Silent Reading : Chapitre 19 - Julien XIX

 

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 Comme c'est les fêtes, j'ai décidé de poster les chapitres 17, 18 et 19 aujourd'hui. 

 

 

 

Luo Wenzhou fut aussi abasourdi que les voyous par l’atterrissage quasi divin de Fei Du. Mais la situation était critique, et il ne perdit pas une seconde. Repoussant Wu Xuechun dans la voiture, il se jeta à son tour sur le siège passager. Il n’avait même pas eu le temps de s’asseoir que les vitres se relevèrent d’elles-mêmes et que la voiture bondit en avant dans un hurlement de moteur.

Il fut plaqué contre le dossier.

— « Ton humeur est instable… Hé ! »

Fei Du ne tourna pas la tête, mais l’odeur du sang flottait, persistante, insupportable.

La petite sportive filait déjà à une vitesse vertigineuse. À côté, ce blessé dégoulinant n’arrangeait rien, causant vertige sur vertige. Le moment de gloire du Président Fei s’évapora aussitôt et la voiture fonça droit vers un poteau électrique.

La voix de Luo Wenzhou monta d’un cran, et les veines de Fei Du saillirent sur ses tempes. Dans cette crise extrême, il fit un écart brusque, évitant de justesse la catastrophe. Rescapés de ce péril, ils n’eurent pas le temps de souffler, la voiture sauta sur le trottoir avant de retomber lourdement.

Luo Wenzhou boucla sa ceinture à toute vitesse. Il avait l’impression de quitter l’antre du dragon pour tomber dans la gueule du tigre. Après avoir échappé aux lames des malfrats, il allait mourir entre les mains de ce conducteur suicidaire.

— « Ta conduite est beaucoup trop… excentrique ! » hurla-t-il.

Fei Du n’osait même pas respirer : s’il inspirait trop fort, l’odeur du sang l’emplirait tout entier.

— « Qui t’a dit de t’asseoir devant ! Je vais vomir ! »

Le Capitaine Luo en resta bouche bée.

Avoir la nausée devant un jeune homme aussi séduisant ? Qu’est-ce qui clochait chez lui ?

Fei Du transpirait à grosses gouttes. Sa vue se brouillait.

Finalement, incapable de garder son masque impassible, il lâcha un juron sous la pression de Luo Wenzhou :

— « Le sang me donne envie de vomir, couvre-toi, bordel ! »

Luo Wenzhou resta figé. Il avait toujours cru que le fameux "le sang me rend malade" n’était qu’une blague. Enfant, Fei Du n’avait jamais eu ce problème, il s’en souvenait très bien.

À ce moment-là, Wu Xuechun lui tendit une veste balancée sur la banquette arrière. Luo Wenzhou la secoua et s’en couvrit.

— « Tsk… et moi qui ai le mal des transports. Que… Merde, ces types sont complètement cinglés ! »

Il voulait demander : « Qu’est-ce que tu fiches ici ? » mais, en jetant un œil au rétroviseur, il aperçut les motos lancées à leur poursuite.

Même si ce n’était pas en plein jour, ils roulaient toujours en ville, dans un pays régi par des lois. C’était d’un culot insensé.

Le Capitaine Huang et les autres n’avaient pas prévu qu’une foule entière serait incapable de retenir Luo Wenzhou sur leur propre territoire. Mais une fois la flèche décochée, impossible de revenir en arrière ; il ne leur restait plus qu’à foncer, coûte que coûte, avec la rage au ventre.

Il suffit de trois pas, parfois, pour qu’un "citoyen ordinaire" bascule de l’acceptation résignée à la criminalité désespérée.

En théorie, une voiture de sport de haut niveau n’aurait jamais dû être encerclée par une bande de motards. Mais la réalité des routes joue toujours son rôle. Surtout dans le dédale du Marché aux Fleurs Ouest, avec ses artères étroites, sinueuses, et ses obstacles innombrables. Dans certains passages, même une fusée n’aurait pas pu rattraper un simple scooter électrique habitué aux lieux.

Fei Du ne connaissait pas le secteur, n’avait pas eu le temps d’allumer le GPS, et la nuit était déjà tombée. Il ne pouvait compter que sur son instinct. Avec, à côté de lui, un perturbateur prêt à le faire dérailler à tout moment.

La route devant eux n’était qu’un piège à ciel ouvert.

Les mains et les pieds glacés, le cœur battant à contretemps, l’estomac au bord de la révolte, Fei Du s’agrippait au volant, les jointures blanchies. Il serra les dents :

— « Dis-moi que tu n’es pas venu seul. »

Sans doute à cause de la perte de sang, Luo Wenzhou commençait lui aussi à se sentir mal. Pour ménager le conducteur au bord de la crise, il répondit aussitôt :

— « Je ne suis pas venu seul, j’ai du renfort… Tu veux qu’on te rembourse la voiture ? »

À ce moment-là, Wu Xuechun poussa un cri : une moto venait de surgir.

