Silent Reading : Chapitre 34 - Humbert Humbert II

 

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蝶爹不休
 

 

J'ai oublié un petit bout de la fin du chapitre 33 (si vous n'avez pas lu la partie panne d'ascenseur) la dernière fois. Je ne sais pas trop comment j'ai fait pour ne pas m'en rendre compte, mais c'est arrangé. Désolée.  

 

 

 

 

Le réparateur prit tout son temps et arriva en bâillant à s’en décrocher la mâchoire.

À le voir, il semblait très improbable que l’ascenseur fonctionne dans l’immédiat et les gens qui attendaient, finissant peu à peu par perdre patience, s’en allèrent.

La machine à café pesait 12 kilos net, mais avec l’emballage, on frôlait les 30 kilos, ce qui faisait une charge importante. Cela dit, même si Fei Du négligeait l’exercice, il restait un jeune homme dans la force de l’âge, parfaitement capable de se débrouiller quand il le fallait. Monter vingt ou trente kilos par les escaliers n’était pas vraiment un problème. Le vrai problème, c’était comment les monter. La boîte en carton cubique était sans doute l’une des inventions les plus inhumaines qui soient. Qu’il la porte sur le dos, dans les bras ou sur l’épaule, le résultat serait tout aussi disgracieux. Il envisagea plusieurs positions, sans en trouver une seule compatible avec son sens esthétique.

Mais même si sa chemise devait y passer, il fallait bien assumer le fardeau qu’il s’était lui-même offert.

Fixant la boîte avec résignation, il décida d’aller jusqu’au bout, coûte que coûte, et la hissa sur son épaule immaculée ; heureusement, il n’y avait autour que quelques vieux retraités au langage fleuri et des chiens errants un peu miteux.

Alors qu’il se dirigeait, fataliste, vers la cage d’escalier, une voix s’éleva soudain derrière lui.

— « Vous montez jusqu’à quel étage ? Vous voulez un coup de main ? »

Fei Du tourna la tête et vit une grande beauté et une petite beauté.

La grande beauté avait une vingtaine d’années et ressemblait à une actrice bien connue, très agréable à regarder. Elle tenait par la main une fillette d’environ dix ans, dans une jolie robe à fleurs, aux cheveux coiffés comme ceux d’une princesse qui, tout en léchant lentement sa glace, l’observait avec curiosité.

En moins d’une demi-seconde, Fei Du prit sa décision. Reposant la boîte, il adopta instantanément une posture théâtrale d’une élégance flottante, puis hocha la tête en souriant.

— « Je bouche le passage ? Je suis vraiment désolé. »
— « Oh non, ça va. Je n’allais pas dans cette direction, répondit la grande beauté. C’est juste que je vous ai vu porter quelque chose qui avait l’air assez lourd. »

Elle hésita, puis jeta un regard vers l’ascenseur.

— « Il fait tellement chaud, et l’ascenseur est tombé en panne comme ça… La gestion de l’immeuble, vraiment… Et si vous attendiez un peu ? Il sera peut-être réparé bientôt. »

Le célèbre Président Fei, playboy notoire, n’aurait pas pu rêver mieux. Il oublia joyeusement l’heure, laissa la petite fille s’asseoir sur sa boîte, et, debout dans le couloir aux murs défraîchis, entama la conversation avec la grande beauté.

— « Monter les escaliers ne prend même pas cinq minutes. »

En regardant son supérieur et ami servir un curry de poulet aux parfums exotiques, Tao Ran consulta sa montre.

— « Pourquoi il n’est pas encore là ? »

Luo Wenzhou donnait des ordres à ses subalternes pour dresser la table ; il souleva le couvercle d’une cocotte où mijotaient lentement des jarrets de porc.

— « Aucune idée. Peut-être qu’il a pris racine en bas et commencé à bourgeonner. »

Prélevant une demi-cuillère de bouillon, il le goûta avec précaution : c’était bon, mais il manquait encore quelque chose.

— « T’as du sucre cristal ? »
— « Non », répondit Tao Ran en changeant de chaussures. « Je descends voir ce qu’il fabrique et j’en achèterai au passage. Tu veux quel type ? »

Luo Wenzhou fronça les sourcils.

— « Il a même besoin qu’on vienne le chercher pour monter des escaliers. Quel jeune maître pourri gâté ! »

Tao Ran sourit avec indulgence. Mais à peine eut-il franchi la porte qu’il vit son capitaine, grimaçant, lui emboîter le pas.

