Silent Reading : Chapitre 28 - Julien XXVIII

 

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Attention, trois chapitres sont postés aujourd'hui, le chapitre 26, le 27 et le chapitre 28

 

 

 

 

À part une sortie scolaire « d’apprentissage agricole » organisée par son école quand elle était enfant, Lang Qiao n’avait jamais quitté la ville. Après avoir entendu tout cela, elle eut du mal à comprendre et ne put s’empêcher de demander :

— « Attendez, ce que vous dites, c’est qu’un arbre devant la maison des Zhao a pris feu, il est tombé, et toute la famille a péri dans l’incendie ? Ils vivaient tous dans une seule pièce ? »
— « Leur maison était en très mauvais état, » expliqua doucement Wang Xiujuan. « Chez nous, on est en retard… Je me souviens, c’est après la naissance de Zhongyi qu’on a commencé à refaire les toits avec des briques et des tuiles. Dans leur famille, le père était infirme, il y avait beaucoup d’enfants, ils survivaient à peine. Où auraient-ils trouvé l’argent pour refaire un toit ? Ils vivaient toujours dans la vieille maison. L’hiver, quand il tombait un peu de neige, il fallait la balayer tout de suite, sinon le toit menaçait de s’effondrer. »

Elle marqua une légère pause, puis poursuivit :

— « Ils avaient réussi à envoyer l’aîné faire des études, toute la famille comptait sur lui. Le vieux couple disait que leur fils avait de l’argent, qu’ils pourraient enfin refaire le toit, et que leurs deux filles auraient aussi un avenir. »

Wang Xiujuan inspira profondément :

— « À ce moment-là, on venait juste d’arracher le toit de l’aile ; ils dormaient par terre dans la chambre des parents. Quand l’arbre en flammes s’est effondré, la poutre maîtresse a cédé. Le vieux couple a été écrasé net. Les petites étaient encore jeunes. L’une a eu la jambe coincée, l’autre n’entendait rien. Elle a paniqué, a essayé de tirer sa petite sœur, mais n’a pas pu sortir non plus. La plus jeune avait à peine deux ans… »

Lang Qiao resta figée un long moment, puis ouvrit son carnet précipitamment.

— « L’incendie s’est déclaré pendant les réparations de la maison ? Où était Zhao Fengnian à ce moment-là ? À Yancheng ? »

Wang Xiujuan réfléchit longuement.

— « Non… je crois qu’il était revenu exprès à cause des travaux. Mais ce jour-là, il n’était pas là. Il était allé au chef-lieu voir son professeur, ou quelque chose comme ça. Ah, si seulement il avait été là… Avec un grand jeune homme solide sur place, ça ne se serait pas fini comme ça. »

Cette histoire hors du commun donna la chair de poule à Lang Qiao.

— « Alors comment ont-ils su que c’était l’idiot qui avait mis le feu ? »
— « Les premiers arrivés pour éteindre les flammes l’ont vu assis à côté, tout à fait indifférent, en train de brûler des feuilles pour s’amuser. Ils lui ont demandé s’il avait allumé le feu, il a rigolé et hoché la tête. »
— « Et ensuite, qu’est-ce qu’ils ont fait ? »
— « Qu’est-ce que vous vouliez qu’ils fassent ? C’était un idiot, il ne comprenait rien. Ses parents étaient morts, son frère et sa belle-sœur le voyaient comme un fardeau. La belle-sœur a fait un scandale : elle disait que leur famille n’avait pas d’argent, qu’ils n’étaient pas responsables, qu’il fallait l’attacher et le fusiller. »

Le poste de police de la bourgade était intervenu et constatant que c’était un idiot, eux non plus n'avaient su que faire. Se contentant de prendre quelques photos, ils étaient repartis.

— « Comment ça, “pas responsables” ? » protesta Lang Qiao. « Si une personne non responsable pénalement porte atteinte à la vie ou aux biens d’autrui, la responsabilité incombe à ses tuteurs, non ? »

Wang Xiujuan la regarda, confuse et craintive. Elle n’avait rien compris aux mots que l’inspectrice venait de prononcer. Lang Qiao échangea un regard impuissant avec elle, puis réalisa soudain l’énormité de ce qu’elle venait de dire. Gênée au possible, elle resta bouche bée.