Le motard frappa la vitre conducteur avec une chaîne en fer. Le verre tint, mais se craquela en une toile d’araignée.

Luo Wenzhou, excédé, s’écria :

— « Ta caisse tape-à-l’œil est foutrement inutile. T’as du fric, pourquoi pas une blindée ? »

Fei Du jeta un coup d'œil au rétroviseur, tourna sec et envoya le motard vers le trottoir. L’homme ne réagit pas assez vite et sa roue avant se déporta sur le trottoir. Il lutta pour rester en selle, mais finit par s'envoler avec sa moto.

— « Je ne dirige pas le pays. Pourquoi quelqu’un me tirerait dessus ? »

Comme si l'un d'eux portait malheur, un craquement éclata à la vitre arrière. Les poils de la nuque de Luo Wenzhou se hérissèrent. Il réagit aussitôt :

— « Ces salauds tirent ! Baisse-toi, gamine ! »

Wu Xuechun n’eut pas besoin d’un deuxième avertissement. Elle se recroquevilla, tête couverte.

Une autre moto fonça, son conducteur braquant un pistolet. Le coup partit.

La balle, tirée à l’aveugle, traversa la vitre passager. Luo Wenzhou se jeta en avant, couvrant Fei Du. Le projectile lui effleura l’épaule et se ficha dans le pare-brise.

Fei Du, lui, resta figé. Son cerveau, saturé par l’odeur du sang, menaçait de s’éteindre. Sans réfléchir, sans même sentir, il attrapa un désodorisant et pulvérisa son passager en pleine figure.

Assommé par le parfum, Luo Wenzhou était à deux doigts de saluer son audace suicidaire.

Fei Du repéra soudain une ruelle vide. Il appuya sur l’accélérateur, tourna brutalement et sema le motard armé. Mais aussitôt, il freina net : trois ou quatre motos les attendaient à l’autre bout, formant un piège.

Un grondement monta derrière eux. Pris en étau, attaqués de face et de dos, ils étaient coincés dans la ruelle.

Fei Du balaya la scène du regard, impassible. Son visage fermé avait quelque chose d’effrayant. Il agrippa le levier de vitesses ; le moteur rugit, et la voiture, bête blessée, vibra comme prête à une charge mortelle.

— « Si je les écrase un par un », murmura-t-il, « ce sera considéré comme de la légitime défense excessive ? »

Le vacarme couvrait sa voix. Luo Wenzhou ne vit que ses lèvres bouger, mais il comprit. Son cœur se serra. Instinctivement, il saisit sa main sur le levier.

Elle était froide, dure comme du métal.

À cet instant, des sirènes déchirèrent la nuit. Des éclairs rouges et bleus illuminèrent la ruelle.

Les renforts étaient enfin là.

Avec peine, Luo Wenzhou força Fei Du à lâcher le levier. Le moteur se calma. Dans l’habitacle cabossé, un silence brutal retomba.

Les renforts prirent rapidement le contrôle, arrêtant le groupe de motards, saisissant armes et véhicules.

Lang Qiao accourut, haletante, se cramponna à la portière :

— « Patron, ça va ? J’ai cru que j’allais tourner de l’œil ! »

Luo Wenzhou, moqueur, s’apprêtait à la rembarrer quand Fei Du sortit de la voiture. Il fit quelques pas vers le trottoir et vomit sans un mot.

Tandis que le capitaine donnait ses instructions à Lang Qiao, le Directeur Lu apparut, en personne, et l’envoya directement dans l’ambulance. Pour Luo Wenzhou, ce n’étaient que des égratignures, mais, escorté de force, il s’accrocha à la portière et continua de distribuer ses ordres :

— « Chen Zhen est peut-être encore vivant. Ils n’ont aucune raison de le tuer sur-le-champ. Fouillez l’immeuble pièce par pièce. Et trouvez Ma Xiaowei avant que Wang Hongliang ne soit prévenu. Merde, ils l’ont peut-être déjà… Docteur, attendez, laissez-moi finir ! »

À côté, Fei Du se montrait presque exemplaire. Il n’avait pas une égratignure, mais il avait vomi jusqu'à s'épuiser, vidé par la déshydratation.

La nuit semblait interminable. Chaque seconde pesait.

Le sous-bureau du Marché aux Fleurs était plongé dans le silence. Xiao Haiyang, de garde, serrait un téléphone à s’en blanchir les phalanges. Son partenaire dormait, ronflant doucement.