— « … Tu fais quoi ? » demanda-t-il, intrigué.
— « Je vais acheter du sucre cristallisé, répondit Luo Wenzhou. Tu ne saurais pas lequel prendre. »

Tao Ran discerna sous son expression exagérément nonchalante son désir de dissimuler autre chose.

— « Qu’est-ce que tu regardes ? » lança son ami.

Il réfléchit un instant.

— « Tu sembles t’entendre beaucoup mieux avec Xiao-Fei, ces derniers temps ? »

Les pas de Luo Wenzhou marquèrent un arrêt. Puis, rejetant ses chaussons d’un geste théâtral, il agita la main avec superbe.

— « Qui s’entend bien avec lui ? J’ai mieux à faire que de m’occuper de ce type sans vergogne. »

Au milieu des coups furieux du réparateur, le « type sans vergogne » déployait librement son charme auprès d’une jeune femme séduisante.

Imprégné d'une forte odeur de curry, Luo Wenzhou, encore dans la cage d'escalier, était déjà exaspéré par la vue de ce fléau bourgeois. Il ne supportait pas le comportement de Fei Du qui, à ses yeux, ne faisait rien d’utile du matin au soir ; s’il ne flirtait pas, il provoquait. Heureusement que sa famille avait de l’argent, autrement, il n’aurait jamais trouvé de quoi subvenir à ses besoins.

S’approchant, une pique moqueuse prête à jaillir de ses lèvres — Tes jambes servent juste à brasser de l’air ? Tu vas mourir d’épuisement en montant des escaliers ? — il entendit soudain Tao Ran, derrière lui, inspirer brusquement et presque se mettre au garde-à-vous.

D’une voix légèrement tremblante, il dit :

— « Chang… euh, Chang Ning ? »

La grande beauté se retourna aussitôt. Elle fixa d’abord l’adjoint, puis sourit.

— « Oh, Tao Ran. Qu’est-ce que tu fais ici ? »

Fei Du et Luo Wenzhou s’arrêtèrent net, sans s’être concertés. Leurs regards firent des allers-retours entre les deux, flairant instinctivement quelque chose d’inhabituel dans la façon dont ils s’étaient appelés par leur prénom.

Les oreilles de Tao Ran rougirent jusqu’à la racine. En un instant, il oublia ciel et terre, oublia ses membres et ses frères d’armes. Ses mains et ses pieds, agités, se figèrent dans une posture maladroite. Il se plaça devant la fillette comme à moitié paralysé et balbutia :

— « Je… je vais habiter ici. Je viens juste… juste d’emménager. Pourquoi… pourquoi est-ce que tu… »
— « Vraiment ? J’habite ici aussi ! » sourit Chang Ning, révélant deux petites fossettes. « On était vraiment destinés à se recroiser ! Tu vois, je ne t’avais pas menti, la résidence est vraiment juste à côté du métro, c’est très pratique. »

D’abord, les mots destinés à se recroiser donnèrent le vertige à Tao Ran. Puis le souvenir du rendez-vous raté le frappa de plein fouet et il se mit aussitôt à bafouiller de manière incohérente, comme s’il cherchait un trou où se cacher.

— « Oui… euh, non, enfin… je suis vraiment désolé, la dernière fois je ne t’ai pas raccompagnée… »

À ce stade, le Capitaine Luo et le Président Fei, complètement oubliés, avaient déjà compris l’identité de la jeune femme.

Savoir, c’était une chose, le voir de leurs propres yeux, c’en était une autre.

Ils échangèrent inconsciemment un regard, aux pensées et aux émotions complexes. Il n’y avait pas plus hétéro que1 la personne pour laquelle ils s’étaient longtemps disputés et à présent, cette même personne, face à la partenaire de ses rêves, était en pleine crise de stupidité hétérosexuelle aiguë. Les deux rivaux, invités spécialement pour l'occasion, se tenaient côte à côte, observant la scène, avec entre eux un petit électroménager à l’air tragiquement déplacé.

À l’extérieur, les arbres verts projetaient une ombre luxuriante, la chaleur estivale accablait les lieux, et le chant des cigales résonnait sans fin.

Cette scène pouvait se résumer ainsi : deux rivaux contemplant un saule verdoyant, envoyés au ciel à coups de gourdin en bois.

Seule la petite fille assise sur la boîte en carton n’en fut nullement affectée. Elle termina sa glace et tendit une petite patte vers Fei Du.