À ce moment-là, Fei Du, qui n’avait pas encore ouvert la bouche, intervint opportunément :

— « Vous souvenez-vous quel genre de personne était ce Zhao Fengnian ? Et de la relation qu’il entretenait avec Zhongyi ? »
— « Comment ne pas s’en souvenir ? » répondit Wang Xiujuan. « Tout le village savait que l’aîné des Zhao avait de grands projets. Zhongyi et les autres petits le suivaient toujours partout. C’était un grand garçon, il n’avait pas envie de jouer avec eux. Il essayait de les faire déguerpir, mais ces petits idiots, c’était toujours : “Fengnian-ge par-ci, Fengnian-ge par-là.” »

Elle s’interrompit un instant, les yeux rouges. Quelqu’un lui tendit une serviette en papier humide ; elle l’accepta et resta longtemps à s’éponger le visage.

— « Il était très studieux. Quand il était à la maison, il ne sortait pas, restait assis seul à lire. Quand il allait aux champs aider la famille et croisait des villageois, il se contentait de dire bonjour. C’était un garçon très discret. »

Fei Du hocha la tête, pensif.

— « Et ensuite, il n’est jamais revenu. »
— « Je ne savais pas où il était parti. Je n’aurais jamais cru qu’il serait en ville, qu’il changerait de nom et deviendrait quelqu’un d’aussi important… »

Wang Xiujuan se tut soudain ; ses yeux s’écarquillèrent comme si elle sortait d’un rêve.

— « La personne qui m’a conduite hier, dans la voiture, c’était l’aîné des Zhao ? Je… je ne l’ai pas reconnu ! Pourquoi… pourquoi ne me l’a-t-il pas dit ? Est-ce qu’il a quelque chose à voir avec l’affaire de mon fils ? »

Fei Du poussa un léger soupir et se pencha, adoptant une voix douce et apaisante :

— « L’enquête est en cours. Dites-nous pourquoi vous êtes montée dans sa voiture. Que vous a-t-il dit ? »
— « Il a dit qu’il s’occupait des poursuites judiciaires. Qu’il y avait un certain Liu qui faisait le même travail, et que c’était le riche, celui qui est venu au Commissariat Central hier soir. »
— « Maître Liu ? » répéta Fei Du, attentif.
— « Oui. Il a dit que ce Maître Liu détenait des preuves sur l’identité du meurtrier, mais qu’avoir des preuves ne suffirait pas, car le meurtrier était quelqu’un d’influent et la police n’osait pas le toucher. Mon fils serait donc mort pour rien… J’ai paniqué, je lui ai demandé ce que je devais faire. Il a dit que, dans cette société, pour faire reconnaître une injustice, il fallait “faire du bruit”. »

Quand Tao Ran reçut l’appel de Lang Qiao, il jouait les chauffeurs, conduisant le supérieur, légèrement blessé mais refusant obstinément de quitter le front, vers l’Université des Sciences Politiques de Yanxi.

— « J’ai envoyé quelqu’un vérifier. À sa sortie de l’université, Zhao Haochang n’avait pas les moyens de se payer un appartement, alors il a vécu presque un an dans l’arrondissement du Marché aux Fleurs Ouest. Ça explique pourquoi il connaît si bien le coin. En plus, j’ai confirmé avec Maître Liu qu’il s’était montré très concerné par l’affaire Zhang Donglai. Même avant la libération de ce dernier, il y prêtait plus d’attention que Zhang Ting. »

Lang Qiao reprit son souffle avant de continuer :

— « Il m’a aussi dit que, comme l’histoire de la cravate touche directement sa carrière, il n’en a parlé à personne d’autre qu’à la police, pas même à sa femme. Zhao Haochang ne pouvait pas être au courant. »

Le téléphone était en haut-parleur dans la voiture. Luo Wenzhou l’interrompit :

— « Il peut toujours plaider la coïncidence, dire que tous les gens influents sont comme ça, ou qu’il a inventé l’histoire juste pour manipuler Wang Xiujuan. “Faire du bruit”, ça ne veut pas forcément dire “va te suicider”. Ça peut très bien vouloir dire “clame ton injustice en public”. C’est trop flou. Tu n’as rien de plus solide ? »
— « Pas encore, » répondit Lang Qiao. « Mais ce qui est arrivé à sa famille, c’est vraiment louche. Que l’affaire soit enterrée quand ça touche un simple villageois, je peux le comprendre, mais Zhao Haochang travaillait déjà à l’époque. Tu crois vraiment qu’il aurait laissé passer ça ? Il a tout du type qui sait comment manipuler l’opinion publique. »
— « Fais un rapport complet, entame les démarches, et obtiens les archives officielles de l’affaire de la famille Zhao auprès du poste de police de son bled natal. »

Luo Wenzhou réfléchit un instant.

— « On peut tracer le téléphone qu’il a donné à He Zhongyi ? » demanda-t-il.
— « Marchandise de contrebande », soupira Lang Qiao. Impossible à pister.
— « Et les cent mille yuans ? » reprit le capitaine.