Évitant soigneusement tout regard, Xiao Haiyang s’approcha de la pièce où Ma Xiaowei était enfermé. L’écran du portable vibrait encore :

« On s’est fait avoir. Préviens le directeur Wang. Sortez Ma Xiaowei, vite ! »

À l’intérieur, Ma Xiaowei dormait, recroquevillé. Son corps tressaillait par instants, secoué de cauchemars. Son visage enfantin, émacié jusqu’à la caricature, avait perdu toute rondeur ; il ressemblait désormais à une petite tête de singe.

Xiao Haiyang entra. Il jeta un regard nerveux derrière lui, puis tendit la main pour attraper l’épaule du garçon.

Ma Xiaowei sursauta, réveillé brutalement. Sa bouche s’ouvrit, prête à crier. D’un geste sec, Xiao Haiyang la couvrit de sa paume.

Les yeux du garçon s’écarquillèrent, remplis d’effroi.

Quand Luo Wenzhou eut terminé à l’hôpital, il se sentait en pleine forme, prêt à rosser une deuxième bande de voyous. Il alla voir Fei Du, allongé, perfusé, les yeux clos, l’air aussi exténué que s’il avait été grièvement blessé.

Il lui donna un petit coup au pied avec le sien :

— « Les autres s’évanouissent à la vue du sang, toi tu réagis comme une femme enceinte ? »

Fei Du gémit :

— « Éloigne-toi. »
— « Je suis tout propre », répliqua Luo Wenzhou en s’asseyant près de lui. « J'ai eu du mal à te faire avaler quelque chose, et tu as tout rendu. »

Impassible, Fei Du répondit :

— « Rien de regrettable là-dedans. »

Luo Wenzhou, songeant à la cantine miteuse du Central, dut admettre que l’argument tenait debout.

— « Comment tu nous as trouvés ? » demanda-t-il.

Cette fois, Fei Du fit le mort, sans répondre.

Luo Wenzhou lui décocha un autre coup de pied.

— « Tu ne me suivais pas depuis le début ? Qu’est-ce que tu foutais ? »

En temps normal, Fei Du aurait levé un sourcil, l’air de dire : « Voilà encore tes conneries », avant de détourner la tête. Mais là, il se sentait vraiment mal. Son estomac s’était retourné plusieurs fois et lui faisait toujours l’effet d’un champ de bataille, l’odeur entêtante du sang lui collait encore au nez, ouvrir les yeux lui donnait le vertige. Et, à côté, un connard en pleine crise de la quarantaine ne le lâchait pas d’une semelle.

Bouillonnant, il laissa échapper un grognement.

— « Alors, qu’est-ce que tu faisais là-bas ? » insista Luo Wenzhou.

Adossé à l’oreiller d’un blanc aveuglant, Fei Du fronça les sourcils, mobilisant toute sa maîtrise pour ne pas jurer.

— « Je suis allé voir où vivait He Zhongyi. »

L’appartement de la victime n’était pas loin de la rue derrière le Grand Immeuble de la Fortune. Les voies avaient même des airs de ressemblance.

Luo Wenzhou attendit une suite qui ne vint pas. Puis il comprit :

— « Et tu t’es perdu ? »

Fei Du ne répondit pas. Il tourna seulement la tête, feignant d’écouter le vent. Devant ce mélange de gêne et de colère, Luo Wenzhou distingua pour la première fois un éclat d’humanité chez l’arrogant jeune homme. Il le trouva presque… attachant.

— « Tu es allé voir l’appartement de He Zhongyi à cause de cette vieille tante ? »

Fei Du marqua une pause, puis dit doucement :

— « Cet endroit est délabré et isolé, le mauvais côtoie le bon. Il y a des toilettes publiques à deux pas, et la nuit, toute la rue empeste. L’environnement est bien pire que dans les autres locations du quartier. Ceux qui y vivent cherchent avant tout un loyer abordable : ceux qui ploient sous le poids d’une famille à nourrir, ceux qui ont des parents âgés ou des enfants en bas âge à charge, ceux qui ont un proche malade — ils sortent seuls, encaissent les difficultés et économisent sou par sou pour envoyer de l’argent chez eux. Et puis, il y a les joueurs et les toxicomanes, fauchés jusqu’à l’os, qui n’ont d’autre choix que de végéter là. »
— « He Zhongyi ne se droguait pas, d’après ses amis, et il ne jouait pas, dit Luo Wenzhou en se frottant le menton. Il tenait une comptabilité quotidienne, très détaillée. Tous ses revenus étaient précédés d’un signe moins… »
— « Il économisait pour rembourser sa dette, dit Fei Du en entrouvrant les yeux. Et son mystérieux créancier lui avait peut-être imposé : "Je te donne l’argent, mais tu n’as pas le droit de me mentionner." »

Luo Wenzhou fronça les sourcils. Plus ils remontaient le fil de la vie de He Zhongyi, moins il voyait comment celui-ci pouvait avoir le moindre lien avec un réseau de trafic de drogue. Non seulement l’affaire restait trouble, mais elle se compliquait encore.