— « Dagege2, tu as un mouchoir ? »

Trois minutes plus tard, Tao Ran parvint enfin à inviter la partenaire de ses rêves à venir lui rendre visite.

Chang Ning hésita légèrement, puis hocha la tête.

Ayant l’impression d’avoir franchi l’étape suivante, le vice-capitaine Tao, fou de joie, en oublia presque où était le nord et complètement les deux autres, montant les escaliers en guidant Chang Ning avec empressement.

Les deux hommes laissés derrière, cruellement rappelés à la réalité, se regardèrent avec impuissance.

— « Je sais pas trop ce que je dois ressentir », dit Luo Wenzhou.

Fei Du détourna le regard et, avec un maintien très présidentiel, désigna la boîte à côté de lui d’un coup de menton, indiquant au « subordonné » arrivé en retard de la porter. Lui-même glissa les mains dans ses poches et s’éloigna tranquillement.

Le Capitaine Luo, une nouvelle fois soufflé par l’audace du jeune maître, songea pourtant que quelque chose semblait différent.

Il avait peut-être tort, mais il avait l’impression que Fei Du se comportait avec lui de manière de plus en plus familière.

Finalement, il souleva la machine à café sans se plaindre. Mais si son corps obéit, sa bouche se rebella.

— « Tu ne peux même pas porter un truc aussi léger ? Tu ne serais pas impotent 3, jeune homme ? »

À ces mots, Fei Du se retourna, plusieurs marches au-dessus, le regardant de haut.

— « Quoi, tu veux me tester ? »

Luo Wenzhou ravala le reste de ses plaisanteries, pris de court.

Peut-être était-il affecté par la scène précédente et avait-il besoin de changer de cible. Quoi qu’il en soit, Fei Du trouva soudain son expression “sans voix” assez amusante.

Il le détailla et une envie taquine lui chatouilla le cœur.

Plongeant son regard dans le sien tandis que dans ses iris légèrement clairs, l’image rétrécie de Luo Wenzhou se reflétait distinctement, il s’approcha. Par réflexe, l’autre recula d’un pas, posant le pied sur la marche en contrebas. Fei Du rit doucement sans rien dire, se contentant de tendre un doigt pour tapoter légèrement la boîte en carton de la machine à café ; deux petits coups qui semblèrent résonner directement au creux de l’estomac du capitaine, indiciblement équivoques, outrageusement ambigus.

Un léger courant électrique remonta le long de la colonne vertébrale de Luo Wenzhou, faisant perler une fine couche de sueur tiède. Pendant ce temps, le principal fauteur de troubles, ayant terminé sa provocation, avait déjà rentré ses mains dans ses manches et montait tranquillement les escaliers.

Luo Wenzhou pesta intérieurement.

Connard.

Tao Ran et Luo Wenzhou avaient ramené une déesse et un président autoritaire « impotent », mais une certaine personne ayant oublié d’acheter du sucre cristal ; les jarrets de porc durent donc être préparés avec du sucre ordinaire.

La « déesse », Chang Ning, était une employée de bureau récemment mutée à la branche de Yancheng de son entreprise. Célibataire, elle logeait temporairement chez sa tante qui, n’étant pas à la maison, lui avait confié la petite Chenchen, sa fille.

Dès l’arrivée des nouvelles invitées, les jeunes gens affalés dans le salon de Tao Ran s’embrasèrent aussitôt. Certains jouaient avec l’enfant, d’autres se moquaient de leur hôte dont le visage et les oreilles virèrent au rouge sous ces railleries.

Désireux d'échapper au désastre, il eut soudain une idée.

Pointant Lang Qiao du doigt, il dit :

— « Au fait, tu n’avais pas apporté la bannière en soie ? Il est là maintenant, dépêche-toi de la présenter. »

Rappelée à l’ordre, Lang Qiao fila immédiatement vers l’entrée, brandit à deux mains une bannière d’un rouge vif, la déroula d’un coup, et tout le salon fut instantanément inondé par son éclat agressif.

Fei Du ne dit rien, mais avec le plus grand sérieux, elle lui remit la bannière, puis sortit un certificat de mérite doré et rouge.