Une voix tranquille s’éleva alors, à côté de Lang Qiao :

— « Dans certains dossiers de fusion-acquisition compliqués, un conseiller juridique “fiable” reçoit souvent des revenus gris1. Parfois, c’est purement du liquide. Vous ne trouverez rien. »

Luo Wenzhou resta un instant sans mots ; la remarque était objective, mais prononcée par cet homme, elle sonnait étrangement provocante.

— « Quelles brillantes idées le Président Fei peut-il bien avoir ? » lâcha-t-il enfin.

La ligne demeura silencieuse. Luo Wenzhou pensa qu’il venait de glisser une boutade en l’air — typiquement du Fei Du — mais, soudain, celui-ci parla :

— « Ce matin, j’ai appelé Zhang Donglai pour lui demander s’il se souvenait où sa cravate avait disparu. Il ignorait même qu’il l’avait perdue. Après réflexion, il s’est rappelé qu’il a travaillé toute la journée lors de la réception et s’est changé au bureau le soir en laissant sa tenue là-bas. Une cravate, ça ne se fourre pas dans une poche de pantalon. Si elle a disparu à ce moment-là, mon raisonnement précédent est sûrement erroné. Quand Zhao Haochang a pris cette cravate, il ne savait sans doute pas que He Zhongyi l’attendait devant le manoir, encore moins qu’elle servirait à étrangler quelqu’un. Il faut donc reconsidérer son mobile. »
— « Tu veux dire qu’il l’a juste volée ? » intervint Luo Wenzhou.
— « Vu ses revenus, une babiole sans valeur ne vaut pas la peine d’être volée, » répondit Fei Du. « Il est plus probable qu’il gardait un souvenir. »

Un frisson parcourut le capitaine.

— « …garder les affaires de Zhang Donglai ? »
— « Si je me souviens bien, c’était la première fois que Zhang Donglai l’invitait à une réception comme celle du Manoir, à titre privé », expliqua Fei Du. « En parlant avec la mère de He Zhongyi, j’ai senti qu’il avait un caractère très renfermé. Peut-être qu’il commémorait certains événements à sa façon. Pourquoi ne pas vérifier ? »
— « Er-Lang, tu as entendu ? Demande un mandat pour perquisitionner chez Zhao Haochang. »

Luo Wenzhou prit sa décision sans hésiter, entendit l’approbation de Lang Qiao, puis raccrocha sèchement. Il se tourna vers Tao Ran et lança :

— « Un idiot a cramé toute sa famille, et Zhang Donglai, pas bien plus malin, a étranglé un gars de son village. Le brillant Maître Zhao a vraiment grandi entouré de traumatismes causés par toutes sortes d’abrutis. »

Les lèvres du lieutenant remuèrent, mais il ne dit rien.

— « Et toi, adjoint Tao, quelles brillantes idées as-tu à offrir ? »
— « Rien. » Tao Ran hésita longuement. « Ce n’est pas à propos de ça… Je viens juste d’avoir une idée complètement absurde. »
— « Allez, rapporte-la à Sa Majesté, » ironisa Luo Wenzhou. « Notre auguste personne survivra. »

Profitant d’un feu rouge, Tao Ran tourna la tête vers lui.

— « Tu crois qu’il pourrait exister quelqu’un qui savait déjà qui était le meurtrier, avant même que nous n’ayons la moindre piste ? »
— « N’importe quoi, » répliqua Luo Wenzhou. « Tu tues quelqu’un et tu ne le sais pas ? Il faut attendre que la police le tamponne pour que ça devienne vrai ? »
— « Quelqu’un d’autre que le meurtrier ? » précisa doucement Tao Ran.

Luo Wenzhou se figea net.

— « Tao Ran… qu’est-ce que tu veux dire par là ? »

À ce moment-là, le feu passa au vert. Un automobiliste derrière eux klaxonna rageusement. Tao Ran pinça les lèvres et redémarra.

— « Laisse tomber, » dit-il. « Rien d’important. J’ai juste trop d’imagination. Je devrais me mettre à écrire des romans. Le campus de Yanxi ne doit plus être bien loin. »
— « Parfait. » Luo Wenzhou attrapa un dossier. « Je vais d’abord essayer de joindre Cui Ying. »

La photo de l’étudiante, son département, son portable et quelques autres infos figuraient sur le dossier. Luo Wenzhou venait tout juste de composer le numéro quand un petit groupe d’étudiants sortit par la porte arrière du campus. Parmi eux, une jeune fille hésitait devant un appel provenant d’un inconnu.