Il passa une main sur son visage.

— « Laisse tomber. On a déjà coincé les rats, de toute façon. Quand on les aura à l’interrogatoire, on verra bien s’il y a un lien. »

Fei Du émit un léger son d’approbation et referma les yeux, se coupant aussitôt de lui.

Ils restèrent silencieux un moment. Puis Luo Wenzhou se frotta le nez et, profitant de l’atmosphère redevenue amicale, demanda :

— « Une chose que je n’ai jamais comprise… À l’époque, Tao Ran, les médecins légistes, les anciens collègues, tout le monde arrivait à la même conclusion que moi. Alors pourquoi m’as-tu rendu la vie si difficile ? »

Fei Du ricana.

— « Tout va bien. Dis la vérité », insista Luo Wenzhou avec un faux sourire. « Je ne me fâcherai pas. »
— « Parce que ton genre d’idiot, persuadé que tout le monde est aveugle et qu’il a une vision à rayon X, est vraiment insupportable. »

Le Capitaine Luo, qui avait juré de ne pas se fâcher, fulminait déjà.

À ce moment, son téléphone vibra. Il baissa les yeux et son expression se figea, se vidant aussitôt de toute colère.

Après une courte hésitation, il dit faiblement :

— « Alors… tu vois… »

Fei Du le regarda, perplexe.

— « Mon collègue m’écrit que ta voiture… Elle est très sérieusement endommagée. Il n’y a sans doute aucun moyen de la réparer dans ce pays. »
— « Ah ? » demanda Fei Du. « Et alors ? »

Luo Wenzhou inspira profondément, oubliant toute prudence et toute honte, puis lâcha d’un seul souffle :

— « Le coût des réparations est quasiment le même que d’en acheter une neuve. Même plusieurs années de notre fonds de récompense n’y suffiraient pas… On peut t’offrir une bannière honorifique¹ ? »

Le Président Fei resta muet, et le Capitaine Luo regretta aussitôt. Il aurait voulu remettre la main sur le collègue qui avait envoyé ce message et lui secouer le cerveau : avec quel organe avait-il bien pu produire une idée aussi absurde ?

Mais Fei Du, après l’avoir fixé quelques secondes, éclata soudain de rire.

Un rire franc, impuissant.

Luo Wenzhou, gêné, hésitait entre rire et pleurer.

Avant qu’il ait pu digérer ce mélange d’émotions, son téléphone sonna de nouveau. Cette fois, c’était Lang Qiao.

Sa voix à l’autre bout du fil était solennelle :

— « Capitaine Luo, nous avons retrouvé Chen Zhen. Il est mort. »

Le visage de Luo Wenzhou, tout juste détendu, se figea.

— « Quoi ? »
— « Et avant son arrestation, un suspect a donné l’ordre de s’occuper de Ma Xiaowei. Nos gens sont en route, mais je ne sais pas s’ils arriveront à temps. »

En quelques phrases, Lang Qiao venait de lui asséner les deux pires nouvelles.

À peine avait-elle raccroché qu’un autre appel arriva : cette fois, c’était Tao Ran, qui avait exceptionnellement pris sa soirée.

Distrait, Luo Wenzhou répondit :

— « Tao Ran, j’ai des choses à régler, attends un peu… »
— « Capitaine, l’avocat de Zhang Donglai m’a contacté », dit rapidement son adjoint. « Il a trouvé une cravate suspecte dans la voiture de son client. »

 

 

 


 Un petit pas de plus dans leur relation. 😊 J'aime beaucoup ce chapitre. 🥰 

 

  1. Bannière honorifique: La « bannière de soie » (锦旗 jǐnqí) est un objet très présent dans la culture chinoise contemporaine. Il s’agit d’une longue banderole en tissu (souvent en soie rouge, bordée de franges dorées), sur laquelle est brodée ou imprimée une inscription honorifique en caractères dorés. Traditionnellement, on l’offrait pour récompenser un mérite, marquer sa gratitude ou honorer une personne. Dans la Chine moderne, on retrouve surtout ces bannières dans un cadre institutionnel : un patient qui veut remercier un hôpital ou un médecin, un citoyen reconnaissant envers la police ou un pompier, une école remerciant un donateur… C’est à la fois un cadeau et une preuve publique d’honneur. Les institutions les accrochent souvent bien en vue, formant des murs entiers de bannières dans les commissariats, tribunaux, hôpitaux. Une « bannière de soie » évoque immédiatement la reconnaissance officielle et les remerciements publics. 

 

 

 

 


 

 

 

 

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