— « Camarade Fei Du, le Directeur Lu a dit que je devais vous remettre ceci et laisser le Capitaine Luo dire quelques mots à sa place. Une fois l’affaire Wang Hongliang totalement réglée, il organisera lui-même une cérémonie de félicitations. Capitaine Luo, tu veux parler ou je m’en charge ? »

Luo Wenzhou, plongé en pleine bataille culinaire, n’avait aucune disponibilité mentale à accorder à cela. Au milieu du brouhaha de la cuisine, il cria :

— « Qu’est-ce que t’as dit ? Tao Ran, pourquoi la hotte ne marche plus ? Tu as une coupure de courant ? »

Fei Du, craignant que la policière ne lui assène un long discours sur les « valeurs fondamentales », se dépêcha de battre en retraite en prétextant le disjoncteur.

— « Je vais aller voir. »

Lang Qiao, frustrée, cligna des yeux.

— « Les présidents autoritaires savent faire ce genre de choses ? »

Quand il était adolescent, Fei Du traînait souvent dans l’appartement en location de Tao Ran, entouré d’une collection d’appareils électroménagers d’occasion à l’agonie.

L’inspecteur vivait de manière simple et frugale, ne jetant jamais rien qui pouvait encore être réparé, et refusant catégoriquement que l’adolescent lui achète quoi que ce soit de neuf. À force, pour lui, Fei Du avait fini par maîtriser toutes les compétences d’un réparateur.

Le système électrique de l’ancien immeuble n’avait jamais été modernisé ; dès l’ouverture du boîtier électrique, une légère odeur de brûlé s’en échappa ; un des vieux fusibles avait sauté. Tao Ran, venant tout juste d’emménager, n’avait évidemment rien prévu et Fei Du dut donc descendre chercher un magasin de bricolage.

Alors qu’il s’apprêtait à sortir, il fut arrêté par la cousine de Chang Ning, Chenchen.

— « Dagege, j’ai oublié d’acheter un cahier de devoirs tout à l’heure. Je peux venir avec toi ? »

Emmenant la petite fille avec lui, Fei Du acheta tout ce dont il avait besoin, ainsi que deux choux à la crème dans une petite boutique de rue, puis s’assit sur un banc en pierre de la résidence et partagea les pâtisseries avec Chenchen.

— « Les adultes sont trop bruyants », commenta celle-ci d’un ton faussement mature. « Attendons un peu avant de remonter. »

Fei Du s’apprêtait à plaisanter avec elle quand il ressentit soudain une étrange impression de malaise, l’intuition diffuse d’être observé.

Sans raison apparente, il eut la certitude qu’on les espionnait.

 

 

 

 


Ça y 'est Fei Du va commencer à flirter.... 

 

 

 

  1. L’expression de base est “straight as Sun Wukong’s staff” : Un calque linguistique et culturel direct (droit comme le bâton de Sun Wukong) qui fait référence au Ruyi Jingu Bang (le Bâton doré qui obéit au cœur), l’arme légendaire du Roi Singe, Sun Wukong, dans le classique chinois La Pérégrination vers l’Ouest. Ce bâton magique est célèbre pour son pouvoir de changer de taille à volonté, passant d’une minuscule aiguille dissimulée dans l’oreille du Singe à une colonne gigantesque capable de toucher le ciel. Dans l’humour et les références populaires chinoises, cette image est souvent utilisée de façon métaphorique pour évoquer quelque chose de rigide, de démesurément long ou d’encombrant. Le sous-texte humoristique, voire grivois, est également très présent selon le contexte, jouant sur la forme phallique et extensible de l’arme. Dans le jeu de mots de l’anglais « straight », signifie à la fois « droit » (comme le bâton) et « hétérosexuel ». Ce double sens n’existe pas en français.

  2. Dà gége (大哥哥) : Littéralement, « Grand grand-frère ». La redondance n'est pas une erreur, mais une intensification affective. Ce terme est typiquement utilisé par un enfant ou par quelqu'un adoptant un registre délibérément enfantin, naïf ou câlin. Il évoque l'image d'un grand frère protecteur, rassurant et admirable, presque comme un super-héros aux yeux d'un petit. Il est moins hiérarchique que « Dàgē » et plus chaleureux et innocent que « Gēge »

  3. Terme de base "une faiblesse rénale" : Traduction volontairement littérale d’un concept de la médecine traditionnelle chinoise. La « déficience rénale » (shèn xū) n’a rien à voir avec une maladie rénale au sens occidental : elle renvoie à une baisse du Yang, souvent associée de façon populaire à une activité sexuelle excessive. Employé ici comme euphémisme grivois, pas comme diagnostic médical. Comme ça ne faisait pas fluide en français, j'ai opté pour que Wenzhou le taquine sur son "impotence"

 

 

 

 


 

 

 

 

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