Tao Ran observa la scène au loin, puis compara avec la photo du dossier. Il donna un léger coup de coude à son capitaine.

— « Regarde… c’est pas la demoiselle que tu cherches ? »

Au même instant, la jeune fille décrocha. Une voix timide s’éleva du haut-parleur du téléphone :

— « Allô ? »
— « C’est elle. » Luo Wenzhou sauta aussitôt hors de la voiture et l’appela : « Hé, Cui Ying ! Par ici, à droite ! »

Les étudiants à côté d’elle se mirent à glousser en entendant un bel inconnu l’interpeller en pleine rue. Cui Ying balaya les environs du regard, intriguée. Ses yeux se posèrent sur la voiture banalisée avec sa plaque de police. En une fraction de seconde, son visage se décomposa, comme si elle venait d’apercevoir un fantôme.

Sans prévenir, elle fit volte-face et détala.

— « Qu’est-ce que… ? » s’exclama Luo Wenzhou, se lançant aussitôt à sa poursuite. « Elle t’a vu, elle a fui. C’est foutu pour toi, Tao Ran ! Condamné au célibat à vie. »
— « Tu l’as effrayée ! » grogna le lieutenant entre ses dents.

Le Capitaine Luo, pas intéressé par la compagnie des femmes, resta imperturbable. Les deux policiers échangèrent un regard, se comprenant immédiatement ; l’un poursuivit, l’autre contourna. Ils étaient sur le point de coincer Cui Ying quand, soudain, elle se jeta tête baissée dans la circulation.

Un taxi arrivait à toute allure. Le klaxon strident résonna, les pneus crissèrent, Tao Ran plongea en avant, l’attrapa par le col et la ramena d’un geste sec sur le trottoir. Le taxi freina à la limite du possible, la frôlant de si près que le souffle souleva ses cheveux. Le chauffeur, livide, baissa sa vitre et les noya d’insultes.

Tao Ran, le cœur battant à tout rompre, leva simplement une main pour s’excuser.

Vingt minutes plus tard, Tao Ran et Luo Wenzhou installèrent Cui Ying dans un bar à jus de fruits bien éclairé.

— « Ça te va, ici ? » demanda Luo Wenzhou. « C’est toi qui as choisi l’endroit, et il y a une rue pleine de monde juste derrière les vitres. Si tu cries, la moitié de la ville rappliquera. Tu peux aussi envoyer un message à tes amis pour leur dire où tu es. » Il posa son insigne sur la table, l’air agacé. « Voilà mon numéro de matricule. Tu peux prendre une photo et la poster sur Weibo, mais pas de photo de moi, hein. Tu pixelises ou tu photoshopes. »

Cui Ying resta muette.

Tao Ran commanda des boissons et pour ne pas accroître sa méfiance, il n’y toucha même pas, demandant au serveur de les poser directement devant elle.

— « Pourquoi t’es-tu enfuie ? » demanda-t-il doucement.

Elle garda la tête baissée, les mains crispées sur son sac, sans dire un mot.

— « Tu as peur des voitures de police ou des policiers ? » reprit-il, plus bas encore.

Elle demeura immobile. Alors il tenta une autre approche :

— « Ce qu’on t’annonce pourrait te faire plaisir : Wang Hongliang, le directeur du sous-bureau du Marché aux Fleurs, a été arrêté hier soir. »

Cui Ying se figea net. Lentement, elle leva les yeux, méfiante, incertaine.

Luo Wenzhou tapa du doigt sur la table :

— « Réfléchis un peu, d’accord ? Tu as déjà vu un méchant aussi canon ? Si je voulais me faire de l’argent, je miserais sur ma gueule, pas sur le crime. »
— « Ne l’écoute pas », soupira Tao Ran. « Je ne sais pas comment te convaincre de nous faire confiance… »

Cui Ying murmura alors, presque pour elle-même :

— « N’y a-t-il pas aussi un certain Huang ? »

Luo Wenzhou échangea un regard tranchant avec Tao Ran.

Elle savait quelque chose.

— « Huang Jinglian, » précisa le capitaine, sérieux. Il sortit une photo signalétique. « Suspecté d’abus de pouvoir, de trafic de drogue, de meurtre et d’autres crimes. Je l’ai arrêté hier soir. J’ai même encore un beau “ruban de soie” dans le dos. »

Cui Ying entrouvrit la bouche, puis se ravisa. Elle scruta les deux hommes, pleine de méfiance, tâchant avec ses maigres repères de déterminer s'ils avaient vraiment arrêté Wang Hongliang ou si tout cela n’était qu’une mise en scène pour l’induire en erreur.

