou posa la main sur ses lèvres.
— « Tu veux y réfléchir ? Ne gâche pas une autre occasion. Si tu ne t’en souviens vraiment pas, je peux te répéter toute la conversation qu’on a eue dans la voiture ce jour-là. »
Fei Du resta silencieux longtemps. Son regard, d’ordinaire frivole, devint calme.
— « C’est la première fois que je rencontre quelqu’un aussi acharné à répondre aux questions », dit-il finalement calmement.
Luo Wenzhou ne le lâcha pas du regard.
Il avait senti que cette demande d’échange, affaires personnelles contre informations, n’était pas entièrement une plaisanterie. Fei Du avait réellement voulu poser une question… avant de se raviser. Le camion de Zheng Kaifeng était arrivé à ce moment-là, lui offrant une échappatoire. S’il avait simplement voulu faire une plaisanterie un peu osée, il aurait pu la lancer plus tard. Ce n’était pas une question de manque de temps.
Les lèvres de Fei Du se crispèrent légèrement.
Après un moment, Luo Wenzhou soupira, la voix plus basse :
— « Très bien. Tu peux me le dire demain… »
— « Je voulais demander… »
Fei Du commença précipitamment, puis s’arrêta en cours de phrase, esquissant un sourire.
—
« C’est une question stupide. Si tu n’avais pas insisté, je l’aurais
oubliée. Tu avais dit que tu n’étais pas du genre à avouer tes
sentiments puis à suspecter la personne ensuite. Alors je voulais te
demander quand est-ce que tu as fait ta déclaration et pourquoi je ne
suis pas au courant ? »
— « Tu n’es pas au courant ? » Luo Wenzhou
haussa les sourcils. « Je ne pense pas avoir été très discret. Toi qui
es si doué pour lire entre les lignes, comment peux-tu dire que tu ne
sais pas ? Tu ne comprends vraiment pas, ou tu fais semblant ? »
Il soupira et lui caressa le menton.
— « Tu vas aussi dire que tu ne comprends pas pourquoi ma mère est venue t’apporter à manger, pas vrai ? »
Fei Du ne dit rien et il lui releva le menton.
— « Et aujourd’hui, tu es venu ici avec l’idée de coucher avec moi. Tu ne comptais pas rester longtemps, n’est-ce pas ? »
Fei Du resta une fois de plus sans voix. C’était lui qui avait commencé, lui qui avait provoqué, lui qui avait franchi les limites. Mais maintenant qu’il était réellement pris au piège, il était perdu et son premier réflexe était de fuir.
Sauf qu’au fond, il ne voulait pas fuir.
Ces deux impulsions s’entrechoquaient, le laissant paralysé.
Luo Wenzhou rit doucement, lui coupant toute retraite.
— « Tu peux rêver. »
Puis il revint avec une couette, la jeta à côté de Fei Du, entoura la menotte de coton pour éviter qu’elle ne blesse, et éteignit la lampe.
— « Si tu veux aller aux toilettes cette nuit, réveille-moi, je te l’enlèverai. Dors. »
Wenzhou, il perd la tête à chaque fois que Fei Du l'allume et pourtant dès que ce vilain chaton montre le moindre signe d'inconfort, hop il arrive à retrouver immédiatement son self-contrôle ! 🥺Puis il comprend de mieux en mieux Fei Du et n'est pas décidé à le laisser fuir ! 😭 Ah c'est tellement un green flag ! 🥰
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