Elle n’était même pas sûre de l'authenticité de la carte de police de Luo Wenzhou.

— « Demoiselle, » demanda Tao Ran, « connais-tu Chen Zhen ? C’était le frère de Chen Yuan. Hier soir, il est mort, et nous avons arrêté les tueurs. Mais il nous manque encore des preuves pour remonter jusqu’à celui qui tirait les ficelles. Tu comptes vraiment rester les bras croisés à regarder les criminels s’en tirer ? »

Cui Ying mordilla sa lèvre et hésita longtemps.

— « Je… je ne sais pas. Je dois demander à mon professeur. »
— « Pourquoi demander à quelqu’un d’autre ? »
— « Il… il l’a. »

Tao Ran s’immobilisa, puis demanda précipitamment :

— « Il a quoi ? Chen Yuan t’a-t-elle confié quelque chose ? »

Luo Wenzhou lui donna un coup de coude pour le faire taire. Il tendit la main vers Cui Ying.

— « Vas-y, appelle-le. Ici, devant nous. »

Elle sortit son téléphone, chercha « Professeur Zhao » dans ses contacts et composa le numéro. Elle essaya deux fois, puis s’exclama, surprise :

— « Il ne répond pas… »

Évidemment qu’il ne répondait pas : il avait passé la nuit enfermé en cellule.

Avec un sérieux posé, Luo Wenzhou sortit un petit carnet.

— « Écoute, donne-nous ses coordonnées, on ira lui parler. »

Cui Ying hésita, mordant sa lèvre, ses doigts tremblants sur l’écran du téléphone.

— « Chen Yuan t’a appelée deux semaines avant sa mort, » reprit Luo Wenzhou. « Je parie qu’elle t’a confié quelque chose à ce moment-là. Il nous suffirait de vérifier quels professeurs tu voyais alors, et lequel portait le nom de famille Zhao. Ça ne nous prendrait pas longtemps. Je te propose seulement de nous épargner du travail. Tu en as déjà trop dit, de toute façon. »

La jeune femme, déstabilisée, finit par céder.

— « Il s’appelle Zhao Haochang, c’est notre shixiong2. Notre classe de stage pratique l’a invité comme tuteur. Il est resté là pendant trois mois, » dit-elle d’une voix encore timide, puis elle leur donna un numéro de téléphone. « Voilà ses coordonnées. »

Luo Wenzhou l’observa un instant, jaugeant sa sincérité, puis hocha légèrement la tête.

— « Si je me souviens bien, Chen Yuan n’a pas poursuivi en master après sa licence, elle est entrée directement dans la vie active. Je suppose que ton professeur ne la connaissait pas ? »
— « Non, » confirma Cui Ying, sans remarquer qu’il cherchait à obtenir d’autres éléments.
— « Je comprends maintenant, » dit Luo Wenzhou. « Elle t’a confié quelque chose de vital dont elle craignait que d’autres s’emparent. Elle n’en a même pas parlé à son frère. Tu as trouvé cette chose trop effrayante, tu ne savais pas quoi en faire, alors tu l’as confiée à quelqu’un en qui tu avais confiance. C’est à peu près ça ? »

L’expression de Cui Ying vacilla. Elle ne répondit pas.

— « Tu lui fais tant confiance, » nota le capitaine. « Ton professeur doit être canon, non ? »

Cui Ying rougit.

D’un côté, il y avait la police, en qui elle n’avait guère confiance ; de l’autre, la personne pour qui elle nourrissait un faible. Si on lui annonçait l’arrestation de Zhao Haochang, on pouvait aisément prévoir sa réaction.

Luo Wenzhou soupira intérieurement. Que faire ? La séduire ?

En voyant Cui Ying trembler, une idée lui traversa soudain l’esprit.

 

 

 


Mon dieu j'aime tellement Luo Wenzhou, il me tue ! 🤣

 

 

  1. Revenu gris : Terme technique pour désigner les pots-de-vin ou cadeaux d’une légalité douteuse. Autrement dit des « magouilles honnêtes » très courantes dans certaines affaires professionnelles en Chine. Dans ce chapitre, Fei Du l’évoque pour souligner que certaines transactions sont impossibles à tracer, même quand elles semblent légales.
     
  2. Shixiong : Terme chinois signifiant « aîné dans le même apprentissage ou stage ». Ici, Cui Ying l’utilise pour désigner son tuteur ou mentor, quelqu’un ayant plus d’expérience qu’elle dans le cadre de leur formation pratique.

 

 

 

 

 


 

 

 

